Brigitte Bardot et les lois juives sur les animaux
- Albert Benhamou
- Dec 29, 2025
- 7 min read
Updated: Dec 30, 2025
Le décès de Brigitte Bardot, dite BB, icône française et internationale, est un triste jour pour nombre d'Israéliens qui se souviennent qu'elle était sortie de sa discrétion habituelle dans les affaires "politiques" pour envoyer un mot d'encouragement à la jeune Eden Golan, alors âgée de 21 ans (!), lors de sa performance à l'Eurovision 2024 lorsqu'elle avait dû subir les huées honteuses d'une foule antisémite en délire.

Mais ici je souhaite rendre hommage au combat de BB pendant près de 50 ans pour la défense des animaux. Je doute qu'elle ne l'ai jamais su mais des lois juives spécifiques ont été établies il y a plus de 3000 ans dans le même but. Car la loi juive considère que la miséricorde divine, suite à Sa création, s'étend à toutes les créatures vivantes et même à toute chose créée. Et l'homme, à qui Dieu a donné la gestion de Sa création, se doit de respecter Ses oeuvres.
Que tes œuvres sont grandes, ô Seigneur! Toutes, tu les as faites avec sagesse; la terre est remplie de tes créations. (Psaumes 104:24)
Pour commencer, les sept lois humaines, dites Noahides, données par Dieu à la race humaine, qui devraient être suivies par toute l'humanité, imposent entre autres l'interdiction de cruauté envers les animaux :
Tout ce qui se meut, tout ce qui vit, servira à votre nourriture; de même que les végétaux, Je vous livre tout. Toutefois aucune créature, tant que son sang maintient sa vie, vous n'en mangerez. (Genèse 9:3-4)
En fait, l'alliance divine ne s'arrête pas aux seuls humains mais s'étend à toutes les créatures animales :
Et moi, je veux établir Mon alliance avec vous et avec la postérité qui vous suivra; et avec toute créature vivante qui est avec vous, oiseaux, bétail, animaux des champs qui sont avec vous, tous les animaux terrestres qui sont sortis de l'arche. (Genèse 9:9-10)
Alors quelles sont ces lois que l'homme doit respecter pour le bien-être des animaux? Elles sont nombreuses. En voici quelques exemples.
Ici un ordre divin dans la Torah (la Bible hébraïque) :
"Je donnerai de l'herbe dans ton champ pour ton bétail, et ensuite tu mangeras et tu seras rassasié." (Deutéronome 11:15)
Que le Talmud interprête ainsi :
Rabbi Judah (le Saint) a dit au nom de Rab : "Il est interdit à l'homme de goûter à quoi que ce soit avant d'avoir nourri son bétail." (Talmud Guittin 62a)
Cette attitude de prioritiser les animaux avant les hommes était bien connue de nos ancêtres, avant de devenir loi juive. Un exemple connu de la Bible est celui de la rencontre entre Rébecca et Éliézer. Elle offre à boire à Eliézer qui arrive d'un long voyage et ensuite à ses chameaux (car l'eau n'est pas une nourriture, ni une priorité pour un chameau) mais, plus tard, pour la nourriture, la priorité est inverse :
L'homme (Éliézer) entra dans la maison (des parents de Rébecca) et déchargea les chameaux; on apporta de la paille et du fourrage pour les chameaux (...). On lui servit à manger. (Genèse 24:32-33)
D'autres lois existent dans la Torah pour protéger les animaux, même ceux de ses ennemis !
Si tu trouves le bœuf ou l'âne de ton ennemi, égaré, aie soin de le lui ramener. Si tu vois l'âne de ton ennemi succomber sous sa charge, garde toi de l'abandonner; aide-lui au contraire à le décharger. (Exode 23:4-5)
La miséricorde envers les animaux respectifs d'individus ennemis peut même devenir un point d'entente et apporter la paix entre eux.
Autre exemple. Il est interdit d'empêcher un animal de se nourrir alors qu'il effectue un labeur pour l'homme :
Ne muselle point le bœuf pendant qu'il foule le grain. (Deutéronome 25:4)
De même, il est interdit de mélanger deux races différentes d'animaux à un labeur, ceci afin de ne pas causer du tort à l'animal de race plus faible qui ne pourrait suivre la cadence de celui de race plus forte :
Ne laboure pas avec un bœuf et un âne attelés ensemble. (Deutéronome 22:10)
Bien évidemment, la chasse à courre en tant que sport et la corrida en tant que spectacle, sont des exemples d'activités strictement interdites par la loi juive car elles causent la mort d'un animal (et son angoisse préalable) de façon gratuite pour le seul plaisir de l'homme. Au sens large, tout acte de cruauté envers les animaux, tels que les tuer ou les taquiner pour le seul plaisir, ou effectuer des modifications physiques non essentielles comme le dégriffage (amputation) ou leur couper la queue, est interdit. Mais ceci va plus loin: il est même interdit d'écraser des fourmis de façon volontaire. Chaque être ou espèce a une fonction, même insoupçonnée, dans la Création et il est tenu aux Juifs de la respecter. Peut-on penser que Jean de la Fontaine connaissait ces versets des proverbes bibliques?
