Auschwitz: chronologie 1944 (juillet-décembre)
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Avant de poursuivre cette chronologie de l'histoire du camp d'Auschwitz, assurez-vous d'avoir lu au prélable les chronologies précédentes en commençant par la période 1940-1941. Pour cette lecture, cliquez ici. Ici nous continuons la chronologie pour la seconde moitié de l'année 1944.
1er juillet 1944 : le camp de Monowitz (Auschwitz-III) contient désormais quelques 11000 détenus aux travaux forcés pour la société IG Farben. La plupart sont juifs. Parmi eux, il y a Elie Wiesel, adolescent, et Primo Levi.
3 juillet 1944 : le New York Times publie un article basé sur le rapport Vrba-Wetzler, qui mentionne qu'entre 1,5 et 1,75 million de Juifs ont été gazés à Auschwitz. Le roi de Suède, le Pape Pie XII et le président de la Croix-Rouge contactent le régent hongrois Miklós Horthy et lui demandent de mettre un terme à la déportation des Juifs hongrois vers Auschwitz.


3 juillet 1944 : Churchill accepte la formation d'une brigade juive. L'armée britannique s'y oppose, craignant que ces recrues juives ne combattent plus tard contre le mandat britannique en Palestine qui leur a fermé ses portes. Cependant, selon un historien, Churchill y consent car il est profondément touché par le massacre des Juifs de Hongrie.
3 juillet 1944 : l'Armée Rouge prend la ville de Minsk pendant l'opération Bagration. C'est un revers majeur pour l'armée du Reich.
4 juillet 1944 : aux USA, John McCloy, secrétaire adjoint à la Guerre, rejette la demande venue de Genève de bombarder les voies ferrées menant à Auschwitz et ses crématoires.
7 juillet 1944 : la demande de bombarder Auschwitz parvient aussi à Londres. Churchill écrit à Anthony Eden, ministre des Affaires étrangères : Obtenez tout ce que l'armée de l'air peut vous fournir et faites appel à moi si nécessaire. Mais Archibald Sinclair, secrétaire d'État à l'armée de l'air, répond par la négative le 15 juillet, soulignant qu'il est impossible pour les bombardiers britanniques de couvrir une telle distance en une seule nuit (les Britanniques font des bombardements nocturnes, et seuls les Américains bombardent de jour).
9 juillet 1944 : après l'arrêt complet des convois de Juifs hongrois, Filip Muller fait ce constat amer : pour transporter 400 000 personnes de Hongrie à Birkenau, il a fallu des centaines de wagons. Mais seuls quelques camions ont suffi pour acheminer leurs cendres jusqu’à la Vistule. La moyenne des personnes gazées à Birkenau baisse alors de 10.000 par jour à 1500 par jour.

10-12 juillet 1944 : devant l'avance inéluctable de l'Armée Rouge, les autorités SS commencent à déporter quelques 130.000 détenus valides vers d'autres camps, y compris quelques 1600 Juifs hongrois récemment arrivés vers celui de Bergen-Belsen en Allemagne auquel est ajouté un "camp hongrois". Mais les derniers détenus juifs venus de Theresienstadt, composés de familles, sont gazés et incinérés. Cela représente quelques 5000 personnes, de tous âges. Il semble que les autorités du camp souhaitent liquider le plus grand nombre de personnes "inutiles" avant l'arrivée de Russes.
Le camp de Birkenau, devenu surpeuplé de détenus, manque de nourriture. Le docteur Miklos en fait état : La faim avait transformé les prisonniers en fous furieux et gémissants. En quelques jours, leurs organismes déjà affaiblis s'étaient complètement désintégrés. La diarrhée, la dysenterie et le typhus avaient commencé leur œuvre mortelle. On comptait cinquante à soixante morts par jour. Leurs derniers jours furent un calvaire, jusqu'à ce que la mort vienne enfin les libérer.
13 juillet 1944 : Edmund Veesenmeyer, l'agent allemand en Hongrie, envoie un rapport à Berlin déclarant que le nombre de Juifs hongrois envoyés à Birkenau a été de 437.402, répartis en 147 convois.
20 juillet 1944 : tentative ratée d'assassinat d'Adolf Hitler par des officiers qui veulent en finir avec la guerre, et sans doute négocier avec les Occidentaux avant l'invasion russe.
