Le mois de Sivan et la fête de Shavouot

Depuis quelques jours, nous sommes entrés dans le mois hébraïque de Sivan qui tire son nom du calendrier babylonien. Dans la Bible, avant l’exil de Babylone, c’était simplement le 3è mois (car on compte les mois à partir de Nissan, et les années à partir de Rosh Hashana). Les mois du calendrier hébraïque étant des mois lunaires, il y a correspondance entre ces mois et les mois du calendrier musulman de l'hégire. Le mois de Sivan correspond ainsi au mois de Chawwal, le 10è mois du calendrier musulman, qui suit le mois du Ramadan.

Le mois de Sivan correspond au signe zodiacal des Gémeaux, qui est justement la constellation par laquelle le Soleil se lève à ce moment de l'année (et d'où commence la ligne fictive de l'écliptique, pour ceux qui s'intéressent à l'astronomie). Ce moment de l'année des Gémeaux tombe donc au mois de Sivan et à la fête juive de Shavouot. C'est la fête du Don de la Torah (Matan Torah) et il y a corrélation évidente entre les deux tables de la Loi qu’a reçues Moïse et les Gémeaux, signe zodiacal representé par deux personnages/enfants.

Notons que ces deux tables de la Loi sont aussi le symbole des deux lois transmises à Moïse (comme expliqué dans le livre Pirké Avot, Maximes des Pères) à savoir la Loi écrite et la Loi orale. Cette dualité se retrouve de nombreuses fois dans la symbolique juive, et correspond au signe des Gémeaux.

Le Don de la Torah - Matan Torah
Le Don de la Torah - Matan Torah


Quels événements se sont déroulés au mois de Sivan?

Au 1er du mois de Sivan, les eaux du Déluge ont commencé à baisser, et le 17 Sivan l’Arche de Noé s’est enfin posée sur le mont Ararat.

Au 1er de Sivan, les Hébreux ont installé leur campement en face de la montagne du Sinaï là où ils recevront la Torah quelques jours plus tard. Dès ce moment, la Torah parle des Hébreux au singulier c’est-à-dire LE peuple hébreu d’Israël. Les jours entre le 1er et le 6 Sivan ont un statut spécial, de quasi-sainteté, car Hébreux se sont préparés (se sont purifiés spirituellement) à recevoir la Torah, cad le pacte avec Dieu.

Le 6 Sivan est la fête de Shavouot. Elle commémore le Don de le Torah (Matan Torah). La Torah a en fait été donnée le 7 Sivan à leur époque, et c’était tombé un Shabbat. Dieu avait fixé le 6 Sivan pour donner la Torah, et c’est ce qui fixe la fête de Shavouot, mais Moïse avait ajouté un jour d’abstinence pour mieux préparer le peuple. A notre époque, il est de coutume de faire une veillée d’étude de la Torah le soir de Shavouot, là aussi pour se préparer et purifier nos pensées spirituellement, et pour se rappeler du plaisir à recevoir la Torah: en l'étudiant, on montre ainsi à Dieu notre zèle à la recevoir.

Le 6 Sivan c’est aussi la Hiloula du roi David, mort à cette date. Le Baal Shem Tov, fondateur du ‘Hassidisme, est aussi mort le 6 Sivan, en 1760.

Par contre, le 20 Sivan marque la date de la première accusation officielle de « meurtre rituel » : c’était à Blois et tous les Juifs de cette ville furent passés au bûcher le 2 juin 1171 (20 Sivan 4931). Dès lors, les Juifs de France ont marqué le 20 Sivan comme jour de deuil et, comme l’accusation s’est répétée au fil des siècles, un jeûne a été introduit dans le calendrier des Juifs d’Europe en 1640, ce qui a fait du 20 Sivan un jour funeste dans la mémoire collective juive. En plus, au 17ème siècle, les massacres des Cosaques ont eu lieu à cette période de Sivan et ont causé la mort de quelques 100.000 juifs en Ukraine. Le chef de ces massacres, Chmielnicki, est considéré comme héros national en Ukraine.


La fête de Shavouot

Le nom de la fête, Shavouot, veut dire Semaines, car on compte 7 semaines (49 jours pleins) depuis le 2è jour de Pessah: cela s’appelle le compte du Omer. Et la fête correspond au jour qui suit la fin de ce compte, à savoir le 50è jour. Ce double comptage de 7 et de 50 rappelle bien entendu les commandements divins de respecter le repos (spirituel) du Shabbat au 7è jour, de donner un repos à la Terre la 7è année (Shmittah), et le compte des Jubilés (tous les 50 ans).

