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Auschwitz: chronologie 1944 (janvier-juin)

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Avant de poursuivre cette chronologie de l'histoire du camp d'Auschwitz, assurez-vous d'avoir lu au prélable les chronologies précédentes en commençant par la période 1940-1941. Pour cette lecture, cliquez ici. Ici nous continuons la chronologie pour la première moitié de l'année 1944. Les illustrations sont de David Olere, membre du SonderKommando de Birkenau, rescapé des camps.

Avertissement : certaines illustrations peuvent choquer donc le lecteur doit user de son propre jugement avant de poursuivre la lecture de cette page.



1er janvier 1944 : seulement 32 des 188 baraques initialement prévues ont été construites jusqu'à maintenant dans le nouveau camp B-III dit Mexico.


1er janvier 1944 : Daniel Obstbaum, un détenu juif français de 35 ans, Kapo des membres SK, tente de s'évader aves 4 autres détenus. Il pensait avoir corrompu un officier SS nommé Dobrowolny, qui promettait de l'aider à s'évader. L'évasion échoue car le SS les trompait et les 5 détenus sont abattus.


16 janvier 1944 : Morgenthau, secrétaire au Trésor, dénonce à Roosevelt le personnel du Département d'État concernant le Conseil des réfugiés de guerre (War Refugees Board): 1- pour avoir totalement échoué à empêcher l'extermination des Juifs en Europe ; 2- pour avoir dissimulé leurs intentions malveillantes en créant des organisations fictives, telles que les organisations intergouvernementales, afin de gérer le problème des réfugiés ; 3- pour avoir étouffé pendant deux mois les rapports transmis au Département d'État sur les atrocités allemandes, après que la publication de rapports similaires eut intensifié la pression de l'opinion publique.

Le Secrétaire d'État s'appelle Cordell Hull. En 1939, il avait conseillé à Roosevelt de refuser l'entrée aux USA des passagers du Saint-Louis, un navire allemand transportant près de 1000 Juifs allemands qui tentèrent, en vain, de fuir l'Allemagne nazie. Des organisations juives américaines se plaignait déjà en 1940 du Département d'État sous Hull concernant sa politique vis à vis du sort des Juifs.


21 février 1944 : Primo Lévi, auteur italien devenu célèbre, arrive à Auschwitz et est envoyé au camp de Monowitz. Là-bas il est protégé par un maçon italien qui lui apporte des rations de nourriture pour survivre. Tous deux sont originaires du Piedmont.


24 février 1944 : suite à la tentative de fuite du 1er janvier avec Daniel Obstbaum, 200 membres SK sont envoyés au camp de Majdanek, près de Lublin, en tant que "spécialistes" des crématoires. Une fois arrivés, ils sont abattus et incinérés. La raison pour Birkenau d'avoir procédé ainsi est de ne pas alerter les autres membres SK du sort qui leur est promis.

29 février 1944 : Adolf Eichmann visite Birkenau et inspecte également le camp familial des Juifs de Theresienstadt. Il charge Fredy Hirsch de rédiger un rapport sur l'éducation des enfants sur place. Cependant, dès le 1er mars 1944, il ordonne l'exécution de tous les hommes, femmes et enfants présents dans le camp depuis six mois ou plus. Le 2 mars 1944, toutes les personnes censées être déportées d'Auschwitz doivent écrire à leurs proches et leurs cartes postales doivent postdatées du 25 mars 1944. Elles leur annoncent leur transfert dans un camp de travail à Heidebreck, en Haute-Silésie. Tout ceci est cependant un leurre.

La résistance polonaise de Birkenau a eu vent que les familles sélectionnées allaient être liquidées et des messages leur sont parvenus en ce sens, les urgant de se révolter en mettant e feu aux baraques en bois. Mais ces avertissements ne sont pas pris au sérieux par les détenus du camp des familles. De toute façon que peuvent-ils faire, avec des femmes vieillards et enfants, contre des gardes SS armés qui entourent le camp de toute part?


8-9 mars 1944 : liquidation des familles sélectionnées, celles ayant séjourné six mois ou plus à Birkenau. Ces familles sont sorties la nuit de leur camp B-IIb et envoyées au camp d'à côté, B-IIa, celui de la quarantaine avec l'information qu'elles seront déportées au camp de Heidebreck. Mais elles sont envoyées à la chambre à gaz. Au total, près de 3800 personnes sont gazées ce soir-là. Dr Mengele obtient une douzaine de jumeaux du camp des familles pour ses expériences.


Dans le vestiaire de déshabillage avant la chambre à gaz
Dans le vestiaire de déshabillage avant la chambre à gaz

L'éducateur Fredy Hirsch, qui soupçonnait la duperie des SS, sans pouvoir s'y opposer, se suicide le soir même. Cette nuit-là est le soir de la fête juive de Pourim.

Avant l'entrée dans la chambre à gaz, voyant les détenus hésiter devant la chambre à gaz, Peter Voss, chef de tous les crématoires, s'adresse à eux : Alors, que signifie tout cela, vous autres Juifs ? Votre heure est venue. Rien au monde ne peut changer votre destin. Tout repose sur vous : si vous êtes raisonnables, vous pouvez vous épargner, à vous et à vos enfants, bien des souffrances, de grandes souffrances ! Tout sera bien plus facile si vous vous déshabillez rapidement et passez dans la pièce d’à côté. Ou voulez-vous rendre les derniers instants de vos enfants inutilement pénibles ?

