Auschwitz: chronologie 1940-1941
- Apr 12
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Updated: May 8
A l'occasion de la commémoration Yom ha-Shoah de 2026 en Israël, j'ai trouvé utile d'établir une chronologie de l'histoire du camp d'Auschwitz et de son usine de la mort, Birkenau. Dans un temps où l'enseignement de la Shoah est remis en cause, et qu'elle est appliquée comme n'importe quel génocide, aussi horrible et inacceptable qu'il soit, je pense que la lecture de cette chronologie éducative sur l'histoire de la seule industrie de la mort que le monde ait connue est nécessaire pour éclairer les nouvelles générations sur le sujet.
Comme cette chronologie est assez longue, je l'ai divisée en périodes. Ici, pour commencer, voici la première période couvrant 1940-1941. N'hésitez pas à revenir sur cette page pour lire la suite de la chronologie.

27 Avril 1940 : l'officier SS Rudolf Hoess reçoit la mission de construire un camp pour 10.000 prisonniers dans les casernes militaires abandonnées par l'armée polonaise à Oswiecim (appelé Auschwitz en allemand). Hoess est âgé de 39 ans. Lors de la Première Guerre mondiale, il avait servi en Palestine ottomane et avait été blessé et soigné dans l'hôpital de Jaffa. Comme Hitler, il avait été déçu de la capitulation allemande et du traité de Versailles, et avait même fait de la prison pour troubles à l'ordre public. Il avait tôt rejoint le parti nazi, par idéologie. La région d'Auschwitz faisait partie de la Haute Silésie allemande avant la Première Guerre Mondiale, et avait été cédée à la Pologne par le Traité de Versailles. Le village polonais d'Oswiecim avait une population de 15.000 habitants dont 50% étaient juifs !
1er mai 1940 : le camp d'Auschwitz est ouvert. Les premiers prisonniers, qui arriveront quelques semaines plus tard, feront partie de l'intelligentsia polonaise et des opposants politiques, ainsi que des hommes du clergé catholique. Car, selon la directive d'Himmler (à qui reporte Hoess indirectement), les Polonais sont de race inférieure et doivent rester une classe ouvrière illettrée pour servir les intérêts économiques du Grand Reich. Les enfants polonais âgés de 6 à 10 ans de type racial approprié doivent être retirés de leurs parents et transformés en Aryens dans des institutions en Allemagne. Au départ, le camp d'Auschwitz disposait de 22 bâtiments construits en briques avec quelques étages. En fil du temps, Hoess en fera construire d'autres afin de pouvoir contenir 140.000 prisonniers.
4 mai 1940 : Rudolf Hoess est officiellement élevé au rang de commandant du nouveau camp d'Auschwitz.
20 mai 1940 : 30 prisonniers allemands de droit commun arrivent à Auschwitz. Ils deviendront les premiers surveillants de prisonniers (appelés "kapos") du camp. La plupart ont un passé criminel. Ils arrivent au camp accompagné d'un officier SS, Gerhard Palitzsch, âgé de 27 ans. Celui-ci avait déjà acquis de l'expérience au camp de Sachsenhausen en Allemagne. Quand il accueillait les nouveaux détenus, il leur déclarait : Nous autres Allemands n'avons aucune pitié pour les ennemis du Troisième Reich comme vous. Nous vous traquerons avec joie à travers les cheminées des crématoires. Oubliez vos femmes, vos enfants, vos familles. Vous mourrez ici comme des chiens.
14 juin 1940 : arrivée des premiers détenus polonais, 758 au total. Un des gardes, Karl Fritzsch, leur déclare : Vous n'êtes pas venus dans un sanatorium, mais dans un camp de concentration allemand, d'où il n'y a d'autre issue que par la cheminée. Si cela ne vous convient pas, vous pouvez aller directement sur les cables [électriques]. S'il y a des Juifs dans le convoi, ils n'ont droit qu'à deux semaines de vie, les prêtres un mois, et les autres trois mois. Un de ces premiers détenus, Wieslaw Kielar survivra toute la guerre et écrira ses mémoires dans son livre "Anus Mundi".
19 juin 1940 : construction du four crématoire d'Auschwitz avec une capacité théorique à incinérer 70 cadavres en 24 heures. Mais les SS l'utilisent avec 140 cadavres émaciés.