Les Chrétiens ont aussi la fête de Pentecôte, dont le nom veut dire 50 (penta en Grec). La différence est que les Chrétiens comptent ces 50 jours à partir de la crucifixion, cad du Vendredi Saint, plutôt que de la fête de Pessah qui correspondait à la crucifixion et qui était tombée un vendredi à ce moment-là. Mais, bien entendu, le jour de semaine de la fête peut changer selon les années. Rappelons que le calendrier grégorien est arbitrairement basé sur les seuls mois et donc le Soleil, ce qui crée un décalage avec les semaines, basées sur la Lune. Le calendrier hébraïque est luni-solaire, donc il combine à la fois le Soleil et la Lune pour mieux cadrer aux saisons et aux mois. Ainsi il y a souvent décalage entre Shavouot et Pentecôte, comme il y a décalage entre le Pessah juif et la Pâques chrétienne.

Shavouot est aussi appelée la fête de la récolte (ou de la moisson) car, en Terre d’Israël, c’est la saison de la récolte du blé, et en général des premiers fruits de la terre (ici on commence d’ailleurs à manger les premiers fruits d’été tels que prunes, abricots, pêches etc.). Dans les écoles, les enfants sont invités à venir habillés en blanc et avec une couronne de fleurs sur leur tête. En Israël, la tradition populaire est de manger des laitages (fromages, gâteaux au fromage, etc.), voire des challot sucrées, le jour de Shavouot (le 6 Sivan) car on se rappelle la promesse de Dieu de nous donner une terre où coulent le lait et le miel. Concernant ce point, notons que le mot hébreu pour lait est חלב qui a pour valeur numérique 40, qui était le nombre de jours que Moïse a passé au mont Sinaï et aussi la quantité d’eau – 40 sé’ah – nécessaire pour qu’un mikvé (bain rituel) puisse être utilisé comme moyen de purification. Tout ceci est lié à la purification car l’origine du lait et du miel sont des animaux, donc la vie et donc le sang et donc impureté, alors que ce qu’ils produisent (le lait et le miel) sont des choses pures. Et donc consommer le lait et miel symbolise le passage de l’impur au pur, de la même façon que le Don de la Torah a été un passage d’un peuple esclave impur à un peuple libéré pour le service divin. La Torah, qui a été donnée, permet de faire passer de l’impur au pur, comme un mikvé spirituel en quelque sorte. La fête tombe donc le 50è jour depuis la Sortie d’Egypte, et a été le moment où les Hébreux ont été purifiés et ont reçu la Torah (c’est le Matan Torah).

Il est intéressant de notre par ailleurs que l'année hébraïque est 5781. Selon la tradition juive, le Matan Torah s'est déroulé dans l'année hébraïque 2448: cette année 5781 correspond donc au 3333è anniversaire de la fête de Shavouot.

A Shavouot, on lit aussi la méguilat Ruth (le rouleau de Ruth) qui est souvent étudié ou simplement lu la veillée nocturne de Shavouot.

Fête de Shavouot
Fête de Shavouot


Quel rapport entre Ruth et Shavouot ?

Il y a plusieurs raisons :

(1) le récit parle de sa rencontre avec Boaz lors des moissons qui correspond donc au temps de cette fête,

(2) Ruth était païenne (Moabite) mais a accepté la religion juive de sa belle-mère Noémie (donc cette conversion personnelle et souhaitée correspond à son propre Matan Torah qui tombe au moment de Shavouot),

(3) la valeur numérique de Ruth (רות) est 606 qui, ajouté à 7 (le nombre des lois noahides, imposées à toute l’humanité) donne 606+7= 613 qui est le nombre des commandements divins que les Juifs doivent suivre, donc le nom Ruth correspond au Matan Torah là encore,

(4) Ruth était la grand-mère du futur roi David, qui est né à Shavouot et qui est aussi mort à Shavouot (il est aussi d’ailleurs coutume de lire les Psaumes à Shavouot car c’est la date de la Hiloula du roi David). Et si on prend les 613 commandements auxquels on ajoute les 7 lois noahides, on obtient le nombre 620 qui est le nombre total des lettres dans le texte des 10 Commandements. Autrement dit, par ses 620 lettres, les 10 Commandements contiennent symboliquement toutes les lois divines, humaines (7) et sacerdotales (613). D’ailleurs 620 est aussi la valeur numérique du mot hébreu kéter (כתר) qui veut dire couronne, qui symbolise la royauté de la Torah.

Ruth et Boaz (Julius Schnorr von Carolsfeld)
Ruth et Boaz (Julius Schnorr von Carolsfeld)




Bonne fête à tous,


Albert Benhamou

6 Sivan 5781

17 mai 2021

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