Selon les témoignages des membres SK, les scènes cette nuit-là sont déchirantes car les victimes connaissent parfaitement leur sort, compte tenu des longs mois d'existence à Birkenau. Malgré le tumulte et les coups de la part des SS, parents et enfants tentent de marcher à la mort ensemble. D'autres personnes s'adressent aux gardes SS avec des insultes et la prophétie de la défaite nazie.

Filip Muller, membre du SK à la tâche du crématoire cette nuit-là, décide de vouloir mourir et entre lui aussi dans la chambre à gaz avec ses habits rayés de détenu. Mais un groupe de jeunes filles nues le persuade d'en sortir et de tenter de survivre pour témoigner. L'une d'elles, Yana, lui montre une chaîne en or qu'elle porte autour du cou. Elle lui demande de la récupérer après leur mort et la transmettre à son petit ami Sasha, boulanger. Soudain, un garde SS, Kurschuss, reconnait Muller dans la chambre à gaz et l'emmène au dehors en lui lançant : Espèce d'ordure ! Mets ceci dans ta stupide tête : c'est nous qui décidons de ta vie et de ta mort, pas toi ! Maintenant, file aux fours crématoires !

Plus tard, Muller prend la chaîne en or de la dépouille de Yana et la donne à Sasha, sous-officier de l'Armée rouge, fait prisonnier en 1941 avec environ 13.000 autres Soviétiques. En janvier 1945, il en restait moins de 100 encore en vie.


Avant le gazage
Avant le gazage


18 mars 1944 : la Hongrie veut se retirer de la guerre et de l'alliance avec l'Axe. Les troupes allemandes entrent en Hongrie et un nouveau gouvernement fasciste pro-allemand est mis en place. La situation fait craindre le pire aux Juifs hongrois jusqu'alors épargnés par la guerre. Elie Wiesel répète le témoignage d'un voyageur venant de Budapest : Les Juifs de Budapest vivent dans un climat de peur et de terreur ; les incidents antisémites sont quotidiens, dans les rues, dans les trains ; les fascistes attaquent les commerces et les synagogues juives ; la situation devient très grave. […] Trois jours à peine sont passés et déjà des véhicules de l’armée allemande ont fait leur apparition dans nos rues.

En Hongrie, il y a alors 760.000 Juifs qui représentent environ 5% de la population. Environ 450.000 d'entre eux vivent dans des régions en dehors de Budapest.


21 mars 1944 : alors qu'il ne quitte presque jamais son bureau de Berlin, Adolf Eichmann se rend personnellement à Budapest, avec son aide Wilisceny, pour traiter de la Solution Finale et prévoit d'expédier les Juifs hongrois à Birkenau.


23 mars 1944 : à Birkenau, il faut vite faire de la place en anticipation de l'arrivée massive des Juifs hongrois. Les SS décident de liquider le camp B-IIe des gitans pour libérer leurs baraques. C'est la dernière liquidation les concernant et quelques 4200 gitans sont gazés.


24 mars 1944 : le président Roosevelt envoit une déclaration à la presse : L’un des crimes les plus odieux de l’histoire – commencé par les Nazis en temps de paix et qu'ils ont multiplié par cent en temps de guerre – est le massacre systématique et généralisé des Juifs d’Europe, qui se poursuit sans relâche. Tous ceux qui participent sciemment à la déportation des Juifs vers la mort en Pologne, ou des Norvégiens et des Français vers la mort en Allemagne, sont aussi coupables que le bourreau. Qui partage la culpabilité, partagera le châtiment.


Avril 1944 : arrivée de Gisella Perl à Birkenau. Elle est une gynécologue juive hongroise qui parle plusieurs langues, dont le hongrois, le roumain, l'allemand, le français et le yiddish.

Lorsque Mengele apprend sa spécialité, il lui confie la tâche d'examiner chaque femme enceinte et de lui faire un rapport direct. Il lui dit qu'elles seraient envoyées dans un camp spécial, où elles recevraient des rations de pain supplémentaires et même du lait. Elle découvrit bientôt la vérité... Elle comprit que ces femmes étaient condamnées à mort. Aussi, elle cachait les femmes enceintes qu'elle trouvait et, si nécessaire, interrompait leur grossesse, ou bien provoquait discrètement un accouchement puis tuait le nouveau-né. Elle expliquera : l'enfant devait mourir pour que la vie de la mère soit sauvée. C'est ainsi que Perl pratiquait ses avortements nocturnes au péril de sa vie.


1er avril 1944 : la construction du camp B-III dit Mexico est arrêtée. Seules une soixantaine de baraques ont été érigées. La situation précaire des Allemands sur le front de l'Est ne favorise pas la poursuite du développement dans la région.


