Auschwitz: chronologie 1942
- Apr 15
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Updated: May 8
Avant de poursuivre cette chronologie de l'histoire du camp d'Auschwitz, assurez-vous d'avoir lu au prélable la chronologie précédente pour la période 1940-1941. Pour cette lecture, cliquez ici. Ici nous continuons la lecture de la chronologie d'Auschwitz pour l'année 1942.
Janvier 1942 : le nouveau bâtiment incluant une chambre à gaz attenante à un four crématoire est opérationnel à Auschwitz. Le problème restant à résoudre est le niveau de bruit causé par les cris de victimes, difficile à cacher des bâtiments les plus proches. Les SS activaient le moteur de deux motos pour tenter d'étouffer les cris.
15 janvier 1942 : Karl Fritzsch, l'adjoint de Rudolf Hoess à Auschwitz, et celui qui avait eu l'idée d'utiliser le Zyklon-B pour gazer les détenus, est transféré au camp de Flossenbürg en Allemagne.

19 janvier 1942 : en préparation à la conférence de Wannsee le lendemain, Himmler crée le Bureau économique et administratif principal de la SS (WVHA) sous la direction du général Oswald Pohl. Après Himmler et Heydrich, Pohl devient le troisième personnage le plus puissant de la SS. Il a la charge des 20 camps de concentration (dont Auschwitz) et des 165 camps de travail. En outre, il dirige tous les projets de construction et gère toutes les entreprises économiques de la SS (dont les contrats avec IG Farben).
20 janvier 1942 : la conférence de Wannsee a lieu ; c'est une réunion de travail convoquée par Heydrich pour la mise en œuvre de l’ordre reçu de Göring, datée du 31 juillet 1941, concernant les Juifs. La réunion se compose de 15 participants dont 8 qui ont un doctorat ! La réunion devait avoir lieu le 9 décembre 1941 mais l'attaque de Pearl Harbour et l'entrée en guerre des USA causa un changement chez Hitler. En effet, en juillet 1941, le terme "Solution Finale" signifiait la déportation les Juifs du Reich vers l'est. Mais, à présent, Hitler souhaite que la "Solution Finale" ait pour but la destruction des Juifs d'Europe (c'est-à-dire près de 10 millions de personnes, de tous âges). Pour ce faire, un plan détaillé a été rédigé par Adolf Eichmann pour être présenté à la réunion. Une partie des discussions ne porte même pas sur le meurtre en masse de civils juifs mais sur la définition juridique de qui est Juif. Car une partie des Allemands sont "métis" nés d'un parent juif et d'un autre non-juif. Pour ces cas, il est décidé de leur offrir le choix entre la stérilisation et la déportation. Le problème urgent des Juifs d'URSS occupée est également abordé. Le rapport des décisions de cette réunion est ensuite diffusé au sein de l'administration nazie mais le langage est voilé : seuls ceux qui doivent comprendre comprendront.
25 janvier 1942 : quelques jours après la conférence de Wannsee, Himmler ordonne à Richard Glücks de préparer les camps à l'arrivée immédiate de 100.000 hommes juifs et 50.000 femmes juives évacués du Reich. Ils doivent êtres employés comme main-d'œuvre en remplacement des prisonniers de guerre russes, de plus en plus rares car presque tous déjà morts de sévices ou de famine dans les camps. Glücks, officiellement sous les ordres d'Oswald Pohl, est en charge de l'utilisation des détenus des camps de concentration pour le travail forcé. C'est lui qui, le 21 février 1940, avait recommandé à Himmler et à Heydrich le site d'Auschwitz, une ancienne caserne polonaise, comme camp de concentration.
Février 1942 : Réunion à Bratislava entre Dieter Wisliceny (envoyé d'Eichmann) et Vojtech Tuka, Premier ministre de Slovaquie (alliée de l'Axe), pour décider du sort des Juifs slovaques. Ce dernier souhaite que l'Allemagne déporte des familles entières, jugeant "non chrétien" de séparer parents et enfants. Mais le Reich ne souhaite pas de la main-d'œuvre non productive (dont les enfants). La Slovaquie propose de payer 500 Reichsmarks par Juif déporté, de tout âge, en échange de quoi, les Allemands déporteront des familles entières avec la promesse que les Juifs ne reviendront jamais. Cette mesure est présentée comme humanitaire pour préserver l'unité des familles juives ! Ainsi la Slovaquie a vendu ses Juifs aux Nazis. Bien entendu, les Nazis ont un autre plan que de nourrir la main-d'œuvre non productive : leur extermination.
