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Auschwitz: chronologie 1945-1946

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Avant de poursuivre cette chronologie de l'histoire du camp d'Auschwitz, assurez-vous d'avoir lu au prélable les chronologies précédentes en commençant par la période 1940-1941. Pour cette lecture, cliquez ici. Ici nous finissons la chronologie avec l'année 1945.


1er janvier 1945 : il ne reste que le crématoire V toujours utilisé. Environ 100 membres du SK sont encore en vie, dont 30 affectés à ce crématoire.


5 janvier 1945 : plusieurs détenus polonais du camp, membres du SK et Kapos, sont transférés au camp de Matthausen et marqués comme "porteurs du secret" (de l'extermination des Juifs). Ils sont abattus le 3 avril 1945, pour ne laisser aucun témoin, et incinérés.


6 janvier 1945 : exécution de 70 Polonais après sentence par une cour martiale. De plus, les quatre détenues juives assignées à l'usine des munitions, et accusées d'avoir fourni la dynamite aux membres du SK pour la révolte du 7 octobre 1944, sont pendues de façon publique, comme exemple.


10 janvier 1945 : ce qui reste du Sonderkommando est déplacé dans le bloc 16 du secteur B-IId à Birkenau. Ce bloc n'est pas isolé des autres et ils peuvent, pour la première fois, se déplacer librement dans le camp B-IId.


15 janvier 1945 : pour la première fois, des bruits de combats se font entendre au lointain : signe que l'Armée Rouge approche.


17 janvier 1945 : Dr Mengele, médecin-chef du camp, a hâte d'abandonner lui aussi son poste au plus vite... La détenue Olga, assignée à l'infirmerie, raconte : Le docteur Mengele était un lâche : ceux qui travaillaient à la Schreibstube (bureau administratif) savaient qu'il employait des ruses ignobles pour échapper au front. Lorsque les SS quittèrent le camp en masse, Mengele trouva une mission spéciale qui rendait sa présence à Birkenau indispensable. Un jour, il vint à l'infirmerie et déclara que, par notre négligence, l'épidémie de typhus avait atteint des proportions telles que toute la région d'Auschwitz était menacée. Hélas, des épidémies de typhus faisaient rage dans le camp, mais à ce moment-là, nous n'avions que relativement peu de victimes. Le même jour, il nous envoya une grande quantité de sérum et ordonna des vaccinations de masse. Nous travaillions dès 6 heures du matin devant l'infirmerie, car le docteur Mengele nous avait interdit de vacciner à l'intérieur. Il faisait froid et nous avions les doigts engourdis, mais des milliers d'internés attendaient d'être vaccinés et nous devions travailler sans relâche jusque tard dans la nuit. Le docteur Mengele était pressé par le temps ; il avait besoin d'un rapport impressionnant à envoyer à Berlin (personnellement et pour quitter Birkenau) au plus vite. Son comportement était aberrant. Il nous accusa de saboter la vaccination ; aussi, obéissant à son ordre, nous suspendîmes la vaccination le lendemain ; aussitôt, il entra dans une rage folle et nous accusa, une fois de plus, de nouveau sabotage.

En final, Mengele quitte Birkenau en toute hâte le 17 janvier 1945, avec son rapport médical "urgent" à apporter à Berlin. Il prend sa voiture pleine à craquer et abandonne ses pathologistes et ses jumeaux à leur sort.


17 janvier 1945 : les Nazis commencent l'évacuation de Birkenau ce jour-là et les jours suivants. Les détenus sont forcés de marcher avec leurs haillons, sur la neige et dans le froid de janvier. Ceux qui tombent à terre, de fatigue, sont immédiatement tués par balle par les gardes SS qui accompagnent ce convoi à pied. Au total, ce sont quelques 60.000 détenus forcés dans cette "marche de la mort" dont environ 15.000 d'entre eux ne survivront pas.


