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Auschwitz: chronologie 1943

  • Apr 17
  • 23 min read

Updated: May 15

Avant de poursuivre cette chronologie de l'histoire du camp d'Auschwitz, assurez-vous d'avoir lu au prélable les chronologies précédentes en commençant par la période 1940-1941. Pour cette lecture, cliquez ici. Ici nous continuons la chronologie pour l'année 1943.


1er janvier 1943 : Dr Josef Klehr devient chef de l'équipe de "désinfection", euphémisme qui signifie l'équipe chargée d'injecter du Zyklon-B dans les chambres à gaz de Birkenau.


11 janvier 1943 : un télégramme allemand est intercepté par les Britanniques. Il est issu par Hermann Holfe à l'attention de Franz Heim. Son contenu est le compte-rendu du nombre de Juifs tués en 1942 lors de l'Aktion Reinhard dans les camps d'extermination en Pologne : 1.274.166 personnes, dont 24.733 à Majdanek (près de Lublin), 101.370 à Sobibor, 434.508 à Belzec et 713.555 à Treblinka. Treblinka était le plus grand centre d’extermination de l’État nazi en 1942 : c'est le camp où les Juifs de Varsovie ont été exterminés. Il est donc établi que les Alliés ne peuvent plus avoir de doute en début 1943 de l'extermination des Juifs sur le continent européen. En terme de nombre, Auschwitz est encore loin derrière mais cela ne durera pas.


27 janvier 1943 : arrivée d'un groupe de 230 résistantes françaises à Birkenau, dont Charlotte Delbo qui survivra à la guerre comme 49 d'entre elles. Il y a aussi Dr Adélaïde Hautval qui sera employée dans le service du Dr Eduard Wirths, médecin-chef d'Auschwitz, de stérilisation des femmes juives.

Ces 230 femmes font partie d'un convoi composé d'environ 1000 hommes arrivé le soir à la gare d'Auschwitz. Le lendemain matin, les femmes sont menées à pied au camp B-Ia des femmes à Birkenau où elles entrent en chantant La Marseillaise ! Elles reçoivent le tatouage de numéros de matricule entre 31625 et 31854 ce qui donne à leur groupe le nom de "convoi des 31000". Dès leur arrivée, comme tout autre détenu destiné aux travaux forcés, elles doivent abandonner leurs vêtements et autres biens personnels, passer sous la douche dans un bâtiment surnommé le "Sauna". Puis elles sont rasées de partout, reçoivent des tenus rayées de détenues et se voient attribuer le tatouage du matricule sur le bras. Ensuite elles sont conduites dans une baraque dédiée à la quarantaine pour deux semaines. Et à la fin, elles se voient affecter à tel ou tel commando (groupe de travail) de femmes pour les travaux forcés. Leur convoi a été le seul convoi de résistantes françaises envoyé à Auschwitz.


2 février 1943 : l'armée allemande capitule à Stalingrad. L'année 1943 marque le déclin du Reich, avec les défaites en Russie et en Afrique du Nord.


10 février 1943 : la défaite allemande à Stalingrad laisse un goût amer au personnel nazi de Birkenau. Ils organisent une "course" à pied des détenus. Les femmes doivent se tenir debout toute la journée sur la neige puis courir devant les gardes et les docteurs nazis. Ce fut une façon de procéder à une "sélection" pour ne garder que celles qui survivent à cette épreuve. Parmi les 230 résitantes françaises à peine sorties de quarantaine, 14 d'entre elles meurent ce jour-là. Le reste d'entre elles sont installées à la baraque 26 du camp B-Ia et sont assignées à des commandos de travaux forcés dès le 12 février 1943.


12 février 1943 : suite au télégramme allemand intercepté en janvier, le président Roosevelt annonce que les nazis responsables de la gestion des camps seront poursuivis par la justice américaine après la guerre. Cette décision est approuvée par le Congrès américain le 18 mars.


26 février 1943 : arrivée des premiers "gitans", Roms et Sintis, à Birkenau par suite de la directive de Himmler en fin 1942 de déporter cette catégorie de personnes, même ceux de nationalité allemande. Mais déporter ne veut pas dire exterminer. Pour Hitler et Himmler, il s'agit de les écarter de la race "pure" aryenne. Aussi, à leur arrivée, ils sont installés dans un camp aménagé, le B-IIe, sans passer par la sélection, sans travaux forcés, et en restant en familles entières avec leurs vêtements civils. Mais, en fin de compte, l'Allemagne nazie souhaite se débarrasser d'eux et donc ils sont seulement "parqués" dans ce camp, sans grande ressource au niveau alimentation et autre. Une bonne partie mourront de façon "naturelle", de faim, de maladie et autre. Ce camp sera cependant liquidé, avec ceux qui auront survécu, le 2 août 1944. Au total, 23.000 gitans seront envoyés à Birkenau.


27 février 1943 : l'Allemagne rafle ses derniers Juifs, environ 12.000 personnes, qui étaient encore employés dans diverses usines. Ils sont directement déportés à Treblinka sauf quelques privilégiés qui sont envoyés au camp modèle de Theresienstadt.