15 février 1942 : premier convoi de Juifs à Auschwitz. Ils proviennent de régions voisines de Silésie, dont ceux de la ville de Bytom près de Katowice. La communauté juive de cette ville y était installée depuis le 13ème siècle. Ils sont gazés et incinérés dès leur arrivée, dans le nouveau bâtiment crématoire du camp.
23 février 1942 : Theodor Dannecker, de la section IVb (dirigée par Eichmann), se rend à Sofia et signe un accord avec le gouvernement bulgare pour la déportation de 20.000 Juifs, avec la promesse que la Bulgarie ne les réclamerait pas. Mais leur déportation ne se fera qu'en fin mars 1943, en même temps que celle des Juifs grecs.
27 février 1942 : Rudolf Hoess prend la décision d'établir une chambre à gaz dans les bois de Birkenau, en dehors d'Auschwitz, pour éviter le bruit des cris de victimes. Une petite maison doit être transformée au plus vite : les fenêtres doivent être murées, etc., et deux espaces clos doivent être créés pour servir de chambres à gaz. Cette maison est appelée "La Petite Maison Rouge" ou Bunker 1. Hoess peut désormais tuer en secret, sans déranger ni les détenus ni sa famille logée dans une maison proche du camp. Ce Bunker n'offre cependant pas de four crématoire : les corps doivent être enterrés dans des fosses communes dans la prairie à côté. Hoess estima qu'environ 70.000 prisonniers de guerre russes ont été éliminés dans ce Bunker.
Pour la même raison du bruit des victimes gazées, l'idée initiale de construire un second bâtiment de gazage à Auschwitz est écartée. Le site choisi pour de nouvelles constructions de ce type est Birkenau, aussi appelé Auschwitz-II.
Autre nouveauté, pour ainsi dire : la formation de SonderKommando (SK, ou commando spécial). Ce sont des détenus choisis dans chaque convoi pour le travail de faire disparaître les corps gazés. Au début, après ce travail morbide, ces membres SK sont eux-mêmes tués par injection au phénol dans le camp d'Auschwitz, avant d'être incinérés au crématoire sur place. Ainsi les commandos SK sont initialement renouvelés avec chaque convoi.
Ainsi, à cette date, le camp de travail Auschwitz est augmenté du camp d'extermination Birkenau.

20 mars 1942 : les derniers prisonniers de guerre russes qui ont travaillé à la construction du camp de Birkenau sont gazés dans le Bunker nouvellement opérationnel. Ils sont les premiers à y être gazés. En même temps, les premiers détenus sont installés dans ce nouveau camp de Birkenau. Les conditions y sont pénibles car tout n'est pas encore fonctionnel notamment l'eau, l'aide médicale, les approvisionnements, etc. Nombre de détenus sont renvoyés comme cadavres à Auschwitz pour y être incinérés.
21 mars 1942 : dans le camp d'Auschwitz, la clôture qui séparait le camp de détenus polonais de celui des prisonniers russes (envoyés à Birkenau, ou déjà morts) est abattue : elle est remplacée par un mur en béton. La rumeur circule que le camp russe allait servir comme camp pour les femmes détenues. Jusqu'alors, Auschwitz était un camp pour les hommes seulement.