Marches de la mort
Marches de la mort (dessin de David Olere)

17 janvier 1945 : le soir, c'est le dernier "appel" des détenus à Birkenau, qui sont aussitôt dirigés vers le camp d'Auschwitz-I. Cet appel concerne aussi les membres SK, à qui les SS disent ensuite de se rendre au bloc 16 du secteur B-IId et d'attendre là-bas. Les SK se doutent que, une fois les détenus "normaux" évacués du camp, les SS viendront abattre les membres du SK comme témoins gênants.


17 janvier 1945 : ce même jour de l'évacuation d'Auschwitz, Hitler entre dans son bunker à Berlin et n'en sortira plus jusqu'à son suicide. Coïncidence : cette date est le 3 Shevat du calendrier hébraïque et c'est le 3 Shevat en 1933 (qui tombait le 30 janvier) qu'Hitler a été choisi Chancelier d'Allemagne. Ainsi, le jour de sa montée au pouvoir a aussi été le jour de sa descente vers les ténèbres.


18 janvier 1945 : L'Armée Russe libère Cracovie, située à 60 km à l'est d'Auschwitz. L'évacuation du camp de Birkenau se termine ce jour-là. Les membres du SS se mêlent discrètement aux autres détenus dans les rangs du départ. Les gardes SS n'y prennent garde car ils sont trop activés à faire démarrer le long cortège vers l'ouest au plus vite. Il est probable que les derniers SS de la Gestapo se mettent à chercher les membres SK mais, compte tenu que les listes de détenus et autres archives ont déjà été brûlées la veille et qu'aucune liste n'est établie sur la composition des détenus à évacuer, il leur est impossible avec le temps qui manque de trouver ces membres SK dans la masse des détenus au départ.

Enfin, à minuit dans la nuit du 18 au 19 janvier, c'est le départ. Jacob Gabbay raconte : Un vent glacé soufflait, il faisait – 20 °C, la terre était couverte de neige. Notre marche commençait, nous laissions Auschwitz en arrière. Chaque seconde, nous entendions le bruit des "boum-boum" (de l'artillerie russe au oin). Celui qui ne pouvait pas marcher était fusillé. La neige était rouge de sang.

Un groupe de SS et les détenus malades, y compris les enfants laissés par Mengele, restent encore sur place dans le camp.


Trajets des marches de la mort
Trajets des marches de la mort (source : musée de l'Holocauste aux USA)

19 janvier 1945 : bombardement final de l'aviation US contre le centre industriel d'IG Farben à Monowitz, un jour après l'évacuation des détenus (dont Elie Wiesel et son père). Quant à Primo Levi, lui aussi détenu à Monowitz, il est alors malade et reste dans l'infirmerie du camp jusqu'à la libération du camp par les Russes.


19 janvier 1945 : les membres du SK cachés parmi les détenus se font toutefois remarqués par leur bonne mine apparente et leurs habits ad-hoc pour la marche. Car ils ont toujours bénéficié dans leur besogne des largesses de la part des SS, tant au niveau nourriture qu'au niveau des vêtements qu'ils pouvaient prendre auprès des membres de Kanada. Une dénonciation, par jalousie de leur sort, aux gardes SS aurait signé leur arrêt de mort. Jacob Gabbay raconte : Vers dix heures du matin, nous sommes arrivés dans un village polonais. Quelques prisonniers d'origine polonaise qui connaissaient le chemin et savaient la langue ont pu s'enfuir.

On nous demandait : "Comment se fait-il que tout le monde meurt de faim. Il n'y a que vous qui ayez l'air en bonne santé ?" Nous ne leur avons pas raconté que nous étions dans le SK, nous avons dit que nous avions effectué toute sorte de besognes et que tout simplement nous avions tenu le coup.