Le camp B-III "Mexico" inachevé
Le camp B-III "Mexico" inachevé - les matériaux de construction abandonnées sur place ont servi de caches pour plusieurs évasions en 1944

5 avril 1944 : Siegfried Lederer, un Juif tchèque de 40 ans, s'évade d'Auschwitz vêtu d'un uniforme SS fourni par le SS Viktor Pestek, âgé de 20 ans, qui l'accompagne hors du camp. Pestek, fervent catholique, s'opposait à l'Holocauste et il était épris de Renée Neumann, une prisonnière juive. Après l'évasion réussie, Pestek retourne à Auschwitz pour sauver Neumann. Mais il est arrêté et torturé. Il est exécuté plus tard hors du camp le 8 octobre 1944. Quant à Lederer, il rejoint la résistance tchèque et tente de faire parvenir clandestinement un rapport sur Auschwitz au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Suisse.


7 avril 1944 : deux détenus de Birkenau se cachent pendant 3 jours dans un endroit préalablement aménagé du camp Mexico et s'évadent la nuit après que les recherches par les SS sont abandonnées. Il s'agit de Rudolf Vrba, 20 ans, de son vrai nom Walter Rosenberg, et d'Alfred Wetzler, 26 ans. Tous deux réussissent à rejoindre la Slovaquie, et survivent à la guerre. Ils emportent avec eux de nombreuses informations sur les événements du camp, soigneusement recueillies auprès de plusieurs membres du SK lors de la préparation de leur évasion. Grâce à Filip Müller, ils obtiennent même des données précises sur les chambres à gaz et une étiquette d'un bidon de Zyklon-B. Ensemble, ils rédigent un rapport de 33 pages sur le camp et le soumettent au Conseil juif de Suisse. Les Alliés reçoivent ce rapport par la suite et des journaux en feront état.


11 avril 1944 : après 10 jours de voyage, un convoi arrive à Birkenau avec 2500 Juifs grecs, dont 320 d'entre eux sont choisis pour renforcer les commandos SK en vue de l'arrivée massive de Juifs hongrois. Parmi ces nouveaux membres SK se trouvent les frères Maurice et Shlomo Venezia, âgés de 23 et 21 and respectivement. Les deux survivront à la guerre et Shlomo Venezia rédigera ses mémoires de SonderKommando.

Dans ce convoi, il y a aussi Jacob Gabbai, agé de 32 ans, et cousin des frères Venezia. Il décrit ce voyage dans ses mémoires : Notre convoi venait d'Athènes. (...) Le voyage dura dix jours, du 1er au 11 avril 1944. Nous avons traversé la Grèce, la Yougoslavie, la Hongrie et l'Autriche, jusqu'à ce que nous arrivions en Pologne. […] Dans le wagon du train, il n'y avait pas de toilettes, nous recevions une nourriture rationnée. Nous essayions de passer le plus de temps possible en dormant. Pendant les onze jours, plusieurs d'entre nous sont morts. Les portes ne se sont jamais ouvertes, sauf une seule fois, quand nous sommes arrivés à Budapest. On a ouvert les portes pour nous donner de l'eau. À cet arrêt, on a aussi sorti les morts des wagons.


15 avril 1944 : arrivée de la déportée Simone Veil, future ministre en France, à Birkenau.


28 avril 1944 : arrivée de Henryk Mandelbaum à Birkenau à l'âge de 21 ans. Il est sélectinné pour entrer dans le commando SK. Il survivra à la guerre et écrira ses mémoires en tant que SonderKommando.


29 avril 1944 : le premier convoi de Juifs hongrois arrive à Birkenau. Il s'agit de 1800 personnes. Leur déportation concerne tout d'abord les quelques 450.000 Juifs qui vivent dans différentes régions de Hongrie.


30 avril 1944 : Filip Muller raconte : vers la fin avril 1944, les rumeurs d'un extermination imminente des Juifs de Hongrie se multipliaient ; pour nous, détenus SK, cette terrible nouvelle fut un coup dévastateur. […] Une fois de plus, nous avons pressé la résistance (polonaise) du camp de donner le signal du soulèvement. Cependant, ils refusaient toujours de prendre des risques. Une fois de plus, on nous a bernés d'illusions en nous faisant croire que l'avancée de l'Armée rouge démoraliserait et désorganiserait très vite la SS. […] Lorsque nous avons fait valoir que cette attitude signifiait ni plus ni moins que nous serions une fois de plus contraints d'incinérer des centaines de milliers de personnes, on nous a laissé entendre qu'il était de toute façon impossible de les sauver.


