Le Golan et ses sites antiques juifs
L'actualité fait quelquefois douter du bon sens de certains politiciens. Car ceux qui ont légiféré une interdiction d'importer des produits israéliens en provenance du Golan et de la Judée-Samarie méconnaissent évidemment l'Histoire, parfois jusqu'au ridicule. Rappelons par exemple que l'origine du mot "Juif" désignait les habitants de "Judée", comme un "Français" est quelqu'un originaire de "France". Le terme "Cisjordanie" a été inventé par la Jordanie vers 1950 car elle avait des velléités à annexer ce territoire qui faisait pourtant partie du Mandat britannique sur ladite Palestine. D'autant que la fameuse résolution 181 de l'ONU parle de Judée et de Samarie et non de Cisjordanie, car ce terme inventé n'est apparu que plus tard du fait de l'occupation jordanienne de cette région historique entre 1948 et 1967. Si cet aspect politique vous intéresse, cliquez ici.
Nombre de livres et d'articles ont été écrits sur l'histoire biblique et juive des régions de Judée et de Samarie mais nous allons ici parler de la belle région des hauteurs du Golan, qui elle aussi est sujette au boycott de ses produits. Et pourtant, cette région a longtemps été juive avant d'être attribuée de façon arbitraire, sans fondement historique, à la Syrie à cause du partage politisé de cette région entre la France et le Royaume-Uni après la chute de l'empire ottoman.
Le Golan se visite souvent pour ses paysages de basalte, ses cascades et ses points de vue sur la Galilée. Mais sous cette image de grand plateau volcanique se cache une autre lecture du territoire, plus ancienne et plus discrète. Dans la Bible, dans les récits de la période du Second Temple, puis dans les vestiges de synagogues villageoises, le Golan apparaît comme une région de passage, de refuge, de frontière et de vie juive rurale.
Pour qui cherche à comprendre le Golan juif, les pierres parlent presque autant que les textes. Elles racontent un monde de petites communautés, de maisons en basalte, de pressoirs, de bancs de synagogue et d’inscriptions antiques. Voici les repères essentiels pour lire ce territoire avant de le parcourir.
Le Golan dans la Bible commence par une ville de refuge
Le nom "Golan" apparaît dans la Bible hébraïque comme celui d’une ville située en Bashân, région fertile à l’est du Jourdain. Le passage le plus cité se trouve dans le Deutéronome, versets 4:41-43:
C'est alors que Moïse désigna trois villes en deçà du Jourdain, à l'orient, pour servir de refuge au meurtrier qui ferait mourir son prochain sans préméditation et sans avoir été précédemment son ennemi, afin qu'en se réfugiant dans une de ces villes, il pût sauver sa vie. C'étaient: Bécer dans le désert, dans le plat pays appartenant à la tribut de Ruben; Ramoth en Galaad, à la tribu de Gad, et Golan, dans le Bashân, à celle de Manassé.
La Bible rappelle cette décision de Moïse dans Josué 20,8, où Golan fait partie du réseau des villes de refuge qui avaient une fonction juridique et sociale précise. Elles offraient protection à une personne accusée d’homicide involontaire, jusqu’à ce que son cas soit examiné selon la loi. On mesure mal aujourd'hui la portée de cette règle qui protégeait les homicides involontaires. Mais prenons en compte qu'elle a été établie comme loi pour le peuple juif il y a déjà plus de 3300 ans...
Le verset Josué 21,27 ajoute un autre élément: le Golan est spécifiquement attribué à une des familles de Lévites, les descendants de Guershom. Cette attribution a donc été établie vers l'an 1250 avant notre ère et est aussi rappelée dans 1 Chroniques 6:56.
Ces mentions montrent trois choses importantes.
Golan était d’abord un nom de lieu précis, juif, plus précisément une ville refuge.
Cette ville se trouvait dans le Bashân biblique, dans une région attribuée à Manassé.
Le nom Golan a ensuite servi à désigner une région juive plus large, surtout à partir du règne du roi Hérode et de la période romaine qui a suivi.
La Bible ne donne pas l’étymologie du mot Golan. Il faut donc rester prudent sur son sens incertain. Ce que l’on peut dire avec assurance, c’est que le nom biblique "Golan" a survécu dans la mémoire historique de la région. Dans les sources de l’époque du Second Temple et de l’époque romaine, on rencontre une forme grecque proche, Gaulanitis, qui désigne le district du Golan.
Le plateau moderne porte donc un nom ancien, enraciné dans une ville biblique dont l’emplacement exact reste discuté.

Du Bashân biblique à la Gaulanitide antique
Pour comprendre les sites juifs antiques du Golan, il faut imaginer une région moins isolée qu’elle ne paraît aujourd’hui. Le plateau reliait plusieurs mondes : la Galilée à l’ouest, le Hauran au sud-est, la Syrie au nord, la vallée du Jourdain en contrebas.