26 mars 1942 : La rumeur s'est avérée vraie : le premier convoi de femmes est arrivé en mars 1942. Il s'agit de quelques 1000 adolescentes juives de Slovaquie. Plusieurs sont jugées trop jeunes, donc inaptes aux travaux forcés, et sont envoyées directement au Block 11, celui de la mort certaine devant le mur noir. Comme d'habitude, le tortionnaire Palitzsch est en charge de ces exécutions par balle à bout portant. Kielar, détenu polonais, raconta : Gienek (le brancardier) pleurait sans retenue et tapait du poing contre le mur humide de la morgue comme un grand enfant qui a subi une injustice. "On leur a donné l'ordre de se déshabiller ; c'était la première fois de ma vie que je voyais une femme nue, et il a fallu que ce soit dans ces circonstances que je la vois, elle ; les autres (les SS) lui faisaient honte ; ils l'ont gardée jusqu'à la fin ; il a repoussé ses cheveux, ses longs cheveux avec le canon du fusil. (Gienek) Obojski ne se contrôlait plus, il enfonçait ses ongles dans le mur et était agité de soubresauts qui manquaient de l'étouffer. "Si jamais elle m'a vu," continua-t-il. "Elle a fait le signe de croix avant qu'ils ne tirent ; elle est tombée en avant sur le visage… Le type (SS) l'a retournée du bout de sa botte… Et je voulais… mais Théo… ils le paieront… (…) Depuis ce moment, Gienek n'était plus le même. Son regard avait perdu sa naïveté et le sourire enfantin avait disparu de son visage qui n'exprimait plus que de l'amertume. Il se durcit et se mit à ressembler à Théo, devenant indifférent à tout.
27 mars 1942 : presqu'en même temps arrive à Auschwitz un contingent de femmes SS pour être les gardes du camp de femmes. Elles ont été formées à cette tâche au camp de Ravensbrück. La cadence des convois de femmes va vite augmenter : détenues polonaises et même allemandes (criminelles de droit commun et prisonnières politiques dont Eléonore Hodys, autrichienne). En une semaine, tous les bâtiments destinés aux femmes se remplissent. Les officiers SS du camp organisent pour leurs collègues féminines une party de bienvenue comme le raconte le détenu Tadeusz Rybacki : C'était une fête de gangsters. Ils chantaient, buvaient, se tapaient dans le dos et l'alcool coulait à flots. […] Une grosse femme ivre marchait en titubant, allant sans doute aux toilettes, et elle nous a vus [les serveurs polonais] debout et a commencé à nous faire des gestes suggestifs. Nos visages sont restés figés, et nous nous sommes chuchotés : "Qu'est-ce qu'elle veut, cette garce ?"

30 mars 1942 : le premier convoi de Juifs français arrive à Auschwitz. Il était parti de France le 27 mars et transportait 1112 hommes en provenance des camps de transit de Drancy et de Compiègne. Les déportés inaptes aux travaux forcés sont gazés dans le Bunker, puis les commandos SK leur retirent leurs dents en or et coupent les cheveux. Les cadavres sont ensuite enterrés dans des fosses communes.
Avril 1942 : Déposition de Wisliceny au procès de Nuremberg le 3 janvier 1946 : Himmler a donné l'ordre en avril 1942 de ne pas tuer immédiatement les Juifs qui pourraient être utilisés comme main-d'œuvre, d'où le principe de "sélection".
Avril 1942 : avec l'arrivée de plusieurs convois de Juifs slovaques, une nouvelle équipe Sonderkommando est constituée pour le Bunker. Le SK compte alors 200 membres. La déportation des Juifs slovaques s'est déroulée en deux phases : la première en mars-avril 1942 et la seconde en mai-juin 1942, avec un total de 52.000 déportés.
2 avril 1942 : Un jeune Juif slovaque de 19 ans, Otto Pressburger, témoigne : De la gare, nous devions courir par groupes de cinq. Les SS criaient « Schnell Laufen ! Laufen, Laufen, Laufen ! » et nous courions. Ils tuaient sur place ceux qui ne pouvaient pas courir. Nous nous sentions moins que des chiens. On nous avait dit que nous allions travailler, pas que nous allions dans un camp de concentration.
Puis il raconte sa première journée de travail forcé le lendemain à Birkenau : Il y avait un Juif de notre ville, un homme grand et fort, issu d'une famille riche. Le kapo remarqua ses dents en or et lui demanda de les lui donner. […] Le kapo se mit en colère et déclara que nous devions tous obéir à ses ordres. Il prit la pelle et le frappa plusieurs fois à la tête jusqu'à ce qu'il tombe. Le kapo le retourna, posa la pelle sur sa gorge et lui écrasa le cou. Il s'en servit pour lui arracher les dents. […] Ce soir-là, nous avons dû ramener douze cadavres à la caserne. Il les avait tués par pur plaisir. Tout cela s'est passé le premier jour de travail.