Va trouver la fourmi, paresseux, observe ses façons d'agir et deviens sage ; elle n'a ni maître, ni surveillant, ni supérieur ; et elle prépare sa nourriture durant l'été, elle amasse ses provisions au temps de la moisson ! (Proverbes 8:8)
En vérité, bien avant La Fontaine, la Bible et le Talmud regorgent de morales tirées du comportement des animaux pour éduquer les hommes. En voici un exemple:
Judah ben Teima, disait : Sois hardi comme un léopard, léger comme un aigle, rapide comme une biche et puissant comme un lion pour faire la volonté de ton Père qui est aux cieux. (Maximes des Pères, 5:20)
Autre point d'importance: la souffrance animale interdite par les lois juives s'étend à leur souffrance psychologique, notamment d'une mère envers ses petits :
Si tu rencontres en ton chemin un nid d'oiseaux sur quelque arbre ou à terre, de jeunes oiseaux ou des œufs sur lesquels soit posée la mère, tu ne prendras pas la mère avec sa couvée: tu es tenu de laisser d'abord envoler la mère, et ensuite à t'emparer des petits; de la sorte, tu seras heureux et tu verras se prolonger tes jours. (Deutéronome 22:6-7)
De même que les hommes doivent observer le repos du Chabbat, ils doivent aussi laisser leurs animaux se reposer ce jour-là :
Mais le septième jour est la trêve de l'Éternel ton Dieu: tu n'y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes murs. (Exode 20:9)
Six jours durant tu t'occuperas de tes travaux, mais au septième jour tu chômeras; afin que ton bœuf et ton âne se reposent, que puissent respirer le fils de ton esclave et l'étranger. (Exode 23:12)
Mais le septième jour est la trêve de l'Éternel, ton Dieu: tu n'y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l'étranger qui est dans tes murs; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. (Deutéronome (5:13)
Au sujet de l'abattage rituel, qui est un sujet à controverse aujourd'hui en Europe avec ses interdictions, il faut savoir que cette mise à mort est autorisée par les lois juives pour le seul besoin alimentaire humain. Mais elle est strictement encadrée par des lois spécifiques qui garantissent la mise à mort rapide (et humaine) de l'animal afin de minimiser sa souffrance. En fait les pays qui interdisent l'abbattage rituel devraient d'abord s'interroger sur les conditions abjectes de certains élevages industriels, qui causent de la souffrance aux animaux durant toute leur vie, avant de s'inquiéter de leur mise à mort qui, elle, est supposée être instantanée.
L'ensemble des lois désignées pour éviter la souffrance inutile des créatures vivantes est désigné dans le Talmud sous le thème spécifique de צער בעלי חיים en hébreu, qui signifie "la souffrance des animaux". On voit que le mot 'animaux' se dit בעלי חיים en hébreu qui, textuellement, veut dire maîtres de la vie. Quel titre honorifique donné aux animaux !
Il existe aussi une différence de statut selon les animaux. Par exemple, il est bien connu que le chien est le meilleur compagnon de l'homme. Dans la tradition juive, le chien a acquis une réputation d'obéissance depuis l'Exode:
Quant aux enfants d'Israël, pas un chien n'aboiera contre eux ni contre leur bétail afin que vous reconnaissiez combien l'Éternel distingue entre l'Égypte et Israël. (Exode 11:7)
Et ainsi les chiens n'ont pas aboyé lorsque la mort a frappé les premiers-nés d'Égypte. En vertu de leur obéissance à l'ordre divin, les chiens ont acquis un statut spécial de compagnon auprès des humains. D'ailleurs le mot chien se dit כלב (prononcé kélev) en hébreu et le mot se décompose en deux syllabes pour donner כל לב qui signifie: de tout coeur. Les sages du judaïsme ont d'ailleurs indiqué que c'est par le comportement des chiens que les hommes ont appris la fidélité ! Il est bien connu aussi que les chiens détectent des sentiments, des humeurs, voir des tumeurs, chez leurs maîtres, et qu'ils sont aussi les fidèles compagnons de personnes âgées, les guides d'aveugles, les sauveteurs de montagne ou de catastrophe, etc.
D'autres animaux de compagnie ont acquis un statut spécial, notamment les oiseaux et les poissons. Pour ces derniers, notons que toute créature terrestre avait été corrompue et éliminée lors du Déluge sauf... les poissons. Aussi, par tradition, les Juifs consomment du poisson à chaque repas de Chabbat et de fête juste après la bénédiction sur le pain.
Je suis bien certain que, autant Brigitte Bardot que la vaste majorité de l'humanité, ne connaissent pas les lois juives. Dans le cas de BB, elle aurait peut-être été étonnée, favorablement, de voir que des lois juives protègent le monde animal auquel elle a tant donné. Ceci étant, un article d'IsraJ publié après sa mort en Israël parle du rôle de l'icône dans des campagnes de sensibilisation contre le transport d'animaux vivants vers Israël et dans la création de refuges de réhabilitation pour des animaux ayant été maltraités dans le passé dont des ânes, des chevaux et autres.
Albert Benhamou
Guide touristique francophone en Israël
Tevet 5786, Décembre 2025





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