28 février 1943 : un appel général a lieu aux camps d'Auschwitz et de Birkenau, où des médecins nazis sélectionnent les malades et les faibles parmi tous les commandos et les envoient à la mort. La sélection se déroule en plein air, et les prisonniers doivent se déshabiller complètement dans le froid glacial. Tous les sélectionnés sont gardés (nus) dans des blocks ou des baraques en attente de leur gazage. Quelquefois cette attente prend un jour voire plus. Au moment de se rendre au gazage dans les Bunkers 1 et 2, les détenus sont chargés nus sur la benne basculante de camions et conduits à leur mort. Arrivés devant les chambres à gaz, les bennes sont levées et les détenus tombent en tas sur le sol gelé. Ainsi, plus de 1000 femmes du secteur féminin B-Ia sont sélectionnées pour être gazées. Celles trop faibles pour marcher sont portées aux chambres à gaz par des membres du SK. Tous les détenus savent parfaitement ce qui les attend mais, leur état de faiblesse est tel qu'ils sont résignés à ce sort qui les libèrera de leurs tourments.

Des scènes similaires se produisent à chaque exécution des détenus sélectionnés. D'après le témoignage des SK, ce sont leurs pires moments car ils ont honte d'être forts, propres et bien vêtus, tandis que les victimes de la sélection sont émaciées, infestées de poux et sales.


Mars 1943 : la radio clandestine de la résistance polonaise à Auschwitz annonce que, jusqu'à présent, le nombre de victimes du camp est de 65.000 Polonais, 26.000 prisonnier de guerre russes, et de 520.000 Juifs.


2 mars 1943 : Goebbels écrit dans son journal : Nous sommes tellement impliqués dans la question juive qu'il nous serait impossible désormais de nous en retirer ; un mouvement et un peuple qui ont coupé les ponts avec le passé peuvent lutter avec plus d'énergie (l'expérience le prouve) que ceux qui ont encore une possibilité de retour.


4 mars 1943 : arrivée d'un convoi de France avec notamment David Olere qui a un grand talent de dessinateur. Il est assigné au commando SK de Birkenau et a laissé de nombreux croquis de l'horreur dont il a été témoin. Il travaille d'abord comme SK au Bunker 2, puis est assigné au crématoire III lorsque celui-ci devient opérationnel en juin 1943. Olere est apprécié des gardes SS du fait de son talent d'illustrateur : ils lui donnent souvent leurs lettres à illustrer de dessins. Olere survivra à la guerre.


15 mars 1943 : au cours de la première quinzaine de mars, de nombreux convois quittèrent Auschwitz et Birkenau pour d'autres camps. Ils étaient en majeure partie composés de Polonais. 


20 mars 1943 : le premier convoi de Juifs déportés de Macédoine et de Grèce arrive à Auschwitz à partir de Salonique. Le trajet en wagons à bestiaux dure plusieurs jours et la plupart des déportés arrivent en piteux état, inaptes au travail forcé : ils sont presque tous gazés à leur arrivée.


22 mars 1943 : inauguration du premier crématoire de Birkenau, nommés crématoire II (car le crématoire I est celui du camp d'Auschwitz-I) en présence d'officiels nazis dont Hans Frank, chef du GeneralGouvernement basé à Cracovie. Le crématoire III, voisin du II, sera opérationnel en juin 1943. Deux autres crématoires, IV et V, plus à l'écart des deux autres, seront inaugurés dans les mois qui suivent.


22 mars 1943 : Yaacov Silberberg, un Juif polonais fraichement arrivé en fin 1942, est affecté au SonderKommando (SK) de Birkenau pour incinérer les cadavres dans le nouveau crématoire II. Au début de cette tâche, il ne pensait pas pouvoir surmonter son dégoût et contemplait le suicide. Mais, un autre camarade l'aida à surmonter ses sentiments. Silberberg témoignera plus tard : Je suis devenu totalement indifférent [aux cadavres]. On perd sa capacité à ressentir. Les corps n'avaient plus aucune valeur à mes yeux. Peu à peu, j'ai cessé d'éprouver des émotions humaines à leur égard. Je ne les percevais plus comme j'aurais pu le faire avec des corps humains. Parfois, ils étaient couverts de sang et d'excréments. On s'habitue tellement à de telles visions que, pendant les pauses ou lorsque les gens avaient faim, ils s'asseyaient dessus et mangeaient [...] comme si c'était un autre monde.


25 mars 1943 : le détenu polonais Kielar poursuit son récit : Le printemps arriva. Un printemps typique de Birkenau. La neige fondue n'étant pas absorbée par le sol argileux formait d'immenses flaques. Il était terriblement fatiguant de marcher dans la boue épaisse et collante. Après avoir fait réparer les blocs, "papa" (le Kapo Bienacek) s’attaqua à la cour. Il embaucha pour ce travail nombre de Grecs qui étaient dans le camp comme des âmes en peine prenant garde à se cacher du Kapo qui prenait un plaisir particulier à les persécuter et à les maltraiter de façon abominable. Ils préféraient de loin être avec "papa", qui était exigeant en ce qui concernait le travail mais ne se servait pas du bâton dont il ne se séparait jamais. Bientôt il fut possible de traverser la cour à pied sec, et, au pied du mur, l'embryon d'un futur jardin prit naissance. (…) Les gros rats, même en plein jour, allaient et venaient à leur gré dans la cour. Ils étaient rassasiés de viande (chair de cadavres) mais le gâteau (rassis) était pour eux une friandise.