24 juillet 1944 : libération de la ville polonaise de Lublin par l'Armée Rouge. La veille ils ont libéré le camp d'extermination de Majdanek et, pour la première fois, les horreurs des camps nazis commencent à être confirmées. Car, dans leur débâcle, les Nazis n'ont pas pu tout détruire des infrastructures de l'industrie de la mort, ni éliminer tous les détenus encore en vie. De fait, l'Armée Rouge y a trouvé des milliers de détenus, des prisonniers de guerre, ainsi que de nombreuses preuves de l'extermination qui s'y était déroulée.

26 juillet 1944 : le Dr Pasche, un Français du commando SK, continue de noter le nombre de tués à Birkenau. Pour le mois de mai 1944, il avait compté 360.000 morts, pour celui de juin 1944, 512.000 morts, et pour le mois courant jusqu'au 26 juillet, 442.000 morts. C'est donc un total de 1.314.000 personnes assassinées à Birkenau pour les seuls trois mois, mai-juillet, de 1944.
28 juillet 1944 : le plan d'évasion de masse élaboré par les membres SK est de nouveau reporté car 837 détenus arrivent de Majdanek avec leurs gardes SS. Vu la présence soudaine d'un grand nombre de gardes dans Birkenau, accompagnés aussi de soldats de la Wehrmacht en fuite, tout projet d'évasion est voué à l'échec.
27 juillet 1944 : avec la fin de l'Aktion Hoess, de l'élimination des Juifs hongrois, les officiels nazis du camp se rendent à Solahütte pour fêter leur "réussite" et le départ imminent de Hoess. C'est un lieu de villégiature en Pologne pour les gardes, les administrateurs et le personnel auxiliaire nazi allemand des camps d'Auschwitz-Birkenau à environ 30 km d'Auschwitz. On boit et on chante aux airs d'accordéon.

29 juillet 1944 : Rudolf Hoess quitte Birkenau et retourne à son bureau près de Berlin. Il va recevoir la Croix du Mérite de Guerre pour le meurtre de masse des Juifs hongrois. Richard Baer (ancien assistant d'Oswald Pohl) prend la direction d'Auschwitz-Birkenau.
1er août 1944 : révolte de Varsovie jusqu'au 2 octobre 1944. Les Russes sont de l'autre côté de la Vistule mais n'interviennent pas. L'occupant nazi réprime durement la révolte du peuple polonais et la vieille ville est détruite. Pendant la seule journée du 5 août, les Allemands tuent quelques 40.000 civils polonais.
1er août 1944 : Olga Lengyel, une détenue attachée à l'infirmerie de camp des femmes, témoigne de la détention dans le camp B-III "Mexico" inachevé : dans un autre hôpital du camp, la section B-III (Mexico), on comptait environ 6.000 déportés en août 1944, bien moins que nos 35.000 (du camp B-I). On y disposait de chambres isolées pour les cas contagieux. Caractéristique de l’organisation irrationnelle des camps, cette section, plus petite, possédait une infirmerie dix fois plus grande que la nôtre, avec quinze médecins en service. Cependant, les conditions d’hygiène y étaient encore plus déplorables : il n’y avait aucune latrine, seulement des coffres en bois à l’air libre où les femmes étaient surveillées par les SS et les détenus.
2 août 1944 : après avoir liquidé le camp des familles de Theresienstadt, les autorités de Berlin ordonnent de liquider le camp des "gitans". Il ne reste que 2000 personnes encore en vie, parmi les quelques 23.000 qui avaient été internées dans ce camp spécial B-IIe. Car la plupart sont morts du typhus depuis leur arrivée à Birkenau. La procédure n'est cependant pas simple car les hommes se battent contre les gardes SS et même avec les membres SK qui les attendent dans la chambre à gaz. De son côté, le docteur Mengele réussit à extraire 14 jumeaux à ses fins d'expérience et les place dans une salle du crématoire 2 : il les tue par injection puis fait opérer leur autopsie par le Dr Miklos qui remarque : ce sont des enfants à qui Mengele lui-même distribuait de la nourriture, des bonbons et des jouets dans le camp. Et ils l’accueillaient avec joie, courant vers lui, chaque fois que ce "bon oncle" se présentait.
2 août 1944 : après le gazage des gitans, Otto Moll réunit les membres du SK dans le crématoire et tue le Kapo juif Jacob Kaminski qui organisait leur révolte. Il a sans doute été dénoncé. C'est un coup sévère pour le plan d'évasion des SK.