19 janvier 1917 : Rudolf Hoess, qui avait été envoyé par Berlin à Auschwitz afin d'aider à préparer le départ des détenus, arrive trop tard mais rencontre le long cortège hétéroclite ce jour-là. Il décrit : J’ai vu des colonnes de prisonniers se frayer un chemin avec difficulté dans la neige épaisse, sans nourriture. La plupart des sous-officiers qui menaient ce cortège de morts-vivants ne savaient plus où aller. Il était facile de suivre cette piste de souffrance humaine car tous les quelques centaines de mètres, on tombait sur un prisonnier effondré ou abattu. Les morts au bord de la route n’étaient pas seulement des prisonniers, mais aussi des réfugiés, des femmes et des enfants. À la sortie d’un village, j’ai vu une femme assise sur une souche d’arbre, berçant son enfant et chantant. L’enfant était mort depuis un certain temps et la femme avait perdu la raison.

La présence de civils dans cette marche de la mort peut se comprendre. Auschwitz étant situé dans la partie de la Pologne qui avait été annexée au Reich, et peuplée de Polonais germanophones, eux aussi peuvent craindre les mauvais traitements de la part des Russes !


20 janvier 1945 : à cette date, une avant-garde de l'Armée Rouge arrive à 60km à l'est de Berlin ! Mais l'assaut final contre la capitale du Reich ne débutera que trois mois plus tard, après que l'Armée Rouge ait continué de sécuriser tout le front. La panique gagne les rangs allemands. Le lieutenant-gal. SS Schmauser (commandant la région d'Auschwitz) ordonne d'exécuter au plus vite tous les détenus ayant été incapables de quitter les camps avec la marche. Il avait reçu la consigne de Pohl qui lui avait transmis le message d'Himmler de ne pas laisser dans les camps aucun détenu invalide. Aussitôt un groupe de SS mis son ordre à exécution. Ils font aussi sortir les quelques 200 femmes malades du camp et les abatttent. Puis ils font sauter les crématoires II et III dont la démolition manuelle avait été inachevée. Dans les jours qui suivent, environ 700 autres détenus d'Auschwitz, de Birkenau et des camps annexes sont ainsi fusillés par ce groupe SS dirigé par le chef de section de travail Richard Perschel. Mais il reste encore quelques 8000 détenus et malades, au total à Auschwitz, Birkenau et Monowitz, qui échappent à la mort certaine car ces derniers SS se sauvent le 25 janvier avant l'arrivée des soldats russes.


Les morts de la nuit déposés devant les baraques
Camp des femmes : les mortes de la nuit sont déposées devant les baraques (cliché extrait d'un film de l'Armée Rouge)

21 janvier 1945 : de retour à Berlin, Hoess apprend que l'Armée Rouge arrivera bientôt aux portes de la ville. Les forces soviétiques comptaient plus de deux millions de soldats, 100.000 véhicules et 6000 chars, tandis que Berlin continuait de subir les bombardements aériens incessants des Alliés. Quand Hedwig Hoess revoit son mari, elle l'interroge sur leur avenir : Comment allons-nous gagner la guerre ? Avons-nous encore des atouts qui pourraient faire pencher la balance en notre faveur ? Mais Hoess n'a aucune raison d'espérer. Il a pu constater la dégradation de l'Allemagne ces derniers mois. Aussi, en réponse, il commence à organiser le départ de sa famille de la capitale. Son plan est de les installer au nord de l'Allemagne, auprès de son beau-frère.


23 janvier 1945 : les SS mettent le feu aux baraques et entrepôts de Kanada à Birkenau, dans le but d'effacer les traces des effets personnels ayant appartenu aux déportés gazés.


26 janvier 1945 : dans la nuit du 25 au 26 janvier 1945, vers 1 heure du matin, le crématoire V, qui restait seul encore intact, est dynamité par le groupe SS avant qu'ils ne prennent la fuite.