30 mars 1943 : fin mars 1943, les premiers déportés de Bulgarie arrivent à Auschwitz au nombre de 13.000 Juifs.


1er avril 1943 : les expériences de stérilisation débutent dans le tristement célèbre Block 10, réservé aux femmes, à Auschwitz-I. Un laboratoire de recherche bien équipé y est aménagé. Le docteur Carl Clauberg, arrivé en décembre 1942, dispose d'un appareil de radiographie de pointe, ainsi que de quatre salles spéciales, dont une chambre noire pour le développement des radiographies. Un dortoir pouvant accueillir jusqu'à 400 patients est également aménagé au premier étage. Progressivement, trois pavillons sont créés dans le Block 10. L'un est réservé au docteur Clauberg, un autre au docteur Horst Schumann et au médecin-chef Eduard Wirths, et le troisième abrite le laboratoire de l'Institut central d'hygiène de Berlin qui soutient cette initiative. Les fenêtres du Block 10 donnant sur la cour intérieure, entre les Blocks 10 et 11, sont condamnées afin que les "patientes" ne puissent assister à l'exécution de détenus.

La résistance polonaise à l'intérieur du camp envoie un message secret à l'extérieur du camp indiquant que le Block 10 est utilisé pour des expériences sur la castration, la stérilisation et l'insémination artificielle.


4 avril 1943 : avec la mise en oeuvre progressive des nouveaux crématoires, il est décidé de démolir les Bunkers 1 et 2. Toutefois, le Bunker 2 est finalement conservé. Rappelons que les bunkers ne sont que des chambres à gaz, sans cématoire. Quant aux commandos SK des bunkers, environ 300 détenus, ils sont conservés en vie du fait de leur expérience aux tâches demandées. Ils sont employés dans les nouveaux crématoires. Ils savent toutefois que leur vie ne tient qu'à un fil car les Nazis n'ont aucune intention de conserver des témoins vivants de leurs meurtres de masse.


10 avril 1943 : sur les 230 résistantes françaises ayant fait partie du convoi des 31000, seules 70 sont encore en vie à cette date, après moins de trois mois, à cause de la dureté des travaux forcés et du typhus.


19 avril 1943 : Kornherr du bureau de la statistique à Berlin envoit un rapport à Himmler indiquant que, depuis 1933 jusqu'à ce jour, la population juive européenne a été réduite de moitié. Compte tenu qu'il y avait 6,5 millions de Juifs en Europe, hormis les 3 millions en URSS, cela correspond au meurtre de plus de 3 millions de Juifs à ce jour : la vaste majorité correspond aux Juifs polonais qui étaient de 3,3 millions avant la guerre.


19 avril 1943 : Conférence des Bermudes entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Elle porte sur les réfugiés juifs libérés et ceux qui ne l'étaient pas encore. Le seul accord conclu est la nécessité de gagner la guerre contre les Nazis. Les quotas d'immigration américains ne sont pas augmentés et l'interdiction britannique (par leur "Livre blanc") faite aux Juifs d'Europe de chercher refuge en Palestine mandataire n'est pas levée.


20 avril 1943 : à l'occasion de l'anniversaire de Hitler, le docteur Josef Klehr, qui donne la mort aux détenus malades à Auschwitz-I par injection au phénol, reçoit la Croix du Mérite de Guerre.


26 avril 1943 : pendant la nuit, Witold Pilecki et d'autres membres de la résistance polonaise à Auschwitz réussissent à s'évader. Plusieurs finissent par être rattrapés par les SS mais Pilecki réussit à s'enfuir à Varsovie où il participera à l'insurrection polonaise de la ville en 1944.


Mai 1943 : la députée britannique Eleanor Rathbone publie un pamphlet, Rescue the Perishing, pour dénoncer l'inaction de son gouvernment à lutter contre l'extermination des Juifs d'Europe.


25 mai 1943 : 1035 "gitans" du camp B-IIe sont liquidés à cause d'une épidémie de typhus qui se propage dans leur camp.


30 mai 1943 : arrivée du Dr Josef Mengele, 32 ans, à Birkenau. Le médecin-chef Eduard Wirths lui donne la charge du camp B-IIe des gitans à Birkenau qui souffre alors d'un risque d'épidémie. Cet officier SS, de bonne apparence et d'une extrême élégance, donne grâce à son extérieur engageant et sa politesse raffinée l'impression d'être un homme doux et cultivé qui n'a rien à voir avec les sélections, le phénol et le Zyklon-B. Les détenus du camp ne tardent cependant pas à apprendre ce qui se cache derrière cette apparence. Mais Mengele s'intéresse surtout aux enfants car il se lance dans l’étude des enfants jumeaux afin de trouver un moyen d’accroître la fertilité des femmes allemandes.