4 août 1844 : le détenu Alberto Errera réussit à prendre 4 photos du travail des commandos SK dansle bois de Birkenau. On voit des groupes de femmes nues courir vers la mort et aussi des commandos SK incinérer les corps en plein air.

9 août 1944 : début de l'arrivée de convois des Juifs du dernier ghetto actif en Pologne, celui de Lodz (Litzmannstadt en allemand) avec environ 70.000 personnes. Ils arrivent par convois de 10.000 personnes environ et près de 95% d'entre eux sont gazés dès leur arrivée. Cette déportation continue jusqu'au 30 août 1944.
11 août 1944 : arrivée à Birkenau de premiers convois de Polonais arrêtés pendant la révolte de Varsovie.
20 août 1944 : des avions américains survolent le complexe d'Auschwitz mais,là encore, ils se concentrent sur les installations industrielles de Monowitz qui vont faire l'objet de bombardements. Lors d'une frappe de cette date, 150 prisonniers de guerre britanniques sont tués.
23 août 1944 : en préparation de la révolte de Birkenau, les conspirateurs s'arrangent avec des détenues de l'usine Weischel Union Metallwerke pour se procurer des explosifs et des boites en métal pour fabriquer des grenades artisanales. Ils réussissent à en fabriquer une trentaine.
26 août 1944 : la nouvelle de la libération de Paris le 19 août parvient à Birkenau. Les détenus français ne peuvent à peine cacher leur joie. En réaction, les gardes SS pendent un Polonais et trois Français pour diffusion de "fausses nouvelles".
29 août 1944 : insurrection en Slovaquie. Les Allemands en reprennent le contrôle et les convois de Juifs slovaques, interrompus pendant deux ans, vont reprendre.
30 août 1944 : Otto Moll fait combler les anciennes fosses ardentes du bois de Birkenau pour dissimuler ce qui s'est déroulé en ces lieux.
5 septembre 1944 : arrivée d'Anne Frank et de sa famille à Birkenau dans un convoi en provenance de Hollande. Elle y passe environ deux mois. En novembre 1944, elle est transférée au camp de concentration de Bergen-Belsen, où elle est décédera en février ou mars 1945.
13 septembre 1944 : les bombardiers américains font plusieurs raids depuis cette date contre le complexe industriel de IG Farben à Monowitz. Des clichés de Birkenau sont aussi saisis où l'on peut voir les crématoires ainsi qu'un convoi sur la rampe. Tout a l'apparence d'un camp de prisonniers plutôt que d'un camp d'extermination, et aucune cible industrielle d'intérêt n'est visible.

15 septembre 1944 : pendaison publique du couple d'amoureux, Edek Galinski et Mala Zimetbaum, comme exemple. Mais les deux tentent de se tuer eux-mêmes plutôt que de mourir de la main d'un bourreau SS. Dans les deux cas, les gardes SS interviennent. Edek meurt en criant "Vive la Pologne". Quant à Mala, elle réussit à se procurer une lame de rasoir et tente de se trancher les veines sur la potence. Une détenue slovaque raconte : Alors qu'elle se trouvait déjà sur la plateforme d'exécution, pendant la lecture de la sentence, Mala se taillada les veines avec un rasoir qu'elle avait préparé à l'avance. Mais, comme pour Edek, on ne lui permit pas de mourir ainsi. Le rapportführer Taube accourut vers elle, et elle le gifla de ses mains ensanglantées. Au même instant, les SS la piétinèrent à mort sous les yeux de toutes les femmes du camp. Elle mourut (dans la brouette) en route pour le crématoire (le long de la Lagerstrasse).

23 septembre 1944 : Jacob Gabbay raconte l'élimination des premiers membres SK des crématoires IV et V, ce qui est mauvais présage pour le sort des autres SK : En septembre 1944, les Allemands annoncèrent : "Il n'y a pas assez de travail, on transfère deux cents prisonniers du SK des fours à un autre endroit." Ils ont fait sortir tous les deux cents anciens détenus et, à une distance de trois ou quatre kilomètres d'Auschwitz, ils les ont fusillés. Nous ne savions rien de cela.
Ensuite, leurs corps sont ramenés au crématoire III et, chose rare, brûlés par les SS eux-mêmes, les membres SK de ce crématoire ayant été consignés. On leur fit en revanche emporter leurs vêtements.
25 septembre 1944 : Otto Moll est relevé de ses fonctions aux crématoires de Birkenau et Peter Voss est de retour au même poste.