Ses terres, quoique volcaniques, étaient propices à l’agriculture. Les villages vivaient de céréales, de vigne, d’oliviers, d’élevage et de commerce local. Le basalte, pierre noire abondante, servait à tout construire : maisons, murs, linteaux, pressoirs, et... synagogues.
À partir de la période du Second Temple, sous le roi Hérode, plusieurs communautés juives s’installent ou se développent dans le Golan. Après la destruction du Temple de Jérusalem en 70, la vie juive ne disparaît pas dans la région: bien au contriare, elle augmente car la Judée et Jérusalem deviennent proscrites aux Juifs. Mais elle change de forme: les synagogues deviennent des centres religieux, sociaux et communautaires. C’est visible tout particulièrement dans les villages des périodes romaine tardive et byzantine.
C’est cette continuité qui rend les synagogues antiques du Golan si importantes pour comprendre les sites juifs antiques dans le Golan. Elles ne sont pas seulement des monuments. Elles montrent comment une population juive rurale organisait sa vie quotidienne loin des grands centres urbains.
Gamla révèle le Golan de l’époque du Second Temple
Gamla est sans doute le site le plus spectaculaire du Golan antique. La ville se trouve sur une crête abrupte, entourée de ravins. Son nom vient probablement de sa forme, qui rappelle le dos d’un chameau, gamal en hébreu, comme le mentionne Flavius Josèphe dans la Guerre des Juifs, IV, I, 1.
Car la ville est située sur une crête escarpée dominant une haute montagne… Sa forme rappelle celle d’un chameau, d’où son nom… Sur son versant droit, des maisons sont bâties, très serrées les unes contre les autres. La ville est si étrangement penchée qu’on a l’impression qu’elle va s’effondrer sur elle-même….

Le site est ainsi connu grâce à Flavius Josèphe, historien juif du Ier siècle, qui raconte sa chute face aux Romains pendant la Grande Révolte juive. Gamla tombe en 67 de notre ère, après un siège de sept mois mené par les troupes de Vespasien, qui avait été envoyé par Néron pour mater la révolte. Vespasien était venu avec trois légions: la V Macedonica, la X Fretensis (cette légion, avec un sanglier pour symbole, a ensuite été stationnée en Judée et à Jérusalem pendant plus de 200 ans) et la XV Apollinaris. Chaque légion romaine comptait 5000 combattants. Donc le siège de Gamla a été fait avec 15.000 légionnaires, et autant d'auxiliaires, plus la cavalerie, donc pas moins de 30.000 assiégeants. Le récit est dramatique (lire la Guerre des Juifs, livre IV, chapitres I, section 4 et les suivantes), mais le lieu lui-même aide à comprendre pourquoi la ville a si bien résisté. Le relief est une forteresse naturelle.
À voir sur place :
Les restes du rempart et de la zone où les assaillants romains ont ouvert une brèche.
Les vestiges d’une synagogue du Ier siècle.
Les ruines d’habitations accrochées à la pente abrute.
Les traces de la ville juive détruite pendant l'assaut romain.
La synagogue de Gamla est essentielle. Détail rare, elle date d’avant la destruction du Second Temple en l'an 70, ce qui en fait un témoin rare de la vie religieuse juive à l’époque où le Temple de Jérusalem existait encore. Elle rappelle que les synagogues n’étaient pas simplement des substituts au Temple après 70. Elles jouaient déjà un rôle dans l’étude, l’assemblée et la vie communautaire. La synagogue de Gamla fait partie des seules sept synagogues en Israël qui prédatent la destruction du Temple. Et le monde veut croire que le Golan n'a pas de racine juive et se met à boycotter le bon vin de Gamla, produit sur place, qui honore ce nom biblique !

La visite du site antique de Gamla demande un peu d’effort physique. On y accède à partir du centre visiteurs situé sur le plateau en face, et géré par les Parcs Nationaux. Ainsi le sentier descend puis remonte, comme l'ont emprunté les légionnaires de Vespasien. Mais l’expérience est forte, car la topographie particulière, les ruines et le récit historique de Flavius Josèphe se font mutuellement écho.
Katzrin montre la vie d’un village juif talmudique
Katzrin, au centre du Golan, est l’un des meilleurs lieux pour comprendre la vie quotidienne à l’époque talmudique. Le parc archéologique présente les vestiges d’un village juif des premiers siècles de notre ère, avec ses maisons de basalte, ses cours, ses espaces domestiques et sa synagogue antique.