20 juin 1940 : établissement du Bloc 11, prison de la Gestapo et donc lieu de tortures et d'exécutions dans la cour, contre le Mur de la Mort situé entre les Blocs 10 et 11. Le commandant de la Gestapo du camp est Maximlian Grabner, âgé de 35 ans. Dans ce bloc 11, il y avait une cave où, entre autres, étaient aménagées des cellules d'à peine 1 m² et où il arrivait que des prisonniers restaient debouts et mouraient de faim.
6 juillet 1940 : évasion réussie de Tadeusz Wiejowski, un cordonnier polonais. Il est le premier à s'évader du camp. En représailles, les gardes SS appliquent une punition collective pour tous les détenus du camp avec l'obligation de se tenir debout pour un "appel" long de 19 heures. Un des détenus s'écroule et meurt durant cette épreuve : il s'agit de David Wongczewski qui est ainsi la première victime d'Auschwitz, Juif de surcroît.
15 août 1940 : le four crématoire d'Auschwitz entre en opération et sera utilisé jusqu'en juillet 1943 lorsque les fours crématoires de Birkenau, à large capacité, seront opérationnels. C'est la société allemande Topf und Söhne, basée à Erfurt, qui a le contrat de construire les crématoires.
21 août 1940 : arrivée à Auschwitz de l'officier polonais Witold Pilecki, 39 ans. Il s'est volontairement infiltré au camp pour informer la résistance polonaise au dehors sur l'organisation d'Auschwitz et y former une résistance intérieure. Dans un rapport à la résistance, il écrit : Dans le bloc 11, Palitzsch, un tortionnaire particulièrement acharné, s’en prenait aux enfants. Il ordonnait aux filles de courir dans une cour fermée et leur tirait dessus, les tuant comme des lapins. Il arrachait un enfant des bras de sa mère et lui fracassait la tête contre un mur ou une pierre. Véritable monstre, il était suivi de larmes et de mort. Après avoir commis un crime des plus odieux, il ressortait souriant, beau et poli, fumant tranquillement une cigarette.
20 septembre 1940 : arrivée d'un second contingent de criminels allemands pour servir de kapos dans le camp. Parmi eux se trouve Ernst Krankemann, un homme gros, corrompu et sadique, qui avait été condamné à la prison à vie pour meurtre. Détesté par les SS, il est soutenu par Karl Fritzsch (directeur du camp et adjoint de Hoess). Une fois, il ordonne à des détenus d'utiliser le rouleau compresseur (pour aplanir le sol) sur un détenu effondré, l'écrasant sur le coup.
22 novembre 1940 : premières exécutions par balle près d'une fosse de graviers à l'extérieur du camp. Ce jour-là, 40 détenus polonais sont exécutés.
Décembre 1940 : à partir de décembre 1940, Berlin ordonne le transfert en Allemagne des ecclésiastiques détenus dans d'autres camps, et Dachau devint le centre de détention des religieux. Sur un total de 2720 ecclésiastiques emprisonnés à Dachau, environ 2579 (soit près de 95 %) sont catholiques.
Début Janvier 1941 : arrivée à Auschwitz du Dr Josef Klehr qui se forge vite la réputation d'administrer la mort à des détenus par une injection de phénol dans le coeur. Dans un rapport après la guerre, Pilecki déclara : Klehr tuait avec son aiguille et avec un zèle dément, le regard fou et un sourire sadique. Après chaque meurtre, il laissait une marque sur le mur. De mon temps, il avait atteint le nombre de quatorze mille victimes et s'en vantait chaque jour avec une joie immense, tel un chasseur racontant son trophée.
6 janvier 1941 : après être formé de six détenus musiciens, le premier orchestre d'Auschwitz commence ses répétitions au block 24. L'ensemble orchestral, qui s'agrandit au fil du temps, a pour ordre de jouer des marches militaires pour les prisonniers se rendant au travail et en revenant, ainsi que de divertir les membres de la garnison SS.
20 janvier 1941 : le four crématoire est endommagé ; les travaux pour un second four commencent et seront achevés le 21 février 1941.