4 mai 1942 : une deuxième maison dans les bois de Birkenau est aménagée en chambre à gaz. Elle est surnommée "la petite maison blanche" ou Bunker 2. Elle peut gazer 1200 personnes d'un seul coup grâce à 4 chambres à gaz, comparé aux 2 du Bunker 1.
6 mai 1942 : en visite à Paris, Reinhard Heydrich déclare aux SS sur place : Tout comme pour les Juifs russes de Kiev, la peine de mort a été prononcée contre tous les Juifs d'Europe. Même contre les Juifs de France dont la déportation commencera ces prochaines semaines. Heydrich est victime d'un attentat par un commando tchèque un peu plus tard à Prague, le 18 mai 1942. Il meurt de ses blessures le 4 juin. Le plan de meurtre de masse des Juifs polonais, dans trois camps d'extermination (Belzec, Sobibor, Treblinka), portera son nom comme artisan de ce plan : Aktion Reinhard.
17 mai 1942 : plusieurs détenus de Birkenau commencent à creuser un espace où sera construit le crématoire II (celui du camp d'Auschwitz est alors désigné comme crématoire I).
20 juin 1942 : selon des historiens, le meurtre de masse de Juifs à Birkenau commence à cette date. À ce moment-là, le complexe d'Auschwitz comptait 150.000 prisonniers et 3.000 gardes SS, et était divisé en trois camps : Auschwitz I (le premier camp), Auschwitz-II (Birkenau) et Auschwitz-III (Monowitz avec son usine Buna), ainsi que des dizaines de petits sous-camps. Les détenus utilisés aux travaux forcés étaient tatoués d’un numéro sur le bras et comptabilisés (même leur décès, sous de fausses causes comme crise cardiaque ou pneumonie).
22 juin 1942 : Eichmann informe le ministère des Affaires étrangères que la déportation de Juifs des pays occidentaux va commencer notamment à partir de Hollande, de Belgique et de France pour un total de près de 100.000 personnes.
30 juin 1942 : en attendant la construction du crématoire II à Birkenau, le Bunker 2 (la petite maison blanche) devient opérationnel. Pour donner un semblant de normalité aux victimes destinées au gazage immédiat, les bidons de Zyklon-B sont apportés vers les chambres à gaz par une ambulance ornée de l'emblème de la Croix-Rouge. Plus tard, des cabanes en bois sont aussi construites à proximité des chambres à gaz pour que les victimes puissent s'y déshabiller avant le gazage. Jusque-là, les victimes étaient déshabillées par les membres du SK après gazage, ce qui ralentissait l'ensemble de la chaine industrielle d'extermination. Les tactiques changent également : des membres du SK sont envoyés se mêler aux victimes fraîchement arrivées afin de les calmer avant leur entrée dans le Bunker pour gazage. Ils sont sévèrement avertis que s'ils disent la vérité aux victimes, ils seront immédiatement abattus. Si l'un des condamnés commence à paniquer, les membres du SK doivent l'emmener à l'écart, le maîtriser, et l'officier SS, prêt à intervenir, l'abat d'une arme de petit calibre. Il arrive parfois qu'un membre du SK découvre un de ses proches parmi les cadavres. Soit il parvient à surmonter cette épreuve émotionelle, soit il craque, auquel cas il est immédiatement abattu. Ce fut le cas d'Otto Pressburger, qui était membre du SK en juillet 1942. Il voit son frère aîné Aladar arriver de Tchécoslovaquie avec sa femme et sa fille, mais ils ne le reconnaissent pas du fait qu'Otto était rasé, amaigri et décharné. Ce n'est que lorsqu'Otto chanta une chanson de son enfance qu'Aladar crut le reconnaître. Quelques moments plus tard, Aladar et sa famille furent gazés.
4 juillet 1942 : un premier Sonderkommando (SK) est établi pour durer (et non pour être éliminé après chaque convoi), ceci à des fins d'efficacité pour que les SK choisis connaissent les corvées demandées et puissent opérer promptement. C'est aussi le début de la méthode de sélection dès l'arrivée d'un convoi. Cette sélection se déroule à la "rampe", dans une branche ferroviaire entre Auschwitz et Birkenau à environ 3 km de distance de part et d'autre. Cette rampe, nommée "Judenrampe", sera utilisée jusqu'au printemps 1944 lorsqu'une nouvelle voie ferroviaire permettra aux convois de rentrer directement dans le camp de Birkenau.