Le site ne se limite pas à une ruine isolée. Il permet de visualiser un village entier. C’est précieux, car beaucoup de voyageurs visitent des synagogues antiques sans toujours voir le cadre de vie (souvent rural) qui les entourait.
À voir à Katzrin :
La synagogue en basalte, avec ses colonnes et ses pierres massives.
Les maisons reconstituées ou partiellement restaurées.
Les espaces liés aux travaux agricoles et domestiques.
Les seuils, murs et ruelles qui donnent une idée du plan du village.
Katzrin aide à poser une question simple : qui utilisait ces synagogues ? Pas seulement des sages célèbres ou des pèlerins. Des familles, des agriculteurs, des artisans, des enfants. La synagogue était au cœur d’un réseau de relations locales. On y priait, on y lisait la Torah, on s’y rassemblait trois fois par semaine.
La visite devient encore plus claire si elle commence par le musée archéologique du Golan, situé dans la ville moderne de Katzrin. On y trouve des objets, inscriptions et explications qui donnent un contexte aux sites dispersés sur le plateau. Le musée expose des items sur deux thèmes différents : l'archéologie préhistorique du Golan et le siège romain de Gamla.
Umm el-Kanatir impressionne par sa synagogue
Umm el-Kanatir, appelé Ein Keshatot en hébreu, est l’un des sites les plus marquants du Golan antique. Le nom arabe signifie "la mère des arches", en référence aux arches liées à la source voisine. Le nom hébreu moderne, Ein Keshatot, signifie "source des arches". On ne connait pas le nom du village ancien qui avait cette synagogue. Mais le choix semble être réduit à deux hypothèses émises par les historiens sur la base du Talmud.
Le site est surtout connu pour sa synagogue monumentale, datée de l’époque byzantine. Elle s’était effondrée, probablement à la suite du tremblement de terre de l'an 749. Sa restauration récente a replacé de nombreuses pierres originales à leur emplacement, à partir d’un travail minutieux de relevé et d’assemblage.
Le point fort de la visite est la hékhalite, l’armoire sainte ou niche monumentale destinée à abriter les rouleaux de la Torah. Ce terme fait référence au mot hékhal qui était le sanctuaire à l'intérieur du Temple de Jérusalem, détruit par les Romains. Le terme hékhalite, inventé, signifie en quelque sorte "petit sanctuaire", qui remplace le sanctuaire détruit.

Sa présence rappelle l’orientation spirituelle du bâtiment et le rôle central de la lecture de la Torah dans la communauté.
À ne pas manquer :
La façade et l’espace intérieur de la synagogue.
Les pierres sculptées en basalte.
La source et ses arches.
Le contraste entre l’architecture massive et le paysage ouvert du sud du Golan.
Umm el-Kanatir montre aussi le niveau de richesse de certains villages juifs du Golan à l’époque byzantine. Construire une telle synagogue demandait des moyens, des artisans qualifiés et une communauté bien organisée.
Deir Aziz conserve le charme d’un site plus discret
Deir Aziz se trouve près de la zone de Kanaf, dans le sud du Golan. Son nom est tiré du Talmud qui mentionne le village de Azizo et ce nom est confirmé par la découverte archéologique d'une inscription en grec sur l'une des pierres. On pense qu'après le tremblement de terre de 749, le lieu fut transformé en monastère ou en église après la conquête arabe, notamment en raison de son nom Deir Aziz (qui signifie littéralement le monastère d'Aziz en arabe).
Le site est moins monumental qu’Umm el-Kanatir, mais il offre une expérience plus calme. Les vestiges de la synagogue se mêlent au paysage, avec une source et des traces d’occupation ancienne. Comme souvent dans le Golan, le basalte domine. Cette pierre donne aux ruines une force particulière, presque austère. Les murs semblent sortir du sol.

Ce qu’il faut observer :
Les éléments de la synagogue antique.
Les pierres remployées et les fragments architecturaux.
La proximité de l’eau, essentielle à la vie du village.
Le lien entre habitat, agriculture et lieu de prière.
Deir Aziz rappelle que tous les sites ne doivent pas être lus comme de grands monuments. Certains valent par leur atmosphère et par leur capacité à montrer l’échelle réelle d’un village juif ancien.
Ein Nashut et Dabura complètent la carte des villages juifs
Ein Nashut est un autre site important du Golan central. On y a identifié les restes d’une synagogue antique et d’un village. Des éléments décorés, dont des motifs juifs comme la ménorah (le chandelier à sept branches qui faisait partie des ustensiles du Temple), ont contribué à reconnaître le caractère juif du lieu.
Le site demande généralement plus d’attention, car il est moins aménagé que les grands parcs archéologiques. Mais il permet de voir comment les villages formaient un réseau. Chaque synagogue n’était pas un cas isolé. Elle appartenait à une constellation de communautés dispersées dans le plateau.
