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Visite de Stella Maris au Carmel

Oct 15
8 min read

Sur le mont Carmel, la foi chrétienne ne parle pas seulement par des pierres. Elle parle par une règle de vie, par le silence d’une grotte, par une tradition mariale et par la mer qui s’ouvre devant Haïfa.


L’église de Stella Maris compte parmi les lieux catholiques les plus forts du nord d’Israël. Elle se visite vite si l’on regarde seulement l’architecture. Elle demande plus de temps si l’on veut comprendre les messages qu’elle porte.


Vue grand angle de l’église Stella Maris au sommet du mont Carmel.
Le monastère Stella Maris sur le mont Carmel (photo: Zeev Stein via the PikiWiki - Israel free image collection project)

Les Carmes sont nés sur le mont Carmel


Avant de parler de l’église, il faut partir de l’Ordre du Carmel. Les Carmes ne sont pas nés en Europe. Leur origine se trouve en Terre Sainte, sur le mont Carmel, à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle. Des ermites latins se sont retirés dans cette montagne, près des lieux liés au prophète biblique Élie. Ils voulaient vivre dans la prière, la solitude et l’écoute de la Parole. Leur modèle spirituel était clair. Élie le Tishbite, le prophète du "Dieu vivant", occupait une place centrale. Sur le Carmel, la Bible situe son face-à-face avec les prophètes de Baal. Le lieu garde donc une mémoire de combat spirituel, de fidélité et de feu intérieur. Pour lire ce récit, ouvrez la Bible au Premier Livre de Rois, chapitres 17 et 18, ou suivre un résumé dans ma chronologie biblique en cliquant ici.


Ces ermites ont reçu une règle de vie (dite regula pour un ordre religieux) d’Albert Avogrado, patriarche latin de Jérusalem entre 1205 et 1214, date de son décès. Notons qu'à cette époque, Jérusulem était aux mains des Musulmans et le siège patriarcal d'Albert se trouvait alors à Saint-Jean d'Acre, de l'autre côté de la baie de Haïfa. Cette règle reste à la base de la tradition carmélitaine. Elle insiste sur plusieurs points simples et exigeants :


  • vivre dans l’obéissance

  • méditer jour et nuit la loi du Seigneur

  • garder le silence

  • célébrer l’Eucharistie

  • travailler

  • demeurer dans une vie fraternelle sobre


Ce n’était pas encore le Carmel tel qu’on le connaît aujourd’hui, avec ses grands saints et ses couvents européens. C’était une petite communauté enracinée dans la Terre Sainte.


Au XIIIe siècle, les troubles politiques et militaires ont poussé de nombreux Carmes à quitter le mont Carmel. Ils se sont installés en Europe. Là, l’ordre a pris une forme plus mendiante, proche des villes, tout en gardant son âme contemplative.


Plus tard, l'ordre donnera à l’Église de grandes figures. Sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de Lisieux et sainte Élisabeth de la Trinité ont chacun porté la spiritualité carmélitaine à une profondeur nouvelle. Mais la source géographique reste ici, sur le mont Carmel.


Pour un visiteur catholique, cela change tout. On ne visite pas seulement une belle église de Haïfa. On revient au lieu d’origine d’une famille spirituelle majeure de l’Église.


Marie, Élie et le nom Stella Maris


Le nom Stella Maris signifie Étoile de la mer en Latin. C’est l’un des titres traditionnels de la Vierge Marie. En fait, aux premiers siècles de la chrétienté, à partir de l'an 382, saint Jérôme avait entrepris de traduire la Bible hébraïque en Latin à la demande du pape Damase Ier. Ce faisant il traduisit le nom hébreu de Marie (מרים), qui se dit Miriam, en stilla maris en latin, ce qui signifie "goutte de mer" (מר ים ; le mot מר, qui signifie plutôt 'amer', est rarement compris comme 'goutte' dans la Bible mais se trouve ainsi dans Isaïe 40:15). Par la suite, au Haut Moyen Âge, un copiste a changé le nom en stella maris. Ce titre parle particulièrement bien ici. L’église regarde la Méditerranée. Depuis le Carmel, la mer occupe l’horizon vers l'Occident et Rome. Ainsi Marie y apparaît comme guide, lumière et secours pour ceux qui avancent dans la foi.


Dans la tradition carmélitaine, Marie tient une place profonde. Elle n’est pas un détail décoratif. Elle structure le sanctuaire. Elle invite à prier avec l’Église, dans la patience et dans la confiance.