1er mai 1944 : le personnel de Kanada est aussi renforcé du fait de l'arrivée massive de Juifs hongrois dont il faut dépouiller de leurs bien personnels. Une détenue, Kitty Hart-Moxon, est assignée à Kanada. C'est depuis une fenêtre de l'une de ces baraques que l'on peut voir ce qui se passe au crématoire IV, éloigné d'à peine moins de 50 mètres. Elle raconte sa première vision de cet enfer : à l'extérieur du bâtiment bas (du crématoire), une échelle avait été placée. Une silhouette en uniforme SS y grimpa d'un pas vif. Arrivée en haut, elle enfila un masque à gaz et des gants, déversa ce qui ressemblait à une poudre blanche dans une ouverture du toit, puis redescendit précipitamment l'échelle et s'enfuit. Des cris commencèrent à s'échapper du bâtiment. Nous les entendions résonner jusqu'à notre baraque. Les cris désespérés de gens qui suffoquaient. Je retins mon souffle et me bouchai les oreilles, mais les cris étaient si forts qu'on aurait cru que le monde entier les entendait. "C'est fini", me dit quelqu'un en me secouant. "Tout va bien, le silence est revenu, ils sont tous morts maintenant." Cela n'avait pas dû prendre plus de dix minutes. […] Je continuai à fixer le bâtiment. La fumée commençait à s'échapper des hautes cheminées. La fumée noire devenait plus épaisse, plus sombre et suffocante, charriant avec elle une odeur de graisse, d'os et de cheveux brûlés. Et, à la tombée du soir, le ciel tout entier parut rouge. De la fumée et des flammes jaillissaient de toutes les cheminées. Aucun de nous ne ferma l'œil de la nuit. (...) Et jour après jour, nous regardions le cortège vers les chambres à gaz et entendions les cris. Jour et nuit, nous sentions l'odeur des crématoires qui peinaient à suivre le rythme croissant des convois.

La cadence des convois de Hongrie augmente de façon importante à partir du 15 mai 1944.


Crématoire à Birkenau
Crématoire à Birkenau

2 mai 1944 : les frères Gabbai, après sélection comme membres SK et les 20 jours de quarantaine, commencent à travailler aux fours crématoires. Jacob Gabbai décrit : Mon rôle consistait à ramasser les corps et, avec un autre détenu, à les déposer sur un brancard. Je devais, avec l'aide d'une fourche, les introduire directement dans le four. Chaque four avait trois portes. Par chaque porte on pouvait faire passer quatre corps – soixante corps en un quart d'heure, et tous les quarts d'heure, il fallait tout brasser avec la fourche. Le feu augmentait, et après un autre quart d'heure il ne restait plus des victimes que de la cendre, et le travail reprenait du début. Notre travail ne se résumait qu'à trois minutes, tout au plus quatre minutes, et une demi-heure de pause. Les journaux en Grèce rapportaient déjà, en 1943, les actes perpétrés par les Allemands dans les camps, mais nous ne le croyions pas. Qui pouvait croire que les Allemands – un peuple civilisé – soient capables de faire une chose pareille ? Mais chaque jour des Juifs étaient brûlés, jour après jour, sans que cela ait une fin et, dehors, l'orchestre et le chœur des femmes jouaient et chantaient.


Les corps gazés sont tirés jusqu'aux fours
Les corps gazés sont tirés jusqu'aux fours

6 mai 1944 : la cadence des convois arrivés à Birkenau devient si infernale, que la gestion de cette enterprise d'extermination requiert l'expérience du camp. Rudolf Hoess est aussitôt rappelé à Auschwitz. Son remplaçant est temporairement renvoyé au commandement du camp de Majdanek près de Lublin. Hoess fait construire une nouvelle voie ferroviaire et rampe jusqu'à l'intérieur de Birkenau pour permettre aux SS de conduire les déportés au plus vite vers les chambres à gaz. Auparavant les convois s'arrêtaient à environ 3 km's de Birkenau et les déportés devaient marcher jusqu'au camp.


8 mai 1944 : de retour à Auschwitz, Hoess nomme Josef Kramer comme commandant de Birkenau et Otto Moll comme responsable de tous les crématoires en remplacement de Peter Voss. Richard Baer devient commandant d'Auschwitz-I.


Incinération des cadavres dans les fours crématoires
Incinération des cadavres dans les fours crématoires

13 mai 1944 : en Allemagne, les médias ne cachent plus à la population ce qui se passe concernant les Juifs, peut-être pour leur montrer que cette guerre, malgré ses revers militaires, avait été un bienfait pour l'Allemagne. Un article du Danziger Vorposten en témoigne : la population juive de Pologne a été neutralisée et le même phénomène est en cours en Hongrie ; dans ces deux pays seulement, cinq millions de Juifs ont été éliminés.

Un autre exemple, tiré d'un article paru dans l'Angriff (de Goebbels) : Il faut que Judas périsse pour sauver l'humanité. Ainsi, la politique nazie d'extermination des Juifs est largement connue des Allemands. l'expression "vous passerez par la cheminée" est devenue un proverbe en Allemagne !


14 mai 1944 : visite d'Eichmann à Birkenau pour constater les procédures mises en place pour absorber le flot de Juifs hongrois à exterminer. Les détenues de Kanada peuvent l'observer de leurs baraques. Kitty raconte : Il passa plusieurs heures dans le camp à arpenter les bâtiments, inspectant les chambres à gaz et les fours crématoires. Eichmann n'était pas de ceux qui souhaitaient maintenir les prisonniers en vie pour les faire travailler dans les usines. Sa seule obsession était d'en exterminer le plus grand nombre possible, le plus rapidement possible. Lorsqu'il quitta le camp, le sentiment d'horreur qu'il laissait derrière lui était presque aussi réel que la fumée et l'odeur de chair brûlée.