1er mars 1941 : première visite de Himmler à Auschwitz. Il veut transformer toute la région en centre industriel et y employer les détenus aux travaux forcés. Cette "Zone d'intérêt" mesure quelques 40 km2. Des plans sont établis pour augmenter la capacité du camp principal à 30.000 détenus et pour construire des camps annexes dont l'usine de caoutchouc synthétique Buna de IG Farben avec 10.000 prisonniers. Le camp d'Auschwitz sera payé par cette société 3 Reichmarks pour un prisonnier travailleur non qualifié et 4 pour un qualifié.
Kielar raconte : au printemps, Himmler en personne vint visiter Auschwitz ; le camp était étincelant de propreté ; les "muselmann" ou "musulmans" (surnom donné aux détenus réduits à l'état de loques humaines) avaient été cachés je ne sais où ; et dans les allées ne se montraient que des détenus bien nourris et vêtus proprement ; notre infirmerie prit l'aspect d'un véritable hôpital, du moins en apparence ; il n'y avait qu'un malade par lit avec des draps et des couvertures propres ; sous les lits il y avait des bassins et des urinaux ; la cuisine diététique préparait de la soupe au lait pour les malades de l'estomac, des repas sans sel pour ceux qui souffraient des reins, du pain blanc… les brancardiers n'exerçaient plus leur activité qu'en secret ; la visite de Himmler eut d'ailleurs ses bons côtés car une partie de ses bienfaits apparents resta acquise ; seul le taux de mortalité des patients ne changea pas ; en fait il augmenta plutôt ; la mort n'épargnait personne, même pas le personnel sanitaire ; il y eut des épidémies ; l'infirmerie, l'hôpital si l'on préfère, avait plus que jamais mauvaise réputation auprès des détenus ; malheureusement cette opinion était tout à fait justifiée ; la majorité des patients ne regagnait jamais le camp ; plusieurs contingents partaient chaque jour pour le crématoire.
Mars-avril 1941 : suite aux plans d'Himmler sur la région pour construire la "Zone d'intérêt", tous les villages autour d'Auschwitz sont vidés de leurs habitants polonais sauf ceux considérés utiles aux travaux nécessaires. Ils serviront de contre-maîtres pour gérer les détenus au travail. Car, pour la plupart, ils sont sans grande expérience manuelle.
26 mars 1941 : Heydrich soumet à Goering un plan pour la Solution Finale à la question juive. Ce plan contient notamment la notion de Juifs utiles au Reich : un principe de "sélection" sera ainsi plus tard établi dans les camps. Les historiens s'accordent généralement à dire qu'Hitler a donné son accord à Goering sur ce plan dès le printemps 1941. Après des modifications dues à l'opération Barbarossa contre l'URSS, le plan est approuvé le 31 juillet 1941. L'exécution de ce plan sera établie en janvier 1942 à la conférence de Wannsee.
Avril 1941 : décision est prise d'utiliser le programme Aktion T4 d'euthanasie (initialement établi pour les malades mentaux) aussi dans les camps pour éliminer des prisonniers indésirables.
Avril 1941 : début de la construction de l'usine Buna pour IG Farben à Monowitz. Les détenus assignés à cette construction doivent marcher environ 7 km's matin et soir à partir d'Auschwitz.
Juin 1941 : Hoess rencontre Himmler à Berlin pour lui présenter les plans d'Auschwitz et l'expansion d'IG Farben. Himmler déclare : Le Führer a ordonné la Solution Finale de la question juive en Europe, et nous devons exécuter cette mission. Pour des raisons de transport et d'isolement, j'ai choisi Auschwitz.
Pourquoi Auschwitz ? Car la région était assez marécageuse donc peu peuplée (isolée ainsi des regards et des témoins civils) et présentait l'avantage d'être située au croisement de quatre lignes de chemin de fer (donc idéale pour acheminer les trains de transports remplis de Juifs à tuer).
22 juin 1941 : début de l'opération Barbarossa, invasion de l'URSS. Hitler a lancé près de 4 millions de soldats de l'Axe dans cette campagne pendant laquelle l'Allemagne prennent quelques 5,7 millions de prisonniers soviétiques dont 3,3 millions mourront dans les camps.