L’histoire de l’église de Stella Maris


La présence carmélitaine sur le mont Carmel a connu des ruptures. Les premiers ermites ont dû quitter la région à la chute du royaume croisé en 1291. Des siècles plus tard, en 1631, les Carmes sont revenus et ont cherché à reprendre pied au mont Carmel. Il construisirent un petit monastère en-dessous du phare actuel, juché sur le promontoire. Mais les autorités ottomanes les obligèrent à démolir leur monastère et à se déplacer. Il s'installèrent alors sur le site actuel qui avait autrefois abrité une chapelle byzantine, puis une église grecque médiévale (l'abbaye de Sainte Marguerite) bâtie autour d'une grotte naturelle. Le sanctuaire présent n’est pas un bâtiment médiéval. Il appartient surtout à l’histoire plus récente de la présence carmélitaine en Terre Sainte. C'est le Frère Giambattista Cassini qui érigea l'église et le monastère au XIXe siècle.


En 1799, le passage du général Bonaparte lors de sa campagne en Terre Sainte causa des problèmes aux Carmes du lieu car il y envoya des soldats blessés pour se faire soigner lors du siège de Saint-Jean d'Acre (pour en savoir plus sur cette campagne, cliquez ici). Le monastère se transforma ainsi en hôpital militaire. Malheureusement, lorsque l'armée française se replia, ces soldats furent tous massacrés par les Ottomans et les Carmes furent expulsés de la région. Et, en 1821, Abdallah, le Pacha de Saint-Jean d'Acre, ordonna la destruction de leur monastère abandonné.


Puis, en 1836, les Carmes furent autorisés à se réinstaller. Le Frère Giambattista Cassini entreprit la reconstruction du monastère et de l'église. Les restes des soldats français furent enterrés sous une pyramide que l'on peut voir à l'entrée de Stella Maris. La croix de fer apposée sur cette pyramide a été offerte par l'équipage de la corvette Châteaurenault lors de son passage en 1876, ainsi qu'une inscription en Latin: Ovomodo Ceciderunt Fortes in Bello qui signifit "combien de braves hommes sont tombés au combat".


Le sanctuaire actuel est à la fois simple et dense. Sa façade ne cherche pas l’effet spectaculaire. L’intérieur, lui, concentre l’attention sur la Vierge du Carmel, l’autel et la grotte associée à la mémoire d’Élie. Car le monastère attenant rappelle la vocation première du lieu. Ce n’est pas seulement un site touristique. C’est une maison religieuse. Des Carmes y vivent ou y assurent une présence spirituelle selon les périodes et les besoins du sanctuaire.


Cette réalité doit guider la visite. On entre dans un lieu de prière. Le meilleur regard est un regard silencieux.


Vue extérieure de l’église Stella Maris à Haïfa.
L’extérieur reste sobre, mais il ouvre sur un lieu majeur de la tradition carmélitaine (photo: Albert Benhamou)

Ce qu’il faut voir dans l’église


L’intérieur de Stella Maris se découvre en plusieurs étapes. Le sanctuaire n’est pas immense. Mais chaque élément mérite l’attention.


La statue de Notre-Dame du Mont-Carmel


Le regard se porte d’abord vers la statue de la Vierge, au dessus du grand autel. Elle tient l’Enfant Jésus et rappelle la dévotion à Notre-Dame du Mont-Carmel. Cette image est au cœur du sanctuaire. Elle ne se comprend pas comme une œuvre isolée. Elle renvoie à toute la tradition carmélitaine. Marie y apparaît comme mère, guide et modèle. Pour ceux qui souhaitent y prier, un Ave Marie ou un Salve Regina convient parfaitement. Des bancs permettent de s’asseoir pour se concentrer et prier en silence.


La tête de la statue de Marie est l'oeuvre de Caraventa de Gènes en 1820. Elle fut couronnée au Vatican par Pie VII en 1823. Plus de 100 ans plus tard, un autre artiste sculpta un corps avec du bois de cèdre du Liban et la statue entière fut bénie par Pie XI et envoyée au Carmel.



Vue intérieure du sanctuaire de Stella Maris avec la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel.
La grotte, la statue mariale, l’autel et la coupole forment le cœur spirituel du lieu (photo: Albert Benhamou)

La grotte liée au prophète Élie


Sous le sanctuaire se trouve une grotte associée à la mémoire du prophète Élie. Cette grotte est l’un des points les plus importants de la visite. La tradition locale relie le mont Carmel à Élie. La Bible le présente comme un homme de feu, mais aussi comme un homme éprouvé, capable d’entendre Dieu dans le silence ténu. Cette tension parle au cœur du Carmel. Force de la foi. Pauvreté intérieure. Écoute de Dieu.


Dans une visite chrétienne, la grotte n’est pas un simple vestige. Elle rappelle que la foi biblique a des lieux, des paysages et une mémoire. Sur le Carmel, l’Écriture devient proche. Il faut garder une attitude recueillie. Même quand des groupes de touristes passent rapidement, ce lieu mérite le silence.