16-17 juillet 1942 : rafle du Vél' d'Hiv à Paris. Environ 28.000 Juifs sont arrêtés en vue de leur déportation. Environ 9000 policiers français sont employés à la rafle, sans intervention de SS.
17-18 juillet 1942 : seconde visite de Himmler à Auschwitz, essentiellement pour décider la construction d'usines supplémentaires dans la région. Lors de sa visite à Birkenau, on lui montre comment le gazage d'un convoi (de quelques 2000 Juifs hollandais) se déroule au Bunker 2. Mais il n'approuve pas l'utlisation de fosses communes pour enterrer les cadavres et demande de les exhumer et les brûler. La raison principale est de ne pas laisser de traces, sous forme de charniers, de l'extermination. Et l'autre raison est le risque de contamination des sols et des eaux du secteur.

19 juillet 1942 : suite à sa visite à Auschwitz, Himmler ordonne que la "réinstallation" de l'ensemble de la population juive du GeneralGouvernment soit effectuée et achevée d'ici le 31 décembre 1942. Les chefs nazis comprennent le double langage : réinstallation signifie déportation suivie d'extermination. Du coup, Rudolf Hoess doit continuer à construire des crématoires à Birkenau afin de pouvoir "traiter" un plus grand nombre de déportés et aussi faire disparaitre leurs dépouilles dans des fours crématoires.
29 juillet 1942 : l'industriel allemand et opposant aux Nazis, Eduard Schulte, se rend à Zurich où il informe les organisations juives de la présence d'Himmler lors du gazage de 449 Juifs à Birkenau. Ces informations, ainsi que d'autres, convainquent les gouvernements britannique et américain de condamner ces pratiques en décembre 1942 et d'avertir les Nazis responsables des conséquences de leurs crimes. Mais les Alliés ne prennent aucune autre mesure concrète pour sauver les Juifs d'Europe. Cependant, ces avertissements préalables ont permis de lever un obstacle légal au futur procès de Nuremberg et d'appliquer la nouvelle loi de crime contre l'humanité de façon rétroactive contre les dirigeants nazis qui avaient été prévenus de conséquences.
4 août 1942 : un premier convoi de Juifs belges arrive à Birkenau. C'est la même procédure désormais établie comme routine : sélection puis gazage ou travaux forcés.
9 août 1942 : arrivée à Birkenau d'Edith Stein et de sa soeur qui sont gazées dès leur arrivée après la sélection. Elle a 51 ans. Elle avait enseigné en Allemagne avant la guerre. En 1933, elle est exclue de l'université en tant que juive. Elle se convertie alors au Catholicisme et entre aux Carmélites. Pour éviter la persécution, elle est envoyée dans un couvent en Hollande où elle est arrêtée en août 1942, avec d'autres catholiques d'origine juive, et est envoyée à Birkenau. Elle a été canonisée par le Pape Jean-Paul II en 1998.
6-15 août 1942 : les femmes détenues à Auschwitz-I sont transférées dans le camp B-Ia de Birkenau (ancien camp des prisonniers de guerre russes). Le mur de séparation hommes-femmes à Auschwitz-I est détruit et l'ensemble du camp est désormais réservé aux seuls détenus masculins.
17 août 1942 : depuis le camp de transit de Drancy, 7 convois d'enfants juifs sont envoyés à Birkenau pour y être gazés. Ces enfants, de tous âges, avaient été séparés de leurs parents à la demande des Nazis après le Vél d'Hiv et parqués dans d'horribles conditions à Drancy par la police française en attente de leur déportation.
19 août 1942 : le plan de construire non pas un mais quatre crématoires à Birkenau, en anticipation de l'influx de Juifs à exterminer, est à l'étude. Architectes, industriels et bien d'autres travaillent à ce vaste projet d'assassiner des civils pour leur religion.