Dabura, aussi appelé Kfar Debora, près de la réserve de Gilaboun, est surtout connu pour ses vestiges et pour une inscription associée à la tradition rabbinique. En effet, on y a découvert un linteau en basalte portant une inscription hébraïque lisible : Ceci est le beit midrash (maison d’étude) du rabbin Eliezer Ha-Kappar. Cette trouvaille a fourni une preuve matérielle rare reliant directement un éminent sage de la Mishna (texte du 1er siècle, précurseur du Talmud) à une école rabbinique du plateau du Golan. D'autres fragments liés à la synagogue ont été retrouvés dans la zone, certains conservés ou présentés dans des cadres muséaux. Le site invite à relier le terrain aux objets archéologiques vus au musée de Katzrin.
Ces lieux plus modestes apportent une leçon importante : l’histoire juive du Golan ne tient pas seulement à Gamla ou à deux grandes synagogues restaurées. Elle se lit dans une série de villages, d’inscriptions, de linteaux, de pressoirs et de chemins. L'archéologue spécialiste du Golan, le professeur Haïm Ben David, a recensé quelques 45 sites antiques juifs dans la région, dont une trentaine avec une synagogue.
Ce que les synagogues du Golan apprennent au visiteur
Les synagogues antiques du Golan ont plusieurs traits communs. Les reconnaître aide à mieux visiter.
Le basalte donne une identité locale.
Contrairement aux synagogues de Galilée construites parfois en calcaire clair, celles du Golan utilisent largement la pierre volcanique. Elle est lourde, sombre et difficile à travailler. Les décors sculptés y apparaissent avec une présence très forte.
La synagogue est au cœur du village.
Elle ne se comprend pas seule. Autour d’elle, il faut imaginer des maisons, des champs, des troupeaux, des pressoirs, des chemins et des familles.
Les symboles juifs sont visibles mais parfois sobres.
Ménorahs, motifs d’arches, inscriptions, orientations du bâtiment et aménagement intérieur permettent d’identifier la fonction religieuse du lieu.
La continuité n’est pas linéaire, mais elle est réelle.
Entre le Golan biblique, Gamla au Ier siècle et les villages talmudiques ou byzantins, les périodes changent. Les populations, les pouvoirs et les frontières évoluent. Pourtant, le nom, les textes et les ruines montrent une présence juive ancienne, multiple et durable.
Comment organiser une visite utile
Pour une première découverte, un itinéraire simple peut suivre trois étapes.
Commencer par Gamla pour le choc historique du Ier siècle et le lien avec la révolte contre Rome. La topographie y rend l’histoire très concrète.
Continuer par Katzrin, avec le musée archéologique et le village talmudique. C’est le meilleur endroit pour comprendre les objets, les inscriptions et la vie quotidienne des villages juifs antiques du Golan.
Terminer par Umm el-Kanatir, qui donne à voir la puissance architecturale d’une synagogue rurale de l’époque byzantine.
Avec plus de temps, ajouter Deir Aziz, Ein Nashut ou Dabura permet de sortir des sites les plus connus et de mieux saisir la densité de l’occupation juive antique.
Quelques conseils pratiques restent utiles. Le Golan est une région frontalière, avec des zones naturelles, militaires ou protégées. Il faut rester sur les routes et sentiers autorisés, vérifier les conditions d’accès avant le départ, emporter de l’eau, et prévoir de bonnes chaussures de marche. En été, la chaleur peut rendre les marches plus exigeantes. En hiver, le vent et la boue changent vite l’expérience.
Le Golan biblique ne se résume pas à un nom ancien sur une carte. Il se découvre par couches : une ville de refuge dans la Bible, un district connu des auteurs antiques, une ville rebelle à Gamla, puis des villages juifs dont les synagogues de basalte gardent la trace. Visiter ces sites, c’est apprendre à lire un territoire où l’histoire n’est pas enfermée dans un musée. Elle affleure encore dans la pierre noire, les sources et les ruines ouvertes au ciel.
Le Golan est une région riche en sites à visiter. Outre les villages juifs antiques et leurs synagogues, d'autres thèmes peuvent intéresser les visiteurs : vulcanologie, guerres d'Israël (guerre des Six Jours, guerre du Kippour notamment), villages druzes, circuit lié à l'espion Eli Cohen, nature, agriculture, circuit de dégustation vinicole, et bien d'autres choses.
Pour visiter le Golan, le mieux est de contacter un guide officiel avec véhicule tout terrain et de définir ensemble un secteur à visiter, ou un thème. N'hésitez pas à me contacter ou l'un de mes collègues pour arranger une visite.
Albert Benhamou
Guide touristique francophone en Israël
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