Kielar témoigne : son comportement envers les enfants était de nature schizophrénique car il était capable d'une grande gentillesse, au point de se faire apprécier d'eux, de leur apporter du sucre, de se soucier des petits détails de leur quotidien et de faire des choses que nous admirerions sincèrement… Et puis, juste après… la fumée des crématoires, et ces enfants, demain ou dans une demi-heure, il allait les y envoyer.

Ce témoignage est confirmé aussi par Vera Alexander, kapo de baraque avec des enfants gitans : Mengele venait au camp tous les jours – il apportait du chocolat… Quand je grondais les enfants, ils répondaient généralement : "On va dire à tonton que tu es méchant." Mengele était le bon oncle. Vera Alexander témoigne cependant de la façon dont des enfants sont ramenés à la baraque en hurlant de douleur après une visite chez leur "bon oncle".

Mengele participe également aux sélections, même lorsqu'il n'y est pas affecté, dans l'espoir de trouver des sujets pour ses expériences, dont les jumeaux. Plus tard, il devient aussi médecin SS supervisant l'utilisation du Zyklon-B dans les chambres à gaz des crématoires IV et V.


Mengele et Hoess
Josef Mengele à gauche avec Rudolf Hoess à droite (album souvenir du SS Karl Höcker, source : United States Holocaust Memorial Museum Collection, lien vers la collection)

7 juin 1943 : rapport du Dr Carl Clauberg à Himmler sur ses expériences de stérilisation des femmes juives : La méthode que j'ai inventée pour la stérilisation non chirurgicale du corps féminin est presque au point. Elle consiste en une injection intra-utérine et peut être administrée par pratiquement n'importe quel médecin capable de réaliser un examen gynécologique. Sa méthode inhumaine consiste en des injections à travers l'utérus dans les trompes de Fallope, ce qui aboutit à les boucher ! Et comme Clauberg est fier de ses "avancées scientifiques", il publie ses résultats dans des magazines médicaux, sans doute en vue de se créer une renommée dans la médecine !


30 juin 1943 : vers la mi-1943, des changements significatifs surviennent suite aux revers de l'armée allemande sur le front est. Tout d'abord, c'est l'arrêt des exécutions sommaires des détenus, car la main-d'œuvre est désormais indispensable à l'effort de guerre allemand, et la zone d'Auschwitz y contribut beaucoup. La mort des détenus survient alors uniquement par épuisement dû à la pénibilité du travail et à une ration quotidienne de seulement 1200 calories. Deuxièmement, et pour la même raison, des détenus non juifs vers d'autres camps de travail en Allemagne, comme Buchenwald, ce qui fait que la hiérarchie non juive du camp se raréfie. Ainsi, le camp comptant un grand nombre de détenus juifs et, à l'inverse, un nombre insuffisant de détenus non juifs, les kapos et les chefs de bloc sont désormais choisis parmi les Juifs eux-mêmes.


Juillet 1943 : je juge SS Konrad Morgen, âgé de 33 ans, est chargé par Himmler d'enquêter sur la corruption dans les camps. Mécontent du pillage des victimes par les officiers SS, notamment de l'or, Himmler avait ordonné que tous les biens spoilés des Juifs devaient être remis au Reich. Mais évidemment, tous les camps avaient leur système de trafic de biens des victimes (notamment des objects précieux et l'or des dents) qui, en final, enrichissait les gardes SS et toute leur hiérarchie. Morgen commence son enquête dans les camps en Alllemagne, à Dachau, Sachsenhausen et Buchenwald.


5 juillet 1943 : bataille de Kursk pendant plusieurs semaines qui sonne le glas des armées du Reich sur le front est, avec 200.000 soldats allemands tués aux combats. La déferlante russe de la Baltique à la Caspienne est désormais instoppable.


7 juillet 1943 : les troupes alliées débarquent en Sicile. Le front ouest est ouvert sur le continent et l'avance alliée se poursuivra en Italie.


12 juillet 1943 : le secteur B-Ib de Birkenau, qui était occupé par des détenus masculins, devient un secteur pour les détenues féminines, en extension du secteur B-Ia. Les détenus hommes sont désormais dans le secteur B-IId dit "camp des hommes".

Vers la même période, on commence à construire le camp B-III, surnommé "Mexico" (parce que cela signifie un endroit éloigné du reste des camps B-I et B-II). Cette construction ne sera jamais pleinement développée, en termes d'infrastructure et de commodités, et s'arrêtera moins d'un an plus tard, en avril 1944.


18 juillet 1943 : arrivée d'Alma Rosé à Auschwitz-I. Elle est une violoniste réputée en Autriche mais juive et nièce du compositeur Gustav Mahler. Elle est transférée peu après à Birkenau pour diriger l'orchestre des femmes. C'est un poste qu'elle gardera jusqu'à sa mort, suite à une maladie soudaine, sans doute un empoisonnement ou une méningite, le 5 avril 1944.