28 juillet 1941 : arrivée du Dr Horst Schumann à Auschwitz. Il travaillera à expérimenter la stérilisation de femmes après l'arrivée d'un premier groupe de prisonnières dans le camp le 26 mars 1942.
28 juillet 1941 : Hoess introduit le programme Aktion T4 d'euthanasie à Auschwitz. Comme dans d'autres camps, il avait été ordonné de liquider les prisonniers inutiles, y compris les enfants : il devient le programme Aktion 14f13. Les premières victimes sont envoyées au centre spécial de l'Aktion T4 à Sonnestein pour y être gazés au CO2. Ensuite, à Auschwitz, on utilise l'injection au phénol faite dans le Bloc 20 "Médical", surtout contre les prisonniers malades: l'infirmerie était vue par les prisonniers comme l'antichambre de la mort, à juste titre. D'autant qu'une épidémie de typhus commençait à se répandre dans le camp et que les docteurs n'avaient aucun médicament pour l'enrayer.
30 juillet 1941 : une autre évasion cause une autre punition. Cette fois les gardes SS prennent 10 otages parmi les détenus et les condamnent à mourir de faim dans des cachots (bunkers) individuels du Block 11. Un des otages pleure qu'il est père de famille. Aussitôt un prêtre catholique parmi les détenus se propose de le remplacer : il s'agit de Maximilien Kolbe. Enfermé dans son cachot, Kolbe ne mourra pas de faim comme souhaité par les SS. Aussi, perdant patience, ils finirent par l'exécuter par injection de phénol le 14 août 1941.
31 juillet 1941 : Reinhard Heydrich reçoit le feu vert de son plan pour la Solution Finale. Dans un premier temps, il s'agit de "nettoyer" le Reich de ses Juifs. Il donne la tâche à son bras droit, Adolf Eichmann, d'organiser des déportations de masse des Juifs vers l'est et celles-ci débutent le 15 octobre 1941 car, jusqu'alors, l'effort de guerre contre l'URSS et les transports de troupe avaient la priorité.
Fin août 1941 : lors d'une rencontre avec Hoess à Berlin, Himmler lui annonce qu'Hitler a donné son feu vert à la Solution Finale contre les Juifs et que cette mission est confiée à la SS (dirigée par Himmler avec son bras droit, Heydrich). Il précise également que cela doit rester un secret du Reich, ne devant même pas être évoqué avec l'épouse de Hoess, et que d'autres instructions viendront d'Adolf Eichmann, responsable des transports des Juifs vers Auschwitz. Hoess commenta dans ses mémoires : J'avais reçu un ordre, je devais obéir. Je ne pouvais me permettre de me demander si ce massacre de Juifs était nécessaire.
30 août 1941 : pendant l'absence de Hoess à Berlin, son adjoint Karl Fritzsch essaye une nouvelle façon pour tuer les prisonniers en utilisant le gazage par Zyklon-B, originellement un pesticide. Un essai est fait au Block 11 sur un petit groupe de prisonniers de guerre soviétiques. Un second essai d'envergure est réalisé le 3 septembre 1941.
3 septembre 1941 : premier essai de meurtre en masse avec le Zyklon-B, en présence de Hoess de retour à Auschwitz. Le gas est utilisé d'un seul coup sur environ 600 prisonniers de guerre soviétiques et quelques 250 prisonniers polonais malades. La plupart des prisonniers meurent par étouffement en moins de 20 minutes et les survivants sont tués par balle. Zenon Rozanski, un prisonnier polonais, utilisé pour le déblaiement des cadavres, racontera la scène en 1948 : La porte est ouverte et, à cet instant précis, je sens mes cheveux se hérisser. À environ un mètre de moi, des hommes sont empilés les uns sur les autres, je ne sais comment, dans un état épouvantable, les yeux exorbités, griffés, tachés de sang, immobiles… Ceux qui se penchent vers la porte, courbés d'une raideur singulière, tombent vers nous et s'amoncellent lourdement, le visage contre le sol en béton, juste à nos pieds. Des corps… des corps qui se dressent, complètement raides. Ils remplissent tout le couloir du bunker. Ils sont empilés de telle sorte qu'ils ne peuvent pas tomber. Pendant un instant, je me sens mal.