27 septembre 1944 : visite impromptue de Maurice Rossel, délégué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à Auschwitz. Cette visite n'est pas planifiée mais il est toutefois reçu par le commandant Hoess qui se contente de lui montrer quelques bâtiments (faits de briques) à Auschwitz. Il ne visite évidemment pas le site de Birkenau, où les détenus ont l'aspect de morts-vivants, ni les installations d'extermination. Son rapport ne mentionne ainsi qu'il n'a vu aucune d'extermination systématique mais seulement des baraquements en briques rouges et qu'il a pu constater le mauvais état de santé des prisonniers.
Il faut noter que l'initiative de Rossel ne pouvait être officielle car, à cette époque, le CICR n'avait mandat que de vérifier la condition de détention de prisonniers de guerre, et non de celle de civils détenus. Ce mandat formel de protection des civils ne sera consolidé qu'avec la 4ème Convention de Genève en 1949.
28 septembre 1944 : liquidation du camp des femmes B-IIc. Cela concerne environ 4000 détenues. La décision est prise par Mengele. Il allège le risque d'épidémie, mais c'est sans doute plutôt le manque de nourriture à fournir au camp. Les femmes sont transportées par camions à benne, la plupart du temps dans un silence résigné. Comme le note le Dr Miklos, pour elles, la vie avait perdu tout sens et tout but ; la prolonger n'aurait fait que prolonger leurs souffrances. Les camions arrivent devant les crématoires et déchargent les détenues pour être gazées puis incinérées.

5 octobre 1944 : tentative de liquidation d'un autre groupe de membres SK par voie déguisée. Peter Voss dresse une liste de 300 personnes qu'il doit, dit-il, envoyer à un autre camp. Les commandos se pressent de mettre à exécution leur plan d'évasion de masse ou sinon ils seront gazés petit à petit par groupes de 200-300. Tous ceux qui ont pris des notes ou mis par écrit des témoignages les cachent dans des boites et les enterrent dans le terrain autour de leur crématoire. Plusieurs de ces écrits seront retrouvés après guerre.
7 octobre 1944 : c'est le jour de la révolte des Sonderkommandos à Birkenau. Elle est déclenchée au crématoire IV en panique, sans attendre la nuit, car la sélection de Voss est devenue imminente pour ceux des crématoires IV et V. Quelques membres SK du crématoire IV mettent le feu aux structures en bois en début d'après-midi quand des camions SS viennent chercher ceux désignés à être "mutés" dans un autre camp. Voyant la fumée de loin, les SK du crématoire II fait exploser la salle des fours crématoires et une bataille s'ensuit mais les SS maitrisent les lieux avec leurs mitrailleuses.
Quelques semaines auparavant, il y avait environ 860 membres SK à Birkenau, puis 200 ont été liquidés. Ensuite environ 250 meurent pendant la révolte, 200 autres sont exécutés en représaile, et 212 autres sont laissés en vie pour maintenir les opérations du dernier crématoire actif, le crématoire III (dont les membres SK ne se sont pas révoltés car pris par surprise du déclenchement spontané au IV). Lors de la révolte, trois gardes ont été tués dont un jeté vivant dans un four.
14 octobre 1944 : une enquête de la Gestapo du camp est menée à l'usine de munitions pour identifier les détenues qui ont fourni de l'explosif aux membres SK.
15 octobre 1944 : coup d'état en Hongrie : Horty est déposé par les Allemands pour empêcher que la Hongrie ne rejoigne les Alliés. Les fascistes hongrois s'en prennent de nouveau aux Juifs.
20 octobre 1944 : liquidation de tous les garçons de moins de 18 ans. Cela correspond à environ 600 garçons. Mengele réussit cependant à garder ses "cobayes". Leib Langfuss, membre du SK restant, raconte la scène devant le crématoire : Ils portaient de longs costumes rayés (de taille adulte), usés jusqu'à la corde, et des chaussures ou des sabots en lambeaux. Les garçons étaient si beaux et si bien bâtis que même les haillons ne pouvaient le dissimuler. Ils comprirent aussitôt qu'on les menait à la mort. Paniqués, ils se mirent à courir dans la cour (du crématoire), s'arrachant les cheveux, ne sachant comment se sauver. Beaucoup se mirent à sangloter, et des gémissements perçants s'élevèrent. Le chef du commando et son aide les rouèrent de coups pour les forcer à se déshabiller, si violemment qu'ils cassèrent leur matraque. Nombre d'entre eux coururent désespérément vers les Juifs du SK, s'accrochant à eux et les suppliant de les laisser vivre. Nous restâmes paralysés par leurs pleurs déchirants. Les officiers SS, le sourire suffisant aux lèvres, sans la moindre pitié, avec l'air fier des vainqueurs, les poussèrent à coups de poing dans la chambre à gaz.