21 août 1942 : la déportation des Juifs slovaques est suspendue lorsque leur gouvernement apprend, grâce aux témoignages de réfugiés évadés de Birkenau, l'extermination des Juifs. Car l'église et le Vatican s'y opposent. Les autorités slovaques demandent à Wisliceny d'organiser une visite de ces camps où les citoyens slovaques juifs étaient supposés avoir été déportés en camp de travail. Plutôt de d'arranger une telle visite, les Nazis réagissent en suspendant les déportations. Les Juifs encore restants en Slovaquie peuvent alors vivre dans un calme relatif pendant les deux années suivantes, jusqu'à la reprise des déportations le 30 septembre 1944, après l'occupation du territoire slovaque par les troupes allemandes.
29 août 1942 : pour combattre l'épidémie de typhus dans le camp d'Auschwitz-I, une décision radicale est prise. Tous les détenus doivent sortir de leur bâtiment pour une "sélection". Les prisonniers doivent se tenir debout devant leur bâtiment, se déshabiller et courir devant un médecin nazi. Ceux qu'il juge faibles ou malades sont envoyés au groupe d'exécution. Plusieurs milliers de prisonniers sont ainsi sélectionnés et conduits dans des blocs spéciaux où ils attendent la mort. Se sachant "sélectionnés", ils connaissent leur sort et souffrent d'une angoisse mentale extrême. Ils sont progressivement transférés à Birkenau dans les chambres à gaz. Parfois, une simple pustule ou un fessier flasque, voire une simple cicatrice d'appendicectomie, suffit pour être condamné à mort. Le médecin nazi Entress envoie aussi aux chambres à gaz la quasi-totalité des détenus hospitalisés dans le Block 10 Médical d'Auschwitz-I. Les prisonniers renvoyés au travail sont soigneusement lavés et maintenus nus dans les blocs désinfectés où étaient détenues les femmes, jusqu'à ce que leurs propres blocs soient également désinfectés.
Septembre 1942 : Oskar Groening, 21 ans, arrive à Auschwitz comme comptable et est témoin de sélections et d'atrocités envers les Juifs. Il déclarera après la guerre : La propagande (nazie) a eu un tel impact sur nous que vous considériez l'extermination des Juifs comme un acte inhérent à la guerre. De ce fait, aucun sentiment de sympathie ou d'empathie ne se manifestait. […] Les enfants ne sont pas des ennemis à ce moment-là. L'ennemi, c'est leur sang. L'ennemi, c'est le fait de grandir et de devenir juif, potentiellement dangereux. Et c'est pourquoi les enfants ont aussi été touchés. […] Entre ces deux combats, celui mené ouvertement sur le front et celui mené à l'arrière, il n'y a absolument aucune différence : nous n'avons exterminé que des ennemis.
2 septembre 1942 : Dr Johann Kremer, 59 ans, un médecin arrivé le 30 août à Birkenau, écrit dans son journal : J'ai assisté pour la première fois à une opération spéciale (sélection suivie d'extermination) à 3 heures du matin. En comparaison, l'enfer de Dante paraît presque comique. Auschwitz est à juste titre qualifié de camp d'extermination !
Lors de son procès à Cracovie, après la guerre en 1947, il décrit avec détails ces "opérations spéciales" effectuées dans les Bunkers des bois de Birkenau.
5 septembre 1942 : Dr Johann Kremer assiste à une autre "opération spéciale", cette fois contre des femmes détenues qui n'étaient plus en condition de travailler. Dans un tel état physique et moral, un détenu est alors surnommé un "musulman" et il ne lui reste que peu de temps à vivre avant la sélection qui l'envoie à la chambre à gaz. Il écrit : La plus horrible des horreurs. Le Hauptsturmführer (Heinz) Thilo avait raison lorsqu'il m'a dit aujourd'hui que nous étions dans l'anus mundi (l'anus du monde). J'ai utilisé cette expression car je ne pouvais rien imaginer de plus répugnant et de plus horrible.
Kremer explique de surcroit : En raison des rations spéciales qu'ils reçoivent – un cinquième de litre de schnaps, 5 cigarettes, 100 g de salami et du pain – tous les hommes insistent pour participer à ces actions.
6 septembre 1942 : Dr Johann Kremer mentionne l'arrivée d'un convoi : Ce jour-là, 981 Juifs furent transférés du camp de Drancy au camp d'Auschwitz. Parmi eux, 16 hommes et 38 femmes furent admis comme prisonniers (aux travaux forcés). Les autres furent tués dans les chambres à gaz. Kremer continue de noter les convois et combien de personnes passent la sélection, avec un ratio d'au moins 90% qui sont directement envoyés aux chambres à gaz.