15 mai 1944 : le lendemain de la visite d'Eichmann, les grands convois de Juifs hongrois commencent à arriver. Ce jour-là, un convoi de près de 10.000 personnes arrive à Birkenau. Ce nombre par convoi devient la norme pendant quelques 6 semaines, jusqu'à l'arrêt de la déportation des Juifs de Hongrie. Cette date marque ainsi le début officiel de l'opération qu'Eichman a nommée "Sonderaktion Ungarn” (Action spéciale de Hongrie).


Les files de Juifs dirigés vers le crématoire
Les files de Juifs dirigés vers le crématoire

18 mai 1944 : l'arrivée incessante de convois de Juifs à exterminer signifit aussi, pour les détenus du camp, une amélioration de leurs conditions. Car la contrebande reprend avec les biens et bijoux spoilés, et les gardes SS ne pensent seulement qu'à s'enrichir plutôt que de faire leur travail habituel. Le détenu polonais Kielar le raconte : le commando Kanada suait sur la rampe sous la surveillance de quelques SS : ils opéraient une seconde sélection… celle des biens des victimes. Des camions chargés de valises, de sacs et de ballots gagnaient les entrepôts (Kanada) où un tri plus rigoureux était effectué. Une bonne partie du butin, et surtout la nourriture et les objets précieux, prenait le chemin du camp par des voies détournées. Le camp connaissait une nouvelle période d'abondance. (…) Le camp avait suffisamment à manger. Le camp respirait, car les SS ivres étaient trop occupés avec les transports pour s'intéresser aux détenus. Ils cherchaient de l'or et s'en bourraient les poches, soucieux d'assurer leur avenir. Les détenus de Kanada faisaient de même : il leur fallait ces bijoux pour alléger leur existence. Au camp, sur ordre des SS, les membres du commando spécial (SK) allaient jusqu'à tamiser les cendres humaines pour y retrouver des diamants. L’or des couronnes et des bridges étaient fondu en lingots qui étaient envoyés au Reich pour renflouer les caisses d'un état qui était à la veille de l'effondrement. Les autres restes humains étaient répandus dans les champs ou dans les étangs. Seule la graisse humaine était gaspillée car, à Auschwitz, on ne fabriquait pas de savon.


Extraction des dents en or et découpage des cheveux sur les cadavres de gazés
Extraction des dents en or et découpage des cheveux sur les cadavres de gazés

Mai-juin 1944 : Filip Muller décrit Moll ainsi : Otto Moll était surnommé "Cyplope" à cause de son œil de verre. Il était un monstre cruel, brutal, sans scrupules et imprévisible, sadique, insensible et assoiffé de sang, animé d'une soif de tuer. Peu après son arrivée, Moll ordonna de creuser cinq fosses derrière le crématoire V. De plus, quatre fosses crématoires furent creusées à l'extérieur d'une des fermes restaurées (le Bunker 2). Les vestiaires (pour se déshabiller avant le gazage) étaient aménagés dans trois baraquements en bois, et l'ensemble du complexe (de Moll) était connu sous le nom de "Bunker 5". Il y avait désormais neuf de ces grandes fosses, en plus des fours crématoires, permettant d'incinérer un nombre quasi illimité de cadavres. Toutes ces installations étaient nées de l'imagination du meurtrier de masse Moll, qui était parvenu à transformer un petit coin de la surface terrestre en un lieu d'une telle abjection qu'il faisait passer l'Enfer de Dante pour un jardin d'agrément. […] Les cendres des corps incinérés étaient jetées dans des étangs à poissons ou dans la Vistule. Dans ce contexte, Moll avait imaginé une nouvelle technique pour accélérer l'évacuation des cendres : il fit bétonner une zone d'environ 60 mètres sur 15, jouxtant les fosses du crématoire V. Sur cette surface, les cendres étaient broyées en une fine poudre avant leur élimination finale.

En plus des fosses ardentes, Moll fait creuser des sortes de tranchées ou fossés autour de ces fosses pour récolter la graisse humaine qui découle des corps incinérés. Filip Muller raconte à ce propos : Moll, un jour, a arraché un enfant à sa mère. Je l'ai vu au crématoire IV. Il y avait deux immenses fosses où l'on incinéait les cadavres. Il a jeté l'enfant dans la graisse bouillante qui s'était accumulée dans les fossés autour de la fosse, puis a dit à son assistant : "Maintenant, je vais manger à ma faim, maintenant j'ai fait mon devoir." Une autre façon pour Moll d'assouvir sa soif de meurtre perverse était de tuer de jeunes enfants qu'il jetait vivants dans la graisse humaine bouillante, devant des fosses. Lorsque le commandant du camp ou d'autres commandants SS se présentaient sur le site des crématoires, Moll se maîtrisait et réprimait ses pulsions anormales. Alors, la machine à tuer reprenait son cours habituel, impersonnel, sans aucun excès.

Ici, un autre témoignage sur la cruauté de Moll. Alter Feinsilber, un membre du SK, raconte : Moll ordonna à une femme nue de s'asseoir sur les cadavres près d'une fosse lui ordonnant de sauter et de chanter, tandis qu'il tirait sur les prisonniers et les jetait dans le bûcher. Bien sûr, elle obéit, dans l'espoir de sauver sa vie. Après avoir exécuté tout le monde, Moll abattit cette femme et elle fut incinérée.

