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Circuit du grand pont dans les tunnels du Kotel

  • Aug 15
  • 9 min read

Updated: Aug 17

L'organisation des tunnels du Kotel avait ouvert un deuxième circuit de visites pour le grand public, en plus de celui classique des tunnels du Kotel (cliquez ici) : il s'agit du circuit dit du grand pont. De quel pont s'agit-il? De celui qui reliait la ville haute (à savoir le Quartier Juif actuel de la Vieille Ville) au mont du Temple à l'époque du Second Temple. Mais les fouilles qui ont été effectuées depuis plusieurs années autour de ce pont ont permis de mettre à jour de nombreux vestiges enfouis datant de plusieurs périodes historiques de Jérusalem: époques Second Temple, hérodienne, romaine, ayyubide, mamelouke. La visite prend 1h30 environ et permet de voir plusieurs de ces découvertes archéologiques, sur deux niveaux souterrains proches du Kotel (le mur occidental, aussi appelé mur des Lamentations).


Le pont et arche Wilson

Le pont reliait la ville haute au mont du Temple et, dans son dernier tronçon en direction du Temple, il enjambait au moyen d'une grande arche le Tyropéon, ancien torrent qui courait parallèlement au Kotel en direction du sud avant de se jeter dans le torrent du Cédron (qui coule dans la vallée entre le mont du Temple et le mont des Oliviers). Ce pont et son arche sont aussi connus comme pont Wilson et arche Wilson, du nom de l'explorateur britannique Charles Wilson, qui fut le premier à les étudier dans la seconde moitié du 19ème siècle.


Découverte de la grande arche par Wilson
Découverte en 1867 de la grande arche par Wilson (source : Recovery of Jerusalem, Charles Wilson, 1871)

Le pont est construit sur deux lignes de voûtes à deux niveaux chacune. Les voûtes qui le soutiennent se trouvent aujourd'hui dans le complexe des tunnels du Kotel. La voûte la plus à l'est du pont est unique, contrairement aux autres voûtes plus petites, car elle est imposante en taille et intégrée au Kotel. Cette voûte majestueuse, appelée arche Wilson, est deux fois plus haute et deux fois plus large que les autres voûtes du pont. Au-dessus de l'arche Wilson, se dressait l'une des quatre portes du mont du Temple : la porte dite Wilson par laquelle entraient les piétons venant de la ville haute (où habitaient l'aristocratie et les prêtres).


L'arche Wilson vue de la salle de prières des hommes
L'arche Wilson vue de la salle de prières des hommes (photo : Albert Benhamou)

La rue de la Chaîne (Ha-Shalshelet) dans la vieille ville de Jérusalem emprunte grosso modo le tracé du pont Wilson et, à son extrémité, la porte de la Chaîne sert actuellement de porte d'entrée au mont du Temple (cette porte ne peut être empruntée que par les Musulmans).


Durant la période du Second Temple, l'aqueduc inférieur, qui acheminait l'eau des bassins de Salomon près de Bethléem, jusqu'au mont du Temple, empruntait aussi le pont Wilson. Ce système d'adduction des eaux avait été construit à l'époque des rois juifs hasmonéens au 2ème siècle avant notre ère. Ce fut un projet considérable de travaux publics pour cette époque car l'aqueduc devait parcourir 23 km en traversant collines et vallées profondes. Seul un ensemble avancé de canalisation hermétique (en pierre) et de syphons pouvait réaliser cet exploit. Arrivé devant Jérusalem au niveau du palais du gouverneur (Armon Hanatziv), là où se trouve aujourd'hui le siège de l'ONU à Jérusalem, il continuait à travers le Quartier Juif actuel de la vieille ville.


Cet aqueduc a permis d'approvisionner Jérusalem en eau de source pendant près de 2000 ans, jusqu'au mandat britannique qui le remplaça par un système de pompes hydrauliques, l'une à l'est à partir de Jéricho et l'autre à l'ouest à partir de la source du Yarkon près de Rosh HaHayin et Tel Aviv. Le pont Wilson servait donc aussi bien aux piétons qu'à l'eau.


Lors de l'arrivée des Romains en 63 avant notre ère, avec le général Pompée, les défenseurs de Jérusalem commandés par le prince hasmonéen Aristobule II rompirent cet accès au mont du Temple et détruisirent la grande arche initiale (source: Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre 1, chapitre 7, sections 141-142). Ceci n'empêcha pas Pompée de rentrer dans Jérusalem, et au Temple, en prenant le parti de l'autre prince hasmonéen, frère d'Aristobule II, car les deux frères héritiers se disputaient le titre royal.


Lors de l'agrandissement de l'esplanade du Temple sous le règne d'Hérode le Grand à partir de l'an 20 avant notre ère, le pont et son arche furent restaurés avec cependant un angle pour permettre un accès perpendiculaire à la nouvelle enceinte du mont du Temple.