Pour éviter d'avoir à transporter les cadavres gazés depuis le Block 11 jusqu'au crématoire, Fritzsch suggère d'opérer le gazage dans une pièce adjacente au four crématoire. Ce détail servira comme modèle à la construction de fours crématoires de grande capacité à Birkenau. Ces essais montrent aussi que les victimes poussent évidemment des cris qui s'entendent dans tout le camp. Pour pallier à cet inconvénient, les fours futurs seront mis à l'écart des camps de prisonniers.
Ayant trouvé un moyen d’exécuter l’ordre d’Himmler d'exécutions de masse, Hoess écrivit dans ses mémoires : Maintenant, mon esprit était apaisé.
27 septembre 1941 : Karl Bischoff, architecte en chef du futur camp de Birkenau prévoit de construire des baraques en bois contenant 62 baies chacune, et chaque baie pouvant coucher 4 prisonniers : donc chaque baraque doit loger 4x62= 248 prisonniers. Mais, compte tenu que les convois de détenus se succèderont à une cadence élevée, les SS mettront plus de prisonniers par baraque, avec des conditions de plus en plus dégradées. Lors d'une surpopulation à Birkenau, c'est entre 800 et 1000 prisonniers, au lieu des 250 initiallement planifiés, qui logeront dans chaque baraque !
Ce premier camp de Birkenau (plus tard nommé B-I) est prévu pour les prisonniers russes, en grand nombre, avant de devenir plus tard le camp des femmes.
7 octobre 1941 : arrivée de près de 10.000 prisonniers de guerre russes. Ils sont logés dans une partie du camp séparée par un grillage. Ils sont affectés à la construction du nouveau camp à Birkenau qui, au début, doit garder 100.000 détenus. Les matériaux pour la construction de ce camp sont des briques et du bois provenant de villages polonais alentour qui ont été vidés de leur population.
Plus de 1000 de ces prisonniers de guerre sont exécutés ou morts au travail chaque mois. Au printemps 1942, seules quelques centaines auront survécu. Comme il s'agissait de prisonniers de guerre, normaement protégés par les conventions internationales, les SS inscriront comme cause de décès telle ou telle maladie. Ces prisonniers de guerre sont les premiers à recevoir un numéro de matricule tatoué sur leur corps (au lieu d'un numéro sur leur habit) : ce tatouage est spécifique à Auschwitz et Birkenau.
Novembre 1941 : suite aux plaintes de commandants de régions en Pologne contre la cadence de déportés juifs vers l'est, Himmler fait suspendre leur déportation jusqu'à la construction de nouveaux camps dit "d'extermination". Il s'agira des camps de Belzec, Sobibor et Tréblinka. Ces camps sont petits en taille car entièrement destinés au meurtre de masse dès l'arrivée de déportés. Après usage intense en quelques mois, ces camps doivent être démontés. Pour ses chambres à gaz, le camp de Belzec utilise le gaz carbonique (CO2), comme au camp expérimental de Chelmno près de Lodz, sorti de moteurs adjacents aux bâtiments. Le premier transport de victimes arrivera à Belzec en mars 1942.
11 novembre 1941 : érection du Mur de la Mort, ou Mur noir, probablement avec des traverses de chemin de fer en bois peintes en noir. Ce mur se trouve entre les Blocks 10 (Médical) et 11 (prison de la Gestapo). Les détenus y sont exécutés sommairement par balle. L'officier SS en charge de ces exécutions est Gerhard Palitzsch et il veut s'en charger personnellement. Il se vantera auprès d'un autre garde d'avoir tué 25.000 personnes d'une balle dans la nuque.
Après les exécutions, les cadavres sont transportés dans des charettes pour être incinérer au crématoire du camp.
4 décembre 1941 : un aggrandissement de Birkenau avec deux autres camps, B-II et B-III est déjà à l'étude. Les baraques seront préfabriquées en planches de bois récupérées des étables de la région. Ces constructions arriveront prêtes à l'usage au printemps 1942.
7 décembre 1941 : attaque surprise de Pearl Harbour par le Japon : les USA déclarent aussitôt la guerre au Japon et l'Allemagne, alliée au Japon, déclare la guerre aux USA le 11 décembre 1941.