Le caractère de Moll est confirmé par le Dr Miklos Nyizli, médecin juif détenu en charge des dissections sous l'autorité de Mengele : Moll était responsable de ces meurtres. En tant que médecin et témoin oculaire, je le jure, il était l'assassin le plus abject, diabolique et endurci du Troisième Reich. […] Ici, (avec seulement une seule balle tirée), la plupart des individus étaient jetés vivants dans les flammes. […] Lorsque les deux bûchers fonctionnaient simultanément, le rendement variait de 5000 à 6000 morts par jour, légèrement supérieur à celui d'un crématoire ; mais ici, la mort était mille fois plus terrible, car on mourait deux fois : d'abord d'une balle dans la nuque, puis par le feu. Après la mort par le gaz, par injection de phénol et par balle dans la nuque, je découvrais maintenant cette quatrième méthode.


Le sadique Otto Moll exécute des jeunes filles devant la fosse ardente
Le sadique Otto Moll exécute des jeunes filles devant la fosse ardente

22 mai 1944 : arrivée du Juif tchèque David Herman à Birkenau. Il raconte la sélection : alors qu'ils nous ordonnaient de descendre du train, plusieurs Sonderkommandos nous murmurèrent des choses en yiddish et l'un d'eux me dit à voix basse : "Dis-leur que tu as 18 ans et que tu as un métier." J'étais perplexe face à ce qu'il me disait sur mon âge, mais j'ai fini par comprendre. […] Bien que je paraissasse jeune pour mes 17 ans, je dis que j'en avais 18 et que j'étais charpentier. L'officier SS fit un geste de sa canne et indiqua de se mettre dans un coin. J'obéis.


23 mai 1944 : avec 250 nouveaux arrivants ajoutés d'un convoi de Juifs grecs, le commando SK passe à 900 détenus provenant d'Allemagne, de Pologne, de Grèce, d'Hollande, de France, de Slovaquie et de Hongrie.


24 mai 1944 : discours de Himmler devants des généraux allemands : Une autre question, décisive pour la sécurité intérieure du Reich et de l'Europe, était la question juive. Elle fut résolue sans compromis, suite à des ordres donnés et à une analyse rationnelle. Messieurs, je crois que vous me connaissez suffisamment pour savoir que je ne suis pas un homme assoiffé de sang. Je ne suis pas un homme qui prend plaisir à accomplir des actes brutaux. Cependant, j'ai aussi des nerfs solides et un sens du devoir très aigu […], si bien que lorsque je juge une action nécessaire, je peux l'appliquer sans transigeance. Je ne me suis pas cru autorisé – cela concerne tout particulièrement les femmes et les enfants juifs – à laisser grandir ces enfants qui deviendront les vengeurs qui assassineront ensuite nos enfants et nos petits-enfants. Cela aurait été lâche. Par conséquent, la question fut résolue sans compromis.


26 mai 1944 : des photographes SS arrivent à Birkenau pour documenter l'extermination des Juifs hongrois Leurs photos ne sont évidemment pas diffusées publiquement mais sont réunies dans un album découvert après la guerre. Lili Jacob, une des personnes photographiées se reconnait sur une des photos, ainsi que le reste de sa famille exterminée le jour de leur arrivée.


Photo de Birkenau où Lili Jacob s'est reconnue
Photo de Birkenau où Lili Jacob (marquée) s'est reconnue (Album d'Auschwitz, Yad Vashem)


27 mai 1944 : le rapport de Vrba et Wetzler du mois dernier est complété par un autre rapport après l'évasion de deux autres prisonniers, Czeslaw Mordowicz et Arnošt Rosin en cette date. Ils atteignent la Slovaquie le 6 juin. Ces évasions permettent de révéler l'extermination déjà engagée des Juifs hongrois. Quand le monde reçoit ce dernier rapport, la pression internationale fait que la Hongrie stoppe la déportation de leurs citoyens juifs.

Mais, malgré ces rapports détaillés de ce qui se passe à Birkenau, aucune mesure militaire n'est prise par les Alliés, par exemple de bombarder la gare d'Auschwitz par laquelle transitent tous les convois de déportés. Dans le camp, les complices qui ont aidé ces évasions ne voient pas arriver l'aide internationale tant espérée et pensent qu'ils sont abandonnés à leur sort, voire trahis.