L'arche Wilson dans le complexe du Second Temple
Le Second Temple, le pont et l'arche Wilson à la fin du règne d'Hérode (source: Western Wall Heritage Foundation)

Lors de la chute de Jérusalem en 70 de notre ère, et la destruction du Temple, le pont Wilson fut lui aussi endommagé. Il ne fut restauré que sous le règne d'Hadrien, autour de 130 de notre ère, lors de la reconstruction de Jérusalem comme ville romaine: Aelia Capitolina. Le pont restauré devait servir d'accès au temple païen dédié à Jupiter probablement érigé au dessus des ruines du Second Temple. Selon certains experts, l'arche Wilson elle-même, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'a jamais été détruite ni s'est effondrée: elle daterait donc des restaurations du Second Temple sous le règne d'Hérode. Il y a cependant débat car d'autres experts ont émis l'hypothèse que les eaux acheminées au temps des Hasmonéens arrivaient à un plus petit pont, un peu plus au nord que le pont Wilson, et que l'arche Wilson n'était pas l'aboutissement d'un pont mais un grand escalier similaire au pont Robinson vers l'extrêmité sud-ouest du mont du Temple.


Les fouilles archéologiques se poursuivent aujourd'hui le long du pont Wilson, dans le complexe des tunnels du Kotel, ce qui permettra peut-être de répondre aux questions qui alimentent aujourd'hui diverses théories.



Parcours de la visite

La visite s'effectue selon le parcours ci-dessous :


Circuit du "grand pont"
Schéma en vert de la visite du circuit "grand pont" (source : Western Wall Heritage Foundation)

Les principales étapes de cette visite sont les suivantes:


1- le passage secret (époques ayyubide et mamelouke)

2- diagrammes visuels

3- mikvéh (époque Second Temple)

4- nymphée (époque hérodienne ou romaine)

5- édifice des eaux (époque Second Temple puis romaine)

6- mikvéhs et lavoir (époque Second Temple)

7- fondations du Kotel (époque Second Temple)

8- odéon (époque romaine)



Le "passage secret"

Le "passage secret" est un long passage souterrain dans l'axe est-ouest situé sous la rue de la Chaîne (HaShalshelet), historiquement attribué à tort au roi David. En effet, des sources du 15ème siècle suggéraient que ce passage était secrètement emprunté par le roi David pour se rendre de son palais au Mont du Temple, une croyance qui lui a valu son nom. La réalité est que le Temple n'existait même pas au temps de David car c'est son fils Salomon qui l'érigea.


Ce passage et les voûtes environnantes ont été construits à la fin du 12ème siècle (époque ayyoubide) ou un peu plus tard (à l’époque mamelouke) afin de soutenir la ville musulmane qui s'étendait au-dessus. Dans les cavités créées par les voûtes, un ensemble de citernes avait été aménagé pour procurer de l'eau aux maisons au-dessus. Les visiteurs peuvent d'ailleurs voir des ouvertures passées sur les plafonds de ces voûtes: elles permettaient aux habitants de descendre un sceau au moyen d'une corde et de le remplir d'eau de citerne. Ce n'était pas l'eau courante mais plutôt l'eau à portée de main !


Dans le passage secret, les visiteurs peuvent remarquer une des pierres portant une inscription en latin : il s'agit du sigle de la 10ème légion romaine dite Fretensis qui a controlé la ville pendant près de 300 ans après la prise de Jérusalem.


L'inscription FRETensis dans le "passage secret"
L'inscription FRETensis sur le mur de gauche, dans le "passage secret" (photo : Albert Benhamou)

Diagrammes visuels

Après le passage secret, et avant de descendre au niveau inférieur, le guide montre aux visiteurs une succession de diagrammes projetés sur des écrans TV : ceux-ci permettent de mieux comprendre l'évolution du lieu au fil des siècles et des époques historiques.


Mikvéh

Après la descente au niveau inférieur, les visiteurs peuvent voir un mikvéh (bain rituel juif) datant de la période du Second Temple. De nombreux mikvéhs ont été découverts lors des fouilles, comme on le verra ci-dessous, et ceci n'a rien d'étonnant car les pélerins devaient se purifier avant de monter au Temple, et ces mikvéhs sont situés proches de la rue hérodienne, bordée de boutiques, qui longe l'enceinte du mont du Temple et par laquelle ils passaient.


Mikvéh de l'époque Second Temple
Mikvéh de l'époque Second Temple (photo : Albert Benhamou)

Nymphée

En quittant le mikvéh, on emprunte un couloir étroit qui mène à ce qui pourrait avoir été un nymphée, c'est-à-dire une construction décorative de type romaine pour un système d'eau. Les chercheurs pensent qu'il avait déjà été construit à l'époque hérodienne pour servir de vidage au trop-plein d'eau dans l'édifice sur place (un bâtiment servant de grande citerne). Car beaucoup d'eau coulait à cet endroit à l'époque de Second Temple, notamment les eaux du Tyropéon. En détournant les eaux du torrent, on pouvait aisément remplir ce réservoir construit ainsi que tous les mikvéhs de cette zone.