27 janvier 1945 : arrivée des premiers soldats de l'Armée Rouge à Auschwitz vers 15 heures. Dans la région, ils trouvent des survivants : environ 1200 à Auschwitz, environ 5800 à Birkenau et 600 à Monowitz. Au sujet de la libération d'Auschwitz, cliquez ici. Chose improbable mais authentique, c'est un soldat juif de l'Armée Rouge (division ukrainienne) qui entre le premier dans Birkenau avec son tank T-34 : il s'agit de David Dushman. Il a raconté : Nous leur avons jeté toutes nos conserves et nous nous sommes immédiatement mis à traquer les fascistes. Dushman est mort en 2021 à l'âge de 98 ans.

Le général de l'Armée Rouge Vassili Petrenko déclare : Moi qui voyais des gens mourir chaque jour, j'étais horrifié par la haine indescriptible des nazis envers les détenus, réduits à l'état de squelettes vivants. J'avais lu dans divers tracts des récits du traitement infligé aux Juifs par les nazis, mais rien sur le traitement réservé aux femmes, aux enfants et aux vieillards. C'est à Auschwitz que j'ai découvert le sort réservé aux Juifs.


Prisonniers d'Auschwitz lors de la libération du camp
Prisonniers d'Auschwitz lors de la libération du camp (cliché extrait d'un film de l'Armée Rouge)

7 février 1945 : tous les survivants trouvés à Birkenau sont transportés par les soldats russes à Auschwitz qui offre de meilleures conditions de logement dans des bâtiments en briques. Ce transfert dure environ deux semaines.


28 avril 1945 : Hitler rédige son testament. Jusqu'au dernier moment, sa haine féroce envers les Juifs est la raison de toutes ses pensées. Il les accuse encore d'être à l'origine de la guerre. C'est sa justification de la défaite allemande. Il se suicide deux jours après.


28 avril 1945 : à Flensburg, à l'école navale et HQ de l'amiral Doznitz, Himmler fait un dernier discours aux officiels SS qui sont sur place, dont Rudolf Hoess. Il leur déclare : Le destin me réserve une grande mission, que je devrai accomplir seul. Voici donc mon dernier ordre : disparaissez dans la Wehrmacht ! En quelque sorte, cachez votre passé SS et présentez vous comme de simples officiers de l'armée régulière.

Et Hoess note ensuite dans ses mémoires : Tel était le message d'adieu de l'homme que j'admirais tant, en qui j'avais une foi inébranlable, et dont les ordres, dont chaque mot, étaient pour moi une parole d'évangile. Mais Hoess écoute toutefois le dernier ordre de son maitre, enfile un uniforme de la marine et tentera de se faire passer pour un simple membre de la Kriegsmarine, la marine allemande.


5 mai 1945 : capitulation allemande et jour de l'armistice.


7 mai 1945 : l'agence de presse soviétique TASS informe le monde des crimes et atrocités découverts lors de la libération d'Auschwitz, après que des médecins russes soient envoyés sur place pour analyser les anciens détenus et recueillir leurs témoignages.


18 mai 1945 : dans le camp libéré de Bergen-Belsen par les Britanniques, le docteur Fritz Klein qui avait travaillé à Birkenau raconte lors d'un interrogatoire : à l'arrivée des convois à Auschwitz, il incombait aux médecins de sélectionner les personnes inaptes ou incapables de travailler, parmi lesquelles des enfants, des personnes âgées et des malades. J'ai vu les chambres à gaz et les crématoires d'Auschwitz et je savais que les personnes que je sélectionnais étaient destinées à la chambre à gaz, mais je n'ai fait qu'obéir aux ordres du docteur Wirths (médecin-chef). Je ne saurais dire de qui le docteur Wirths tenait ses ordres et je n'ai jamais vu d'ordre écrit relatif au gazage des prisonniers. […] Bien que des gardes SS fussent présents, ils ne participaient pas activement à la sélection des personnes inaptes au travail. […] Je n'ai jamais protesté contre l'envoi de personnes à la chambre à gaz, même si je n'y étais jamais consentant ; on ne peut pas protester dans l'armée. […] J'ai entendu dire qu'Himmler avait visité le camp d'Auschwitz, bien que je ne l'aie jamais vu. Les hautes instances savaient pertinemment que ces méthodes étaient utilisées au camp d'Auschwitz.