30 mai 1944 : arrivée du convoi de Sighet, Transylvanie, pendant la nuit avec Elie Wiesel âgé de 15 ans et sa famille. Mengele fait la sélection : Elie et son père doivent être tués et sont menés dans le petit bois de Birkenau vers les fosses ardentes... Elie Wiesel raconte : Non loin de nous, des flammes jaillissaient d'un fossé, des flammes gigantesques. Elles brûlaient quelque chose. Un camion s'arrêta au bord de la fosse et déchargea son chargement : des petits enfants, des bébés ! Oui, je l'ai vu, je l'ai vu de mes propres yeux… ces enfants dans les flammes (est-il étonnant que je n'aie pas pu dormir après cela ? Le sommeil m'avait fui). C'est donc là que nous allions. Un peu plus loin se trouvait un autre fossé, plus grand, pour les adultes. […] Comment était-il possible de brûler des gens, des enfants, et que le monde reste silencieux ? […] Nous avons continué notre marche ; nous nous rapprochions peu à peu du fossé d'où s'élevait une chaleur infernale. Encore 20 pas à parcourir. Si je voulais provoquer ma propre mort, c'était le moment. Il ne nous restait plus que 15 pas à couvrir. Je me mordis les lèvres pour que mon père n'entende pas mes dents claquer. 10 pas. 8. 7. Nous marchions lentement, comme si nous suivions un corbillard à nos propres funérailles ; 4 pas de plus ; 3 pas. Là, juste devant nous, se dressait la fosse et ses flammes. Je rassemblai mes dernières forces pour me dégager des rangs et me jeter sur les barbelés. Au plus profond de mon cœur, je fis mes adieux à mon père, à l'univers entier, et malgré moi, les mots se formèrent d'eux-mêmes et s'échappèrent de mes lèvres dans un murmure : "Yitgadal veyitkadash shmei raba"… Que Son nom soit béni et glorifié… Mon cœur débordait. L'instant était venu. J'étais face à face avec l'Ange de la mort. Non. À deux pas de la fosse, on nous ordonna de tourner à gauche et de nous conduire dans une baraque. Je serrai la main de mon père.

Elie Wiesel et son père sont épargnés à la dernière minute car ordre avait été donné d'envoyer des déportés vers une autre destination de travaux forcés.


29 mai 1944 : arrivée de Miklos Nyiszli, un Juif hongrois âgé de 43 ans, pathologiste de profession. Il avait étudié la médecine en Allemagne et donc parle parfaitement cette langue. Mengele garde de côté toute personne du corps médical qui peut lui être utile. Miklos se voit attribuer un bureau et une salle de dissection dans le crématoire II. C'est son livre de témoignage, publié peu après la guerre, qui a fait connaitre au public le personnage de Mengele. Mengele apprécie la compétence de ce médecin et le protège. Il lui permettra même de voir sa femme et sa fille dans le camp des femmes, et, avec accord de Miklos, les fera expédier dans un autre camp de travail pour les sauver d'une mort certaine à Birkenau.


31 mai 1944 : le Dr Pasche, un Français du commando SK, commence à noter un décompte des nombres de tués à Birkenau. Pour le seul mois de mai 1944, il compte 360.000 morts alors que la forte cadence des Juifs hongrois ne date que d'une quinzaine de jours.


1er juin 1944 : dû au grand nombre de déportés venant de Hongrie, les Juives hongroises sélectionnées pour les travaux forcées sont installées dans le camp inachevé B-III (Mexico) malgré le fait que ce camp manque d'eau courante et d'autres facilités.


6 juin 1944 : débarquement des Alliés en Normandie alors que l'Armée Rouge se trouve à quelques centaines de km's de Budapest. Malgré ces revers allemands et la fin inéluctable du Reich, la machine de la mort allemande continue à gazer et à brûler les Juifs d'Europe.


9 juin 1944 : dans les camps, les détenus apprennent la nouvelle du débarquement des Alliés. La crainte est que les Nazis vont se débarrasser de toutes preuves accablantes sur les camps de la mort et exterminer tous les survivants. Aussi l'idée d'un soulèvement reprend de la vigueur entre les quelques 900 membres du SK car ils sont forts et en bonne santé. La résistance polonaise du camp semble vouloir coopérer. Selon Filip Muller, la date de leur révolte est fixée au vendredi 16 juin 1944. Leur plan est de tuer les quelques gardes SS assignés aux crématoires, se saisir de leurs armes, faire sauter les crématoires avec des charges prédisposées, et se sauver en masse du camp avant que les renforts allemands n'arrivent. C'est ce qui a été réalisé dans le camp de Sobibor !


12 juin 1944 : les derniers Juifs grecs sont déportés. Il s'agit des Juifs de Corfou, environ 2000 personnes, dont un petit nombre survivront.


16 juin 1944 : le général Oswald Pohl vient inspecter le camp, guidé par Rudolf Hoess. Un grand nombre d'officiels allemands les accompagnent. C'était le jour prévu de la révolte ! Aussi la résistance polonaise envoie un contre-ordre aux membres du SK de reporter l'opération. C'est la déception dans les crématoires, alors que l'évasion est le seul espoir de survie pour les membres SK.


18 juin 1944 : la BBC de Londres diffuse quelques informations sur ce qu'elle appelle "les protocoles d'AUschwitz". Il s'agit d'extraits du rapport Vrba-Wetzler qui circule à présent dans les différents pays. C'est peut-être pour cette raison, et une enquête interne des causes de la fuite de telles informations, que les Nazis suspendent les convois de Juifs hongrois dès ce jour, mais ils les reprendront le 28 juin.