27 octobre 1944 : le démantèlement des crématoires inutiles commence. Jacob Gabbay raconte : Il n'y avait déjà plus de grands convois qui arrivaient, vingt jours après la révolte (du 7 octobre) toute l'affaire avait cessé. La destruction des fours crématoires a alors commencé. Pendant tout ce temps, nous étions extrêmement tendus, parce que nous pensions qu'ils nous tueraient pour que nous ne dévoilions pas au monde la vérité sur ce qui se passait à Auschwitz.
28 octobre 1944 : le dernier gazage de détenus est effectué à Birkenau pour un convoi de Juifs déportés du camp modèle de Theresienstadt. Il s'agit de 2000 personnes. Seulement environ 15% sont sélectionnés pour les travaux forcés et les autres sont envoyés à la mort.
31 octobre 1944 : Himmler donne l'ordre de stopper les gazages.
1er novembre 1944 : date de la dernière sélection de masse à Birkenau. Elle concerne le camp des femmes, B-I. Olga Lengyel, une détenue attachée à l'infirmerie de ce camp, raconte : Alors que l'Armée rouge progressait dans la plaine polonaise, l'espoir renaissait dans nos cœurs. Ceux qui croisèrent Herr (Josef) Kramer lors de ses inspections rapportèrent qu'il semblait de plus en plus anxieux. Un jour, il donna l'ordre suivant :"Le camp n° 1 doit être liquidé demain midi. Il doit être entièrement vide pour inspection. Signé : Kramer." Le nombre d'internées avait déjà diminué, mais il restait encore environ 20.000 femmes. Transférer un si grand nombre de déportés en Allemagne en si peu de temps était quasiment impossible. Pourtant, l'ordre de Kramer fut exécuté dans les délais impartis. Le lendemain après-midi, il ne restait plus rien au camp n° 1, hormis l'hôpital avec ses mille patients et le personnel hospitalier, y compris nous, à l'infirmerie. Nous n'avions aucune illusion sur le sort qui attendait nos patients et nous-mêmes. […] Nous passâmes une nuit blanche, toutes préoccupées par la même chose : la mort qui se cachait derrière l'aube naissante. […] Nous arrivâmes à l'hôpital. Quelques instants plus tard, le docteur Mengele apparut, suivi de vingt gardes SS. Quelques minutes plus tard, Josef Kramer entra d'un pas décidé. Sans répondre aux salutations de ses subordonnés, il s'arrêta au milieu de la pièce, les jambes écartées, les mains derrière le dos. Il aboya des ordres à son lieutenant. Une des ambulances servant à transporter les victimes à la chambre à gaz s'arrêta devant l'hôpital, suivie d'autres. Entre l'entrée de l'hôpital et les ambulances, les SS formèrent un cordon. D'autres SS ordonnèrent aux malades de monter dans les véhicules. La plupart des patientes étaient trop faibles pour se tenir debout, mais les gardes commencèrent à les frapper avec leurs matraques et leurs fouets. Une femme qui n'avait pas encore commencé à marcher fut saisie par les cheveux. Dans la mêlée, de nombreuses femmes tombèrent des koias (les couchages superposés) et se fracturèrent le crâne. Mes camarades et moi, impuissantes face à cette scène horrible, restâmes là, figés de terreur et de rage. Quelques malades tentèrent de s'échapper ou de résister, mais les SS se jetèrent dans les rangs et les battirent sans pitié. C'est indescriptible. Kramer nous confia alors une tâche "médicale" : retirer les blouses des patientes, seul vêtement qui leur restait, à ces pauvres femmes chassées de leur lit et gémissant sous les coups de fouet. Quelle raison pouvait bien justifier une telle demande ? Ces blouses n'étaient que des haillons, mais on ne posait pas de questions. […] Je ne saurais dire exactement combien d'ambulances et de camions remplis de malades partirent ce jour-là pour les fours crématoires. Et, à ce jour, je n'en ai qu'un souvenir confus, comme dans un brouillard. Je vois ces horribles SS, pris d'une folie destructrice, frappant aveuglément les malades, donnant des coups de pied aux femmes enceintes. Kramer lui-même avait perdu son sang-froid. Une lueur étrange brillait dans ses petits yeux, et il travaillait comme un fou. Je le vis se jeter sur une malheureuse et, d'un seul coup de matraque, lui fracasser le crâne. Du sang, rien que du sang. Du sang partout ! Sur le sol, les murs, les uniformes SS, leurs bottes. Enfin, une fois la dernière ambulance partie, Kramer nous ordonna de frotter le sol et de remettre la pièce en état. Étrangement, il s'attarda et supervisa lui-même le nettoyage. Nous travaillions comme des automates, incapables de réfléchir, de comprendre. Une seule pensée nous obsédait : la mort allait-elle bientôt nous frapper ?