23 mai 1945 : Himmler se suicide peu après sa capture quand il réalise que les Alliés ne feraient aucun arrangement avec lui, ayant été responsable de l'extermination de millions d'individus.


24 mai 1945 : un comité polonais contre les crimes de guerre est établi à Cracovie. Quelques anciens membres du SK retournent à Auschwitz pour témoigner. L'un d'eux, Henryk Tauber, est un témoin occulaire de premier ordre et il est le premier à mentionner un certain Josef Mengele, surnommé l'ange de la mort.


17 septembre 1945 : au procès de Bergen-Belsen à Lunebruck, le nom et le rôle de Rudolf Hoess fait surface. Josef Kramer, qui avait été son adjoint à Auschwitz, déclare que Hoess avait supervisé la construction et l'opération des chambres à gaz qui ont tué des millions de personnes. Le New York Times décrit alors Hoess comme "le personnage manquant" de ce tribunal. Les autorités britanniques se lancent à la recherche de Hoess. Il sera retrouvé en mai 1946.


Irma Grese et Josef Kramer
Irma Grese et Josef Kramer au procès de Bergen-Belsen à Lunebruck

17 novembre 1945 : fin du procès de Bergen-Belsen à Lunebruck. Sur les 45 accusés, 30 ont été reconnus coupables de crimes de guerre : 19 d'entre eux ont été condamnés à des peines de prison et 11 à la peine de mort par pendaison. Plusieurs de ces officiers SS avaient servi à Auschwitz et Birkenau avant Bergen-Belsen.


20 novembre 1945 : ouverture du procès de Nuremberg contre les dirigeants nazis. Il durera jusqu'au 1er octobre 1946. En guise d'ouverture du procès, le juge principal Robert Jackson déclare : les torts que nous cherchons à condamner et à punir ont été si calculés, si malveillants et si dévastateurs que la civilisation ne peut tolérer qu’on les ignore, car elle ne peut survivre à leur répétition.


13 décembre 1945 : exécution par pendaison des condamnés du procès de Bergen-Belsen. La liste inclut Josef Kramer et le docteur Klein, mais aussi des femmes gardiennes dont Irma Grese, surnommée "la chienne de Belsen". Pendant son service dans le camp des femmes à Birkenau, elle avait toujours un berger allemand à ses côtés.


17 septembre 1945 : au procès de Bergen-Belsen à Lunebruck, le nom et le rôle de Rudolf Hoess fait surface. Josef Kramer, qui avait été son adjoint à Auschwitz, déclare que Hoess avait supervisé la construction et l'opération des chambres à gaz qui ont tué des millions de personnes. Le New York Times décrit alors Hoess comme "le personnage manquant" de ce tribunal. Les autorités britanniques se lancent à la recherche de Hoess.


12 mars 1946 : arrestation de Rudolf Hoess. L'annonce de cette capture fait grand bruit dans la presse, d'autant que le procès de Nuremberg piétine car les chefs nazis tentent de jouer l'ignorance de la Solution Finale et que l'accusation manque de preuves et de témoins. Mais les crimes de Hoess avaient été commis en Pologne et les Alliés s'étaient engagés à traduire en justice les criminels de guerre dans les pays de leurs actes. Hoess doit donc être jugé à Cracovie par le tribunal polonais. Mais un procureur américain à Nuremberg a l'idée de faire comparaître Hoess comme témoin, et non comme accusé, afin de confirmer le génocide ! Cela équivaut à utiliser Hoess comme témoin à charge pour confondre les chefs nazis qui prétendaient ignorer le génocide.