David Olere traduit les nouvelles de la BBC aux gardes SS
David Olere traduit les nouvelles de la BBC aux gardes SS

20 juin 1944 : la diminution de fréquence des convois de Juifs hongrois cause un changement d'attitude des gardes SS à Birkenau. Kielar raconte : Il ne devait plus rester beaucoup de juifs en Hongrie car les transports devenaient moins importants et plus espacés. La rampe était déserte. Les SS se souvinrent alors du camp et y firent des incursions de plus en plus fréquentes. Les commandants de bloc étaient déchaînés et fouillaient des blocs entiers : c'était là qu'ils cherchaient l'or maintenant. Les kapos et doyens de blocs cessèrent de flirter avec Hans (le Kapo juif en charge de Kanada), et Jupp (surnom d'un Kapo allemand, du nom de Josef Windeck, ancien criminel et cruel envers les détenus, arrivé à Auschwitz dès 1940) oublia que peu de temps auparavant ils se promenaient bras dessus, bras dessous, comme de vieux amis. Peuh ! Un beau jour, il lui prouva même son amitié en le fouillant. Furieux de ne rien trouver, il le frappa au visage : "Tiens, prends ça, pourriture de juif !" Le Kanada avait cessé d'exister ainsi qu'un demi-million d'êtres humains.

Le sort des détenus dans Kanada et dans les crématoires devient précaire aux yeux des intéressés qui se doutent bien que la baisse d'"activités" va nécessairement entrainer une réduction des effectifs par élimination de plusieurs d'entre eux. Aussi les projets d'évasion individuelle augmentent et sont exécutés. C'est le cas d'un jeune couple, le détenu polonais Edek et sa petite amie juive Mala, qui fixent leur date d'évasion au samedi 24 juin. Kielar, ami de longue date d'Edek, doit s'évader avec eux mais se désiste.


22 juin 1944 : l'Armée Rouge lance une offensive majeure, Opération Bagration, sur un front de près de 800 km de la Baltique à la Caspienne. L'armée allemande est largement défaite avec l'écroulement de son corps d'armée central. En 23 jours, l'Armée Rouge avance de quelques 400 km vers l'ouest et arrive en face de Varsovie, de l'autre berge de la Vistule.


23 juin 1944 : les Nazis commencent à liquider le dernier ghetto en Pologne, celui de Lodz. Il avait été le premier ouvert et le dernier à être liquidé. Sa longévité était due au nombre d'usines allemandes qui utilisaient la main d'oeuvre juive du ghetto.


24 juin 1944 : évasion réussie d'Edward "Edek" Galinski et de Mala Zimetbaum (elle a 19 ans) en plein jour vers midi. La jeune juive est faible car elle souffre de paludisme et a été hésitante jusqu'au dernier moment mais Edek finit par la convaincre de le suivre. Les gardes SS ne se rendent compte de leur disparition du camp que lors de l'appel du soir. Ils s'arrêtent près de la frontière le 7 juillet car Mala est épuisée. Ils sont alors repérés et ramenés à Birkenau. Après interrogatoire pour déceler leurs complicités, ils sont condemnés à mort et la sentence exécutée le 22 août 1944.


24 juin 1944 : suite aux révélations au grand public concernant Auschwitz, Jacob Rosenheim, de l'Agudat Israel World Org, contacte le War Refugee Board à Washington pour supplier les Alliés de bombarder les voies ferrées menant à Auschwitz. Sa requête est transmise six jours plus tard à John McCloy, secrétaire adjoint à la Guerre et en charge des sabotages contre le régime nazi.


25 juin 1944 : le pape Pie XII envoie un télégramme à Horthy, chef du gouvernement hongrois, de stopper la déportation des Juifs après que le Vatican ait reçu en mai 1944 copie du rapport Vrba-Wetzler.


26 juin 1944 : des avions alliés de reconnaissance survolent le complexe d'Auschwitz-Birkenau et prennent des photos. Malheureusement, à ce moment-là, les crématoires ne sont pas en opération, donc aucune fumée n'est visible sur les clichés, et la rampe du camp est vide de tout convoi. Cela ressemble à un camp de travail plutôt que d'extermination massive.


28 juin 1944 : après une pause de 10 jours, les convois de Juifs hongrois reprennent leur cadence.


29 juin 1944 : le premier convoi de Juifs grecs de Corfou arrive à Birkenau. La plupart sont gazés dès eur arrivée.


30 juin 1944 : compte tenu du travail continu des commandos SK, Otto Moll décide d'en loger un grand nombre non plus dans la section réservée du camp B-IId des hommes mais dans l'espace sous les toits des crématoires II et III, où il fait aménager des dortoirs. Ceux des SK qui travaillent au crématoire V sont logés dans le crématoire IV qui n'est pas fonctionnel à ce moment-là à cause d'une panne. En fait, après quelques temps, tous les membres du SK sont logés dans les crématoires II,III et IV. Certains membres du SK, connaissant bien le rusé Moll, pensent qu'il a fait ce changement afin de pouvoir plus facilement liquider des groupes de SK déjà dans les crématoires.


30 juin 1944 : le Dr Pasche, un Français du commando SK, continue de noter le nombre de tués à Birkenau. Pour le mois de mai 1944, il avait compté 360.000 morts. Pour le mois de juin 1944, il compte 512.000 morts, principalement les Juifs hongrois.




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