11 décembre 1941 : arrivée du Dr Friedriech Entress à Auschwitz où il fera des "expériences" médicales payées par Bayer, une filiale pharmaceuticale d'IG Farben, contre plusieurs maladies comme le typhus et la tuberculose. Il est âgé de 27 ans et sera considéré comme un des docteurs nazis les plus cruels du camp. Au Bloc 21, il injecte des maladies sur des prisonniers sains à ses fins d'expérience. Il considère les prisonniers comme du matériau pour ses tests biologiques, sans aucune compassion. Entress vendait aussi à Bayer des femmes comme cobayes humains, injectées de maladies, pour les faire tester dans leurs laboratoires en Allemagne. Une lettre de Bayer se plaint ainsi auprès d'Entress : Le convoi de 150 femmes est arrivé en bon état. Cependant, nous n’avons pu obtenir de résultats concluants car elles sont décédées au cours des expériences. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous envoyer un autre groupe de femmes, en nombre identique et au même prix. Ces femmes décédérent lors de tests d’anesthésie ; chacune avait coûté 170 Reichsmarks à Bayer. Bayer voulait tester le Rutenol, un dérivé de l’acide arsénique, contre la tuberculose. Ce médicament s'avérera inefficace mais causa d'horribles souffrances aux détenus chez qui on l'avait injecté.
Entress restera en poste à Auschwitz jusqu'au 20 octobre 1943.
13 décembre 1941 : suite à l'entrée en guerre des USA, dont Hitler attribue la cause à la "juiverie mondiale", il demande d'accélérer le programme de la Solution Finale. Initialement il s'était contenté de demander leur déportation vers des zones à l'est du Reich, quoique le plan de construire des camps d'extermination et les essais de meurtre de masse par CO2 testés à Chelmno prouvent le contraire. Mais il demande à présent, de façon ouverte, leur extermination systématique. Dans son journal, Goebbels écrit : Concernant la question juive, le Führer est déterminé à l'éradication complète. Il avait prophétisé aux Juifs que, s'ils déclenchaient une nouvelle guerre mondiale, ils subiraient leur propre extermination. Ce n'était pas une vaine promesse. La guerre mondiale est là, et l'extermination des Juifs en est la conséquence inévitable. Il faut aborder cette question sans sentimentalisme.
Au sujet de la "prophétie" mentionnée par Goebbels, il s'agit d'un discours prononcé par Hitler au Reichstag le 30 janvier 1939, avant le début d'une guerre qu'il a lui-même provoquée : Aujourd'hui, je serai une fois de plus prophète : si la finance juive internationale, en Allemagne et à l'étranger, parvenait à plonger une fois de plus les nations dans une guerre mondiale, le résultat ne serait pas la bolchevisation de la terre, et donc la victoire du judaïsme, mais l'anéantissement de la race juive en Europe !
Hans Franck, chef du GeneralGouvernement en Pologne occupée, basé à Cracovie, déclare en conférence : En tant qu'ancien national-socialiste (nazi), je dois affirmer que si le clan juif survivait à la guerre en Europe, alors que nous sacrifions notre meilleur sang pour la défense de l'Europe, cette guerre ne serait qu'une victoire partielle. Par conséquent, concernant les Juifs, je pars du principe qu'ils disparaîtront… Nous devons exterminer les Juifs où que nous les trouvions.
18 décembre 1941 : pragmatique, Himmler demande à Hitler sous quel motif faudra-t-il exterminer les Juifs? Hitler lui répond : en tant que partisans. Car, pour Hitler, un Juif, de quel âge qu'il soit, est un ennemi du Reich !
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Légendes:
1- maison du commandant Rudolf Hoess et de sa famille
2- bâtiment principal des gardes
3- bureaux de l'administration du camp
4- Gestapo
5- bureau de réception des nouveaux détenus
6- cuisines
7- chambre à gaz et four crématoire
8- entrepôts et ateliers
9- stockage des biens confisqués aux détenus (surnommé "Kanada")
10- fosse de graviers (lieu d'exécution)
11- orchestre près de l'entrée du camp
12- le Mur de la Mort (aussi appelé Mur Noir) entre les Blocks 10 et 11
13- Block 11 (lieu des exactions de la Gestapo, et des bunkers d'isolation)
14- Block 10 "Médical"
15- hôpital des SS





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