Arrestation de Rudolf Hoess
Arrestation de Rudolf Hoess

1er avril 1946 : Hoess arrive à Nuremberg comme témoin. Il est d'abord interrogé par le procureur puis par un psychiatre à qui il déclare : Vous voyez, en Allemagne, on comprend que, si quelque chose tourne mal, celui qui a donné les ordres en est responsable. […] Je suis tout à fait normal. […] Même pendant mes travaux d'extermination, je menais une vie de famille normale. Plus tard, il dira aussi : J'étais simplement le directeur du programme d'extermination à Auschwitz. C'est Hitler qui l'a ordonné par l'intermédiaire d'Himmler, et c'est Eichmann qui m'a donné les ordres concernant les convois.


15 avril 1946 : Rudolf Hoess prend la barre des témoin au procès de Nuremberg. Il déclare : J'ai commandé Auschwitz jusqu'au 1er décembre 1943 et j'estime qu'au moins 2.500.000 victimes y ont été exécutées et exterminées par gazage et immolation, et qu'au moins un demi-million d'autres ont succombé à la famine et aux maladies, ce qui porte le nombre total de morts à environ 3.000.000. Ce chiffre représente environ 70 % à 80 % de toutes les personnes envoyées à Auschwitz comme prisonniers, les autres ayant été sélectionnées et utilisées comme main-d'œuvre servile dans les industries du camp de concentration. Parmi les personnes exécutées et brûlées figuraient environ 20.000 prisonniers de guerre russes (précédemment sélectionnés par la Gestapo pour les cages de prisonniers de guerre) qui ont été acheminés à Auschwitz dans des convois de la Wehrmacht conduits par des officiers et des soldats réguliers de la Wehrmacht. Le reste du nombre total de victimes comprenait environ 100.000 Juifs allemands, ainsi qu'un grand nombre de citoyens (principalement juifs) originaires des Pays-Bas, de France, de Belgique, de Pologne, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Grèce et d'autres pays. Nous avons exécuté environ 400.000 Juifs hongrois à Auschwitz seulement, durant l'été 1944.

Un commentateur exprime le sentiment général de la salle : Le moment le plus pénible de tout le procès a été d'entendre un homme avouer de sa propre bouche avoir exterminé de sang-froid deux millions et demi de personnes. C'est quelque chose dont on parlera pendant mille ans. Même Hermann Goering partage son choc après avoir entendu le témoignage de Hoess.


Rudolf Hoess au procès de Nuremberg
Rudolf Hoess au procès de Nuremberg

16 avril 1946 : Hans Frank, l'ancien chef du GeneralGouvernement, est de nouveau interrogé à Nuremberg. Question : Avez-vous participé à l’extermination des Juifs ? Sa réponse cette fois est positive: Oui, car je suis rongé par la culpabilité depuis cinq mois, et en particulier par la déclaration de Rudolf Hoess. L'accusation peut enfin respirer : les principaux criminels de guerre vont commencer à avouer leur culpabilité.


25 mai 1946 : Hoess est envoyé à Cracovie pour son propre procès sur le lieu de ses crimes. Mais son procès se déroulera finalement à Varsovie du 11 au 29 mars 1947. Entretemps, à Cracovie, il va écrire ses mémoires après la suggestion du juge qui lui recommande de coucher par écrit des notes sur le fonctionnement du camp, le caractère des officiers SS sous son commandement, etc.

Après son procès, où pas moins de 80 anciens détenus témoigneront à la barre, Hoess sera condamné à mort le 2 avril 1947 pour la mort de 300.000 Polonais et prisonniers de guerre russes, et de 4 millions de Juifs. Hoess sera pendu le 16 avril 1947 dans le camp d'Auschwitz sur le lieu même où avaient eu lieu les pendaisons de détenus, à côté du four crématoire et de la maison où il avait habité avec sa famille.


Pendaison de Rudolf Hoess à Auschwitz
Pendaison de Rudolf Hoess à Auschwitz

Pour retourner à la chronologie précédente, cliquez ci-dessous.



C'est la fin de cette chronologie. N'hésitez pas à me contacter pour toute erreur.


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