19 juillet 1943 : les opérations de crémation à Auschwitz-I sont discontinuées. Désormais les seules crémations sont faites à Birkenau dans les nouveaux crématoires. Les membres SK d'Auschwitz-I sont transférés aux commandos SK de Birkenau : il s'agit de deux détenus polonais et de six détenus juifs. Les commandos SK sont logés au block 13 dans le camp B-IId des hommes, mais ils sont séparés des autres détenus de ce camp par un mur.


27 juillet 1943 : premiers bombardements alliés sur l'Allemagne : Hambourg est ciblée pendant une semaine. Le déclin du Reich se poursuit.


2 août 1943 : 86 détenus juifs d’Auschwitz, hommes et femmes, sont transférés vivants avec l’accord d’Himmler, au camp du Struthof (le seul camp de concentration en France), à la demande du Dr August Hirt, le médecin du camp, pour parfaire sa collection de crânes juifs à des fins de recherches. Ils sont mis à mort à Struhof sous la directive de Hirt.


18 août 1943 : le dernier convoi de Juifs grecs arrive à Birkenau. Au total 19 convois ont été assemblés pour déporter environ 46.000 Juifs grecs.


20 août 1943 : Filip Muller, un survivant et ex-membre SK, raconta après la guerre : lorsqu'un convoi arriva de Bialystock, un membre SK reconnut parmi les arrivants l'épouse d'un de ses amis. Dans le vestiaire du crématoire, il lui annonça sans ambages qu'ils seraient tous gazés puis incinérés. La jeune femme le crut. Après un moment, réalisant la gravité de ses propos, elle se mit à trembler de tout son corps, puis s'arracha les cheveux, se frappa la poitrine et se griffa le visage. En quelques minutes, elle était parvenue à se défigurer complètement. Le visage ensanglanté, à moitié nue et la bouche écumante, elle courut d'une femme à l'autre, répétant à bout de souffle ce qu'elle avait appris. Ses paroles étaient si terribles que les femmes détournèrent aussitôt le regard. Comme personne ne lui prêtait attention, elle courut vers l'endroit où les hommes se déshabillaient. Elle se fraya un chemin à travers la foule et cria, la voix tremblante : "Croyez-moi, ils veulent nous gazer et nous incinérer ; croyez-moi, ils vont tous nous gazer et nous incinérer." Mais les hommes, occupés à se déshabiller, ne prêtèrent guère attention à cette crise d'hystérie. Avant qu'ils aient eu le temps de l'écouter, elle avait déjà disparu. (...) Tout le groupe fut gazé, à l'exception de la femme hystérique, qui fut interrogée sous la torture dans une pièce attenante à la chambre à gaz pour savoir qui l'avait informée du gazage. Elle désigna l'ami qui le lui avait dit. Pendant qu'on lui tirait une balle, des SS ligotèrent le membre du SK, puis Voss (Peter Voss, chef des 4 crématoires) et Kurschuss (son assistant) le conduisirent à l'un des fours crématoires. Il fut poussé à l'intérieur et brûlé vif.


Septembre 1943 : le juge Konrad Morgen arrive à Treblinka où il rencontre le commandant du camp, Christian Wirth. Celui-ci lui apprend que des milliers de Juifs sont gazés chaque semaine et que ces massacres sont perpétrés sur ordre explicite d'Himmler. Les immenses piles de montres et de devises étrangères suffisent à convaincre le juge du récit du commandant. À la fin de l'entretien, Wirth suggère au juge d'enquêter sur un camp d'extermination situé près d'Auschwitz, dirigé par un certain Rudolph Höss, que Wirth décrit comme le disciple sans talent d'Himmler ! Le juge n'avait cependant aucune raison d'enquêter sur Auschwitz jusqu'à ce que, probablement en octobre 1943, les douanes de Berlin interceptent un colis contenant 2 kg d'or dentaire envoyé par un médecin d'Auschwitz à sa famille en Allemagne.


3 septembre 1943 : arrivée du chef de la dynastie hassidique de Boyan et de ses disciples à Birkenau pour être gazés. Un membre du commando SK, Leib Langfus, raconte : dans ce convoi se trouvaient plusieurs personnalités importantes, dont le Rebbe de Boyan, Reb Moshé Friedman. Il était l'un des plus célèbres érudits de Pologne. Se tournant vers l'officier SS commandant, il proclama à haute voix en allemand : "Cruels assassins ! Ne croyez pas pouvoir anéantir le peuple juif. Le peuple juif existera à jamais, mais vous, vils assassins, vous recevrez votre châtiment. Le sang innocent que vous versez se vengera de vous. Notre sang innocent ne connaîtra pas le repos tant qu'il ne vous aura pas tous exterminés." Le Rebbe de Boyan parlait avec une grande ferveur et, lorsqu'il eut terminé, il lança d'une voix ardente : "Shema Yisroel !" Tous ceux qui l'accompagnaient se joignirent à lui pour crier "Shema Yisroel !". Ces quelques instants de véritable spiritualité démontrèrent que la force spirituelle éternelle du peuple juif ne sera jamais vaincue.


