La route des pélerins
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La Cité de David à Jérusalem a récemment ouvert au public ladite route des pélerins, celle qui permettait aux pélerins de monter au mont du Temple à partir du bassin de Siloé en contrebas de la Cité de David. Le nouveau circuit inclut donc le bassin de Siloé, lui aussi nouvellement mis à jour, la route des pélerins mais aussi le canal de drainage que les visiteurs du site avaient l'habitude d'emprunter pour monter jusqu'au mont du Temple. C'est dans ce canal étroit que des Judéens s'étaient refugiés lors de la prise de Jérusalem par les Romains et que ces derniers avaient fini par les en déloger :
Leur dernier espoir et le plus précieux résidait dans les passages sous terre, où ils pensaient qu'on ne les rechercherait pas. Mais ce ne fut qu'un rêve. Car tous ceux qui s'étaient montrés à découvert avaient été soit tués soit faits prisonniers par les Romains. Les vainqueurs organisèrent alors des recherches pour retrouver ceux qui se trouvaient dans la mine et, en brisant le dallage, massacrèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent. (Flavius Josèphe, La guerre des Juifs, VI, 370-371, 429)
Cet épisode n'est pas sans rappeler la chute du ghetto de Varsovie en mai 1943 lorsque les derniers survivants se sont engagés dans les égouts pour échapper aux Nazis.

La visite démarre à partir du centre visiteurs de la Cité de David. De là on peut suivre le parcours complet qui emmène à l'entrée du complexe des eaux dans les profondeurs de l'antique cité. Ensuite on a le choix entre suivre le tunnel cananéen vieux de 3500 ans qui alimentait la cité en eau grâce à la source du Gihon, ou emprunter le tunnel creusé par le roi Ezékias vers 700 avant notre ère pour détourner les eaux du Gihon vers l'intérieur de la cité en les laissant s'écouler jusqu'au bassin de Siloé. Le bassin de Siloé lui-même avait été établi avant le règne d'Ezékias en construisant un barrage en contrebas qui bloquait les eaux de pluie et permettait ainsi de retenir ces eaux pour les besoins de la cité. Ce bassin a été mis à jour depuis quelques mois et les travaux de fouille continuent à ce jour. C'est au bassin de Siloé qu'a eu lieu le miracle de Jésus envers un aveugle selon l'apôtre Jean.

On emprunte donc la nouvelle route des pèlerins à partir de son point le plus bas et on remonte celle-ci de façon souterraine jusqu'au centre visiteurs de la Cité de David ou, avec un ticket combiné, jusqu'au centre Davidson au pied de l'enceinte du mont du Temple.

Bien entendu, à l'époque du Second Temple, cette route était ouverte au ciel, et située entre les maisons judéennes. Le long de cette route, dont le dallage est authentique et vieux de 2000 ans (et où vraisemblablement, Jésus lui-même avait posé ses pieds pour monter au Temple), on peut voir des ouvertures protégées par des plaques de verre là où les Romains avaient brisé le dallage pour accéder au niveau inférieur du canal de drainage et y poursuivre les derniers survivants. Parmi ces ouvertures on peut voir des cruches à eau, utilisées par les réfugiés de ce canal de drainage, datant de cette période avant l'assaut final, certaines d'entre elles ayant été trouvées intactes.

Un peu plus haut, la route fait un petit détour par rapport à son tracé originel car, à l'époque byzantine, on avait construit une église. Pourquoi? Pour commémorer le miracle de Jésus au bassin de Siloé. Il ne reste rien de cette église sauf ses fondations. Mais on connait son existence grâce aux écrits d'époque.
En poursuivant la route, on arrive à une petite structure avec une plateforme ou estrade formée par la superposition de pierres plates : il s'agit d'un podium. Celui-ci est mentionné dans le Talmud :
Il y avait un empillage de pierres à Jérusalem, et quiconque avait perdu un objet y était dirigé, et quiconque avait trouvé un objet perdu y était également dirigé. (Talmud de Babylone, Baba Metsia 28b)

Plus haut sur la route, on peut remarquer des ouvertures dont l'une met à jour le canal de drainage qui avait servi de refuge aux derniers survivants de Jérusalem et qui constituait jusqu'à récemment le seul chemin emprunté par les visiteurs pour remonter la Cité de David. On peut constater l'étroitesse du chemin de drainage par rapport à la route des pélerins par dessus.

Enfin, en haut de la route, le dallage originel disparaît car, selon les experts, la route des pélerins bifurquait en direction des portes du Temple (les portes Hulda actuelles). C'est à partir de ce point de la route que la suite de la visite se sépare entre d'un côté le retour au centre visiteurs par le lieu des fouilles "Givati" et d'un autre la poursuite de la route vers le centre Davidson. Sur ce tronçon, qui ne faisait donc pas partie de la route des pélerins, les fouilles ont mis à jour des vestiges de maisons romaines datant de la romanisation de Jérusalem en Aelia Capitolina (vers l'an 130 de notre ère), et aussi d'habitations de l'époque byzantine. Des mosaïques de sol ont ainsi été découvertes.

Le pélerinage à Jérusalem était un événement sans précédent dans le monde antique. Quel autre peuple était aussi dispersé que les Juifs et faisait néanmoins un tel pélérinage trois ou quatre fois par an, lors des fêtes religieuses. Seuls les Musulmans ont répété ce modèle, quelques 700 ans plus tard, avec le pélerinage vers La Mecque (ledit Hajj) que tout Musulman doit faire au moins une fois dans sa vie. Le philosophe juif d'Alexandrie, Philon, a témoigné du pélerinage à Jérusalem :
Des foules innombrables, venues de villes innombrables, se rassemblent à chaque fête. (Philon d'Alexandrie, Les lois spéciales, I, 69-70)
Ce témoignage a été confirmé par l'archéologie car les fouilles à Jérusalem ont permis de trouver des pièces de monnaie ayant appartenu à des pélerins juifs provenant des quatre coins des empires antiques :

Cette visite s'avère dès à présent un incontournable à la fois pour les visiteurs juifs que chrétiens. Pour les visiteurs juifs, il s'agit d'emprunter un chemin authentique que leurs ancêtres judéens avaient aussi emprunté à la période du Second Temple : c'est dons une expérience unique de renouer avec ce passé vieux de 2000 ans. Quant aux visiteurs chrétiens, cette visite s'effectue sur des dalles que, sans aucun doute, Jésus avait lui-même foulé en montant au Temple à partir du bassin de Siloé qui, par ailleurs, a été le lieu d'un de ses miracles selon les évangiles.
Albert Benhamou
Guide tourristique francophone en Israël
Eloul 5786 - Août 2026





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