Nymphée
Animation de l'eau débordant par le trop-plein élevé du nymphée (photo : Albert Benhamou)

Edifice des eaux

Adjacent au nymphée, un édifice magnifique datant de la période du Second Temple, exceptionnellement bien conservé, a été découvert lors des fouilles. Il faisait partie d'un complexe abritant également plusieurs bains de purification (mikvéh).


Selon les experts, cet édifice a été construit par les Juifs qui vivaient à Jérusalem vers l'an 30 de notre ère, une quarantaine d'années avant la destruction du Second Temple. Il se trouve près de la rue principale qui était située à l'extérieur des portes du Temple et qui était empruntée par les pèlerins avant leur ascension au Mont du Temple. La pièce principale de cet édifice se situait au pied du pont Wilson. Cependant, sa fonction demeure encore un mystère à ce stade.


Quelques années avant la destruction du Temple, l'édifice subit plusieurs transformations. Le vaste espace de la salle principale fut divisé en zones plus petites. Suite à ces changements, les arches du pont Wilson reposaient sur les murs de l'édifice. Dans l'une des nouvelles salles, un bain de purification fut construit, l'un des plus grands découverts à Jérusalem pour cette période.


Adjacent aux mikvéhs, une autre construction époque Second Temple montre un espace qui aurait pu servir comme lavoir pour des ustensiles sacrés du Temple. Car l'eau y est courante donc propre aux lois de purification, mais l'espace est trop étroit pour avoir été un mikvéh.



Possible lavoir de purification
Possible lavoir de purification (photo : Albert Benhamou)

Malgré la beauté et la splendeur de la grande salle, l'édifice fut partiellement détruit en l'an 70 lors de la guerre des Juifs contre Rome. Puis, sur ses ruines, les Romains construisirent un magnifique et imposant établissement thermal sous le règne d'Hadrien vers 130 de notre ère. Ce bain romain, symbole d'hédonisme, contraste fortement avec le bain de purification qui faisait partie intégrante de l'édifice jusqu'alors et symbolisait le caractère sacré du Temple. Le mur du bain romain traverse l'édifice datant de la période du Second Temple, créant aujourd'hui deux espaces séparés par un étroit couloir.


Autre détail : le passage d'une salle à l'autre se fait au travers d'une porte en pierre qui a subi les conséquences d'un tremblement de terre en l'an 363 de notre ère. En effet un côté de la porte s'est affaissé. D'autres dégâts de celui-ci ont pu être identifiés et la trace de leur réparation actuelle dans la salle principale est visible au-dessus de la tête des visiteurs.


Dégât visible du tremblement de terre de 363
Dégât visible du tremblement de terre de 363 (photo : Albert Benhamou)

Fondations du Kotel

En sortant de la salle des mikvéhs, on s'approche du Kotel lui-même. Ici les pierres n'ont été mises à jour que lors des fouilles récentes et donnent l'aspect d'avoir été posées la veille tant elles n'ont pas été rongées par l'érosion et la pollution. Elles avaient été enfouies sous les décombres depuis la destruction du Temple en l'an 70. Ces pierres majestueuses sont posées sur la roche de la montagne qui forme le mont du Temple : celle-ci est visible à plusieurs mètres en dessous du niveau d'observation. Ces pierres sont typiques de l'époque hérodienne qui se distingue par 5 caractéristiques:


  1. la taille monumentale des pierres

  2. le liseret qui borde chaque pierre taillée

  3. le contraste entre le liseret lisse et le centre de la pierre taillée de façon rude

  4. le manque de ciment ou de mortier pour sceller les pierres entre elles: en fait ces pierres sont taillées de façon tellement parfaitement lisses qu'elles sont simplement posées l'une sur l'autre

  5. la pose des pierres est faite de façon pyramidale, à savoir que chaque ligne de pierres est posée sur la ligne en-dessous avec un écart d'environ 1-2 centimètres: ce détail est à peine remarqué de loin et n'est constaté qu'en s'approchant du mur ainsi construit


Odéon ou bulitrion?

L'une des plus grandes surprises des fouilles fut la découverte d'une structure semblable à un petit théâtre romain sous l'arche Wilson. Ce théâtre pouvait accueillir plus de 200 personnes et servait donc probablement à de petites représentations (odéon), ou encore de lieu de réunion pour les dignitaires afin de prendre des décisions au sein du gouvernement (bulitrion). La construction de ce théâtre a probablement été commencée lors des travaux relatifs à Aelia Capitolina mais ne fut jamais achevée et, de ce fait, certains chercheurs pensent qu'il n'a jamais été utilisé. D'autres avancent que sa construction fut interrompue par la révolte de Bar Kokhba vers l'an 130 de notre ère.


Odéon romain inachevé
Odéon romain inachevé (photo : Albert Benhamou)


Les fouilles en cours sur le site des tunnels du Kotel révèlent une nouvelle facette de l'histoire de Jérusalem et du lien qui unit toutes les générations à la capitale. Grâce aux informations mises au jour lors de ces fouilles, nous pouvons reconstituer les pièces manquantes de l'histoire de cette ville, véritable nombril du monde.


Albert Benhamou

Guide touristique francophone en Israël

Eloul 5786 - août 2026



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