16 septembre 1942 : Rudolph Hoess se rend à Chelmno, près de Lodz, avec Franz Hoessler et Walter Dejaco afin de connaitre leur façon de se débarrasser des cadavres. Ils observent un système d'empilage alternatif de corps et de bois, associé à ce qu'ils appelèrent un "gril" fait de rails de chemin de fer. De retour à Birkenau, Hoessler reçoit l'ordre de déterrer les corps des fosses communes de Birkenau et de les incinérer selon la directive de Himmler. Cette technique d'incinération en bûchers se poursuivra jusqu'à la mise en service des crématoires de Birkenau.
17 septembre 1942 : Mala Zimetbaum arrive à Birkenau de Belgique dans un convoi de 1048 Juifs. Elle est épargnée grâce à sa maîtrise de plusieurs langues (néerlandais, français, allemand, polonais, italien, anglais). Elle deviendra la protégée de Maria Mandl, chef des gardes SS féminines. Primo Levi dira d'elle : À Birkenau, Mala servait d’interprète et de messagère et bénéficiait, à ce titre, d’une certaine liberté de mouvement. […] Elle était généreuse et courageuse. Elle avait aidé nombre de ses compagnons et était aimée de tous. Elle vivra une histoire d'amour avec Edek Galinski, un jeune détenu polonais, et s'échapperont du camp en 1944. Mais ils seront retrouvés et ramenés pour être exécutés comme exemple.
21 septembre 1942 : Environ 300 membres du Sonderkommando (SK) sont utilisés à la mise en place de grands bûchers à Birkenau, à déterrer les cadavres gazés dans le passé et à leur incinération à ciel ouvert, jour et nuit (la combustion de corps prend 7 à 8 heures). puis les ossements restants sont broyés par des membres SK, et toutes les cendres sont jetées dans la Vistule (le fleuve qui poursuit sa course jusqu'à Varsovie et au-delà) ou dans des bassins aménagés à côté. L'officier SS qui dirige cette opération macabre s'appelle Otto Moll. C'est un sanguinaire particulièrement sadique, un des pires officiers SS.
Hoess estime que 107.000 corps sont ainsi exhumés et incinérés en plusieurs semaines.
Filip Muller écrit : Ce groupe (des SK) était surtout composé de Juifs Tchécoslovaques et de quelques déportés originaires de France.

26 septembre 1942 : en visite à Auschwitz, le général Oswald Pohl (dont dépendent tous les camps nazis) autorise la construction de nouveaux grands crématoires à Birkenau qui est destiné à devenir le camp principal d'extermination des Juifs d'Europe occidentale. Les architectes de ces crématoires estiment qu'il sera possible d'incinérer près de 1000 corps par jour dans chacun des quatre crématoires.
28 septembre 1942 : lors d'une séance d'injection de phénol sur certains détenus au bloc 20 d'Auschwitz-I, un prisonnier, Jean Weiss, assiste le Dr Josef Klehr en maintenant la victime pendant l'injection. Or ce jour-là il s'agit de son propre père qu'il aide ainsi à tuer. Le lendemain, Weiss est anéanti et Klehr lui demande ce qui se passe. Lorsqu'il lui raconte l'exécution de son père, le médecin lui répond que s'il avait parlé, il l'aurait épargné. Interrogé après la guerre sur la raison pour laquelle il n'avait rien dit à Klehr, Weiss répondra qu'il craignait que Klehr ne le fasse asseoir à côté de son père.
6 octobre 1942 : arrivée à Auschwitz de Seweryna Szmaglewska avec 47 autres femmes de la ville de Radom en Pologne. Après la guerre, elle écrira ses mémoires dans "Smoke over Birkenau" qui deviendra best-seller et servira comme témoignage au procès de Nuremberg.
26 octobre 1942 : environ 500 détenus d'AUschwitz-I sont envoyés à Monowitz, à quelques km's, pour la construction de l'usine de caoutchouc synthétique (appelé Buna) pour la société IG Farben.