25 novembre 1944 : Himmler donne l'ordre de démonter les crématoires superflus. Car, après le fiasco de Majdanek lorsque l'Armée Rouge a pu prendre le camp avec ses installations de chambres à gaz, il ne veut laisser aucune preuve de l'extermination de masse qui se déroulait à Auschwitz-Birkenau. Aussi, les crématoires II et III, les plus proches de la "rampe", commencent à être démontés. Comme le crématoire IV avait été détruit lors de la révolte d'octobre, il ne reste plus que le crématoire V qui est conservé en opération pour incinérer les cadavres. En même temps, compte tenu du nombre de gardes et autres qui sont envoyés vers d'autres camps, la vigilance nazie dans le camp de Birkenau commence à diminuer. Les Nazis sentent bien que le camp devra être évacué à tout moment selon l'avance de l'Armée Rouge.
25 novembre 1944 : Josef Kramer est muté de Birkenau et est envoyé pour commander le camp de Bergen-Belsen en Allemagne, après recommendation de Hoess à Pohl. Il y entre en fonction le 1er décembre 1944. Ce changement fait suite à l'inspection de Hoess dans ce camp qu'il décrit : Le camp était dans un état déplorable. Les baraquements des détenus, les bâtiments du personnel et même les casernes des gardes étaient en ruine. Les conditions sanitaires étaient bien pires qu'à Auschwitz. Malgré tout ce à quoi j'étais habitué à Auschwitz, je dois moi aussi qualifier les conditions ici de terribles.
26 novembre 1944 : dernière sélection parmi les quelques 200 membres SK restants. Comme le gazage est désormais interdit, les personnes choisies sont exécutées par balle et leur corps incinérés au crématoire V. Le pieux Lejb Langfuss, arrivé à Birkenau le 9 décembre 1942, fait partie de cette dernère sélection. Il aura survécu près de deux années dans le SonderKommando.
Environ 98 membres SK sont laissés en vie, dont 30 restent assignés au dernier crématoire pour incinérer les détenus décédés. Ils vont, pour la plupart, survivre à la guerre et seront les témoins de comment se déroulait l'industrie nazie de la mort.
29 novembre 1944 : l'enquête de la Gestapo à l'usine de munitions, pour identifier les détenues qui ont fourni de l'explosif aux membres SK, porte ses fruits. Il s'agit de 4 Juives polonaises qui vont être torturées puis pendues publiquement en début janvier 1945.
5 décembre 1944 : près de 100 femmes détenues sont affectées à aider les membres du SK dans la démolition des crématoires II et III. Car il s'agit de précipiter cette démolition avant l'arrivée des Russes. C'est la première fois dans l'histoire d'Auschwitz que des femmes détenues pénètrent dans un crématoire et en ressortent vivantes !
21 décembre 1944 : Himmler ordonne l'évacuation des camps d'Auschwitz.
21 décembre 1944 : sur des photos aériennes prises par des avions américains en ce jour, on constate qu'à Birkenau la clôture et les miradors du B-III "Mexico" sont démontées, que la couverture de la chambre à gaz et du vestiaire en sous-sol du crématoire II ont été enlevés, La clôture autour des crématoires II et III a été supprimée. Les environs des crématoires sont jonchés de ruines.
26 décembre 1944 : bombardement américain du complexe industriel d'IG Farben à Monowitz. Le suivant sera exécuté le 19 janvier 1945.
31 décembre 1944 : en vue de l'évacuation du camp, il est décidé d'éliminer les enfants encore valides plutôt que de leur imposer la "marche de la mort". Comme les chambres à gaz se sont plus opérationnels, les Nazis usent d'un stratagème cruel, raconté dans mon autre article (en anglais: utilisez Google) : cliquez ici.

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