3 septembre 1943 : le même jour du gazage de la dynastie Boyan, les troupes alliées arrivent en Italie. Mussolini tombe le 5 septembre et le gouvernement italien provisoire signe l'armistice le 8 septembre, ce qui cause l'invasion allemande de l'Italie pour tenter de contrer l'avance des Alliés.


8 septembre 1943 : un premier convoi de Juifs expédiés du camp modèle de Theresienstadt arrive à Birkenau. Le camp B-IIb pour "familles" leur est dédié. Comme les "gitans", ils ne subissent aucune sélection à leur arrivée, gardent leurs vêtements et biens personnels, et vivent en famille. La différence avec le camp des "gitans" est qu'ici femmes et hommes sont séparés dans des blocs différents (sans doute par un souci nazi d'éviter la copulation et la reproduction de Juifs). Selon une témointe, Ruth Elias, des gardes SS soûls visitaient la section des femmes de ce camp pour enlever des jeunes filles : Les filles revenaient en pleurs – elles avaient été violées. Elles étaient dans un état terrible.

Néanmoins, comme les "gitans", tous les détenus seront gazés l'année suivante en 1944. Ils ont dû leur survie temporaire à un désir de propagande nazie pour déguiser la vérité sur les camps.


20 septembre 1943 : naissance à Auschwitz du 5ème enfant du couple Hoess. C'est une fille qu'ils prénomment Annegret. Elle est souvent mentionnée dans les études historiques ou les documentaires traitant de la vie familiale du personnel d'Auschwitz, mettant l'accent sur la juxtaposition d'une éducation familiale "normale" et d'un site d'extermination de masse. Leur mère, Hedwig Hoess, parlait d'Auschwitz comme un "paradis" par rapport à ce qu'il avait vécu dans une ferme allemande avant la guerre.


Famille Hoess à Auschwitz à la naissance d'Annegret
Famille Hoess à Auschwitz à la naissance d'Annegret (photo historique, source : Institut für Zeitgeschichte München)

Octobre 1943 : pendant deux ans, de l'automne 1941 à l'automne 1943, des SS ont procédé à plusieurs milliers d'exécutions contre le Mur de la Mort à Auschwitz-I. Les prisonniers étaient abattus d'une balle dans la base du crâne avec une arme de petit calibre. Or, depuis juillet 1943, lorsque le crématoire-I n'a plus été utilisé, les corps des suppliciés étaient transportés aux crématoires de Birkenau. Pour ces raisons pratiques, à partir de l'automne 1943, les exécutions par balle sont faites à Birkenau. Le Mur de la Mort sera démantelé en 1944, puis reconstruit en 1946 par d'anciens prisonniers du camp employés par le Mémorial d'Auschwitz alors en cours de création.


4 et 6 octobre 1943 : discours de Himmler à Posen, le 4 en face d'officiers SS et le 6 en face d'officiels de l'administration des régions du Reich. Car, à cette époque, beaucoup d'officiels tant militaires que civils, voient le vent tourner pour le Reich et expriment leurs craintes à leur hiérarchie. Une partie du discours de Himmler traite de la Solution Finale qui, elle aussi, soulève des questions : Je vous demande que ce que je vous dis ici soit seulement entendu et jamais discuté. Nous étions confrontés à la question : qu'en est-il des femmes et des enfants (des populations juives) ? – J'ai décidé de trouver une solution claire à ce problème également. Je ne me sentais pas justifié d'exterminer les hommes – autrement dit, de les tuer ou de les faire tuer et de laisser grandir les vengeurs de nos fils et petits-fils, sous la forme de leurs enfants. La difficile décision de faire disparaître ce peuple de la surface de la terre a dû être prise. Pour l'organisation (SS d'Himmler) chargée de cette tâche, ce fut la plus difficile que nous ayons jamais eue à accomplir. [...] Je me sentais obligé envers vous, [...] de parler aussi de cette question en toute franchise et de vous dire comment cela s'est passé. La question juive dans les pays que nous occupons sera réglée d'ici la fin de l'année. Seuls quelques Juifs isolés, ayant réussi à trouver refuge, subsisteront. (...) C'est une page de gloire de notre histoire qui n'a jamais été écrite et qui ne le sera jamais. Nous devions leur reprendre leurs richesses (aux Juifs), et… j'ai donné un ordre strict, exécuté par l'Obergruppenführer Pohl : nous avons remis toutes ces richesses au Reich, à l'État. Nous n'avons rien gardé pour nous. Nous avions le droit moral, le devoir envers notre peuple, d'anéantir ceux qui voulaient nous anéantir. Nous avons accompli cette tâche des plus difficiles par amour pour notre peuple. Et notre cœur, notre âme, notre caractère n'en ont pas souffert.


14 octobre 1943 : révolte dans le camp d'extermination de Sobibor menée par Alexander "Sacha" Pechersky, un officier soviétique prisonnier de guerre, et le groupe de résistance du camp. Onze membres des SS sont tués et environ 300 prisonniers juifs réussissent à s’échapper. Environ 50 d'entre eux survivront à la guerre. Cette révolte, quand Sobibor arrive presqu'en fin d'utilisation, cause le démantèlement du camp pour ne pas laisser de trace de l'extermination.