Le dôme peint


Puis, levez les yeux. Le dôme peint est l’un des éléments les plus marquants de l’église. On y trouve des scènes et des figures liées à la Bible, à Marie et à l’histoire du Carmel. Les peintures relient la Bible, la vocation d’Élie, la Vierge Marie et la sainteté carmélitaine. Ce type de décor sert un but précis. Il fait monter le regard. Il rappelle que la liturgie ouvre vers le ciel. Dans une église carmélitaine, cette montée du regard rejoint la montée intérieure vers Dieu.


Pour ceux qui veulent en savoir plus, ces peintures sont l'oeuvre du Frère Luigi Poggi vers 1925. Les thèmes traités sont: l'élévation du prophète Élie dans son char de feu, le roi David jouant de sa harpe, les Saints de l'Ordre des Carmélites, les prophètes Isaïe, Ézéchiel et Daniel, la Sainte Famille. Autour de ces scènes, 4 panneaux présentent les 4 Évangélistes, chacun avec son symbole: Matthieu avec l'ange, Marc avec le lion, Luc avec le taureau, Jean avec l'aigle. Ces symboles sont tirés de la vision du prophète biblique Ézéchiel (1:10). Enfin, les vitraux montrent le prophète Élie au désert et son élévation sur un char de feu.


Peintures de la coupole de Stella Maris (photo: Albert Benhamou)
Peintures de la coupole (photo: Albert Benhamou)

Les Carmes


Autour des bancs de prière, vous pouvez voir 4 représentations de Carmes d'importance dont Jean de la Croix, juif converti puis fondateur des Carmes déchaux au XVIe siècle, en même temps que Thérèse d'Avila. Jean de la Croix a été élevé au titre de Docteur de l'Église en 1926 pour ses ouvrages de spiritualité dont "La Montée du Carmel" (Subida del Monte Carmelo en espagnol). Avec Thérèse d'Avila est aussi commémorée Édith Stein, une Carme, juive d'origine et pour cette raison assassinée à Auschwitz.


Sainte Thérèse d'Avila et Edith Stein
Sainte Thérèse d'Avila et Edith Stein (photo: Albert Benhamou)


Le symbole de l'Ordre du Carmel


L'Ordre du Carmel a bien entendu son symbole que l'on retrouve notamment à Stella Maris. Il se compose de plusieurs éléments :


  • une montagne, aux flancs arrondis, dont le sommet touche le ciel. Il s'agit du mont Carmel, lieu d'origine des Carmes, là où le prophète Élie vécut

  • trois étoiles à six branches: ce sont des étoiles de David car la Terre sainte est le berceau de Jésus, descendant du roi David selon la tradition chrétienne. L'une des étoiles est au centre de la montagne et les deux autres placées symétriquement dans le ciel de part et d'autre de la montagne. Certains disent aussi que le nombre 3 de ces étoiles représente les 3 religions monothéistes

  • une couronne d'or qui représente la royauté divine

  • une main brandissant une épée. C'est celle d'Élie, le prophète qui défend la foi en Dieu. Ses paroles sont inscrites en latin (1 Rois 19:10): J'ai fait éclater mon zèle pour toi, Seigneur, Dieu des armées


Logo de l'Ordre du Carmel
Logo de l'Ordre du Carmel



Autour de l’église, le panaroma se laisse contempler


La visite ne s’arrête pas à la porte de l’église. Le site offre aussi une vue remarquable sur Haïfa, la baie jusqu'à Saint-Jean d'Acre et la Méditerranée de part et d'autre de cette pointe géographique du mont Carmel. Cette vue donne du relief au nom Stella Maris. La mer n’est pas un arrière-plan. Elle aide à comprendre le titre marial. Marie, étoile de la mer, guide les croyants à travers les dangers, les traversées et les nuits. Prenez le temps de marcher autour du monastère, dans les zones accessibles. Respectez les parties réservées à la communauté. Le calme du lieu fait partie de la visite.


Panorama depuis Stella Maris
Panorama de la baie de Haïfa depuis Stella Maris (photo: Albert Benhamou)


Ce qu’il faut retenir avant de partir


L’église de Stella Maris à Haïfa n’est pas grande par la taille. Elle est grande par ce qu’elle relie. Elle relie Élie et Marie. Elle relie la Bible et l’histoire de l’Église. Elle relie le silence des ermites du Carmel et la prière des pèlerins d’aujourd’hui. Avant de sortir, reprenez un dernier regard vers Notre-Dame du Mont-Carmel. Puis regardez la mer. Le nom du sanctuaire devient clair. La foi a parfois besoin d’une étoile pour lui servir de guide. Or, sur le mont Carmel, l’Église en montre une depuis des siècles.


Pour une visite guidée à Stella Maris et aux sites d'alentour, n'hésitez pas à me contacter ou l'un de mes collègues guides professionnels sous licence du ministère du Tourisme.


Albert Benhamou

Guide touristique francophone en Israël

Heshvan 5787, Octobre 2026



Coucher de soleil depuis la pointe du Carmel
Coucher de soleil depuis la pointe du Carmel (photo: Albert Benhamou)

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