18 octobre 1943 : le premier convoi de Juifs italiens arrive à Birkenau, suite à la chute du régime de Mussolini et de la prise de contrôle de Rome par les Allemands.


20 octobre 1943 : la Grande-Bretagne, l'Union soviétique et les États-Unis, ainsi que les gouvernements en exil, créent la Commission des crimes de guerre des Nations Unies. La mission de cet organe est de dresser une liste des criminels de guerre et de collecter les preuves soumises par les États membres. Après les hostilités, toute personne soupçonnée d'avoir commis une atrocité serait arrêtée et jugée. Une déclaration conjointe signée par Churchill, Staline et Roosevelt affirmait : Très assurément, les trois puissances alliées les poursuivront jusqu'aux extrémités de la terre et les livreront à leurs accusateurs afin que justice soit faite.


23 octobre 1943 : arrivée des Juifs de l'affaire de l'hôtel Polski et révolte de Franceska Mann au crématoire. Pour en savoir plus, cliquez ici. Son héroïsme a donné du courage aux membres SK d'organiser une révolte à Birkenau.


1er novembre 1943 : Rudolf Hoess fait établir un bordel à Auschwitz-I, dans le Block 24 près de l'entrée du camp. D'autres camps ont fait de même avant lui, dans le but de récompenser les détenus du camp qui montrent du zèle à effectuer leur travail. Ce bordel n'est évidemment pas autorisé aux Juifs. Les prostituées ne sont pas juives non plus, autrement il y aurait "crime de race" interdit depuis les lois raciales de Nuremberg en 1935. Les autorités de ce camp (d'hommes seulement) veulent sans doute aussi stopper la pratique homosexuelle bien répandue des Pipels, de beaux jeunes détenus utilisés par des Kapos et autres comme objets sexuels.


1er novembre 1943 : le juge Konrad Morgen arrive à Auschwitz pour enquêter sur la corruption. Le commandant du camp, Rudolf Hoess, lui attribue un jeune officier pour l'accompagner. Alors qu'il se trouve près du quai de chargement, un convoi de déportés arrive. Il assiste ainsi à l'ensemble du processus, de la sélection à l'arrivée jusqu'aux chambres à gaz. Il enquête sur la procédure d'extraction des dents en or (car un colis plein de ces dents avait été intercepté en Allemagne par les douanes). En fouillant jusque dans le bâtiment des gardes, Morgen découvre des dents en or et d'autres objets de valeur, ainsi que l'exploitation de jeunes femmes juives comme esclaves sexuelles par les gardes SS. Morgen reste quelques jours à Auschwitz pour s'entretenir avec les gardes et les officiers SS. Il apprend l'existence d'exécutions extrajudiciaires de détenus polonais et russes, abattus à Auschwitz-I contre le mur noir séparant les blocs 10 et 11. Il découvre également que Maximilian Grabner, chef du département politique d'Auschwitz (la Gestapo), chargé de la discipline du camp, est responsable de l'exécution non autorisée de plus de 2000 prisonniers.


10 novembre 1943 : Konrad Morgen remet son enquête à deux personnes relevant directement d'Himmler : Ernst Kaltenbrunner (chef de la sécurité du Reich) et Oswald Pohl (chef de l'administration économique et supérieur hiérarchique direct de Richard Gluck). Himmler ordonne aussitôt l'arrestation des personnes impliquées dans le vol d'or dentaire et dans les exécutions extrajudiciaires (qui, pour Himmler, signifit une perte de main d'oeuvre aux travaux forcés et donc de revenus pour le Reich). Martin Bormann (chancelier d'Hitler et ami de Rudolf Hoess) presse Himmler de maintenir Hoess à Auschwitz. Mais Himmler appelle Hoess directement et lui annonce que son commandement sur place n'est plus tenable. Hoess le prend plutôt bien. Il écrivit dans ses mémoires : Après neuf ans passés dans les camps de concentration, dont trois ans et demi à Auschwitz, j'en avais vraiment assez. Hoess demande cependant à Himmler de pouvoir laisser sa famille dans la maison à Auschwitz, ce qui est accordé par Himmler. Hoess est alors "promu" à l'inspection centrale des camps de concentration, basé à Sachsenhausen.


11 novembre 1943 : un nouveau commandant est nommé à Auschwitz pour remplacer Hoess : Arthur Liebenhenschel. Après sa prise de fonctions, les conditions de vie des détenus s'améliorent légèrement. Certains prisonniers du bloc 11 d'Auschwitz-I sont libérés et réintègrent leurs unités de travail. Cependant, cette amélioration est de courte durée.

C'est Liebenhenschel qui adopte la désignation Auschwitz-I -II et -III pour Auschwitz, Birkenau et Monowitz respectivement, avec, sous son autorité centrale, un commandant spécifique pour chaque camp.


19 novembre 1943 : évasion réussie de Jerzy Tabeau et d'un codétenu. Tabeau, étudiant en médecine, avait été emprisonné à Auschwitz en mars 1942. Après son évasion, il rédige un comte-rendu détaillé des conditions de vie des détenus, des méthodes d'exécution, et des procédures pour l'extermination des Juifs. Son rapport passe à la résistance polonaise qui l'envoie à leur liaison à Genève. Ce document sera complété par d'autres rapports, à la suite d'autres évasions, dans le courant de 1944. Après la guerre, Tabeau deviendra cardiologue à Cracovie.


22 novembre 1943 : Oswald Pohl apporte des modifications à la structure du complexe d'Auschwitz. Celui-ci est divisé en trois unités administratives indépendantes. Arthur Liebehenschel, également commandant de l'ensemble du complexe, prend la tête d'Auschwitz I, Friedrich Harjenstein celle de Birkenau et Heinrich Schwarz celle de Monowitz.


Centre industriel d'IG Farben à Monowitz
Centre industriel d'IG Farben à Monowitz (photo historique, source : Yad Vashem Photo Archive, 3116/53)

10 décembre 1943 : une vaste sélection a lieu dans le camp de femmes B-I de Birkenau, et 2000 détenues sont envoyées aux chambres à gaz.


14 décembre 1943 : le premier entrepôt des biens saisis aux nouveaux arrivés (et normalement destinés au Reich selon les directives d'Himmler) se trouvait initialement dans le bloc 26 d'Auschwitz-I, et était nommé Kanada (car le Canada était perçu comme un pays de richesses). En décembre 1943, compte tenu des convois incessants qui arrivent à Birkenau, un nouvel entrepôt Kanada est établi à Birkenau dans le secteur B-IIg près des crématoires IV et V. C'est un vaste ensemble de 30 bâtiments en bois. Bien entendu, ces bâtiments attirent l'attention des gardes SS pour voler des objets ou bijoux et les envoyer à leur famille. Mais d'autres détenus du camp s'y intéressent aussi car, avec un petit trésor, ils peuvent aisément négocier son échanger contre un peu de nourriture ou d'autres avantages de la part de Kapos ou surveillants. Aussi, ces entrepôts sont la source d'un commerce caché intense dans le camp et aussi de la corruption de gardes. D'autant que nombre de détenus à Kanada sont des femmes, ce qui attire aussi l'appétit sexuel de gardes qui oublient du coup toute barrière raciale et idéologique. La plupart des femmes détenues à Birkenau ont la tête rasée et sont maigres car mal nourries. À Kanada, en revanche, elles ont accès à la nourriture et peuvent laisser pousser leurs cheveux. Du coup, les incidents ne sont pas rares. Voici le témoignage de Linda Breder : Quand nous sommes arrivées à Kanada, il n'y avait pas d'eau courante. Cependant, le commandant de Kanada a ordonné la construction de douches. Ces douches se trouvaient à l'arrière du bâtiment. Même si l'eau courante était glaciale, je prenais des douches régulièrement. Une jeune femme de Bratislava prenait une douche. C'était une jolie femme, pas maigre. Un officier SS s'est approché d'elle et l'a agressée sexuellement.


Tri des effets de victimes dans le camp Kanada
Tri des effets de victimes dans le camp Kanada (photo historique, SS photographers E. Hoffmann & B. Walter, source : Yad Vashem  Photo Archive, 503/686)

15 décembre 1943 : Dr Fritz Klein, 55 ans, arrive à Birkenau comme docteur dans le camp B-II des femmes. Puis il sert aussi le camp des gitans. Et bien entendu, comme tous les médecins, il doit participer aux sélections à l'arrivée pour déterminer ceux des déportés qui sont aptes aux travaux forcés. Il déclare une fois : le serment d'Hippocrate nous enjoint d'extirper les tissus gangrenés du corps humain, et les Juifs sont les tissus gangrenés de l'humanité. C'est pourquoi nous devons les extirper. Il finira par être jugé et pendu après la guerre.


16 décembre 1943 : arrivée d'un autre groupe de 2500 Juifs du camp modèle de Theresienstadt. Là encore ils sont établis par familles, avec leurs effets, dans le camp B-IIb dit "camp de familles" à l'entrée de Birkenau. Un éducateur, Fredy Hirsch, établit une école dans le block 31 de ce camp.


24 décembre 1943 : lors de Noël, point de trêve ! Une vaste sélection a lieu à Birkenau et, selon des témoignages de prisonniers, cinq camions transportant des détenus sélectionnés sont conduits aux chambres à gaz.


27 décembre 1943 : une communication est établie dans Birkenau entre la résistance polonaise et les membres SK. Pour commencer, on s'attache à noter les événements et faits notables. Ces rapports sont enfouis dans le sol et certains, ayant été retrouvés après guerre, serviront de preuves dans les procès de Nazis. Malheureusement, juste après la guerre, des civils polonais fouilleront aussi le terrain des camps dans l'espoir de trouver des trésors enfouis par les Juifs ! Donc une partie de ces témoignages enfouis seront perdus.


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Albert Benhamou

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Avril 2026


Plan du camp de Birkenau
Plan du camp de Birkenau à son apogée (carte de Sharon Jackson, US Holocaust Memorial Museum)







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