30 octobre 1942 : Kielar, détenu polonais, raconte : L'automne était déjà bien avancé : un temps gris et froid ; le matin il y avait de la gelée blanche ; (…) un matin (à Monowitz), je vis arriver une colonne sans fin de femmes venant de Birkenau. Chacune portait 2 ou 3 briques qu'elles allaient jeter dans un soupir de soulagement à l'endroit désigné. Elles refaisaient ensuite le chemin inverse et revenaient au bout de quelques heures avec un nouveau chargement. Elles étaient pieds nus et portaient des robes d'été élimées qui laissaient deviner leur corps. Elles étaient jeunes et bronzées, avec des restes d'une beauté que le temps n'avait pas encore effacée. C'étaient des Juives venues de Hollande. Les femmes SS excitaient les chiens contre elles et les kapos maltraitaient avec un zèle particulier ces jeunes femmes affolées et à demi mortes de peur. Ce triste cortège venait 2 ou 3 fois par jour et chaque jour elles étaient moins nombreuses. Il ne fallut pas plus d'une semaine pour que les survivantes ressemblent à de vieilles femmes usées dans lesquelles il était difficile de reconnaître des jeunes filles du début. Encore quelques jours et elles ne revinrent plus : n'étant plus aptes au travail, elles avaient certainement été liquidées. (…) Je pensais avec épouvante à l'hiver qui approchait.
Novembre 1942 : dans ses mémoires, sujettes à caution, Félix Kersten, le médecin personnel d'Himmler, rapporte ces paroles de la part de son patron : Je ne voulais pas exterminer les Juifs, Kersten, j'avais d'autres projets à leur sujet ; mais c'est ce misérable Goebbels qui a tout fait pour influencer [Hitler] et obtenir une telle décision. […] Personne ne le croira mais, peu après 1933, le Führer m'a ordonné d'organiser l'émigration des Juifs. Nous avons créé une organisation pour faciliter cette émigration. Des centaines de milliers de Juifs ont ainsi pu partir et refaire leur vie à l'étranger. Cependant, une campagne infâme a été menée contre nous, ce qui a conduit à la guerre. Jusqu'en 1940, les Juifs pouvaient encore quitter l'Allemagne, et Goebbels a alors obtenu gain de cause. Pourquoi Goebbels ? Goebbels estimait que le problème juif ne pouvait être résolu que par leur anéantissement total. […] À l'été 1940, le Führer a ordonné l'extermination progressive des Juifs. Il a confié cette tâche à la SS et à moi-même.
2 novembre 1942 : le médecin nazi Horst Schumann, âgé de 35 ans environ, commence à travailler au bloc 30 du camp de femmes de Birkenau. Il y aménage un espace de travail où il peut mener ses expériences de stérilisation en irradiant les organes génitaux de jeunes garçons et de filles aux rayons X.
1er décembre 1942 : le Dr Carl Clauberg arrive à Auschwitz. C'est un gynécologue qui souhaite lui aussi mener des expériences de stérilisation des femmes et avait proposé ses services à Himmler. Son laboratoire est installé dans le Block 10 "Médical" d'Auschwitz-I. Il injecte des substances caustiques dans l'utérus de femmes, sans anesthésie. Ces dernières meurent sur le coup ou subissent des lésions et infections permanentes. Environ 700 femmes sont ainsi stérilisées, selon ce que Clauberg rapporte à Himmler. Le chef SS veut alors savoir combien de temps il faudrait pour stériliser 1000 femmes juives de cette manière. Réponse de Clauberg : un médecin assisté de dix personnes devrait pouvoir stériliser quelques centaines, voire quelques milliers de femmes en une journée. Concernant les hommes à stériliser, Clauberg se contentait de les castrer !
2 décembre 1942 : Leib Langfus, rabbin et dayan polonais de Makow Mazowiecki, arrive en début décembre à Auschwitz avec sa femme et son fils. Ceux-ci sont envoyés à la chambre à gaz d'un Bunker et Langfus est affecté au commando SK. Il est chargé de préparer les cheveux des femmes pour leur envoi en Allemagne. Bien que sa foi en Dieu soit restée inébranlable durant son séjour à Birkenau (il considérait son sort et celui de ses coreligionnaires juifs comme un châtiment divin), il devient un membre actif de la résistance des SK, et aide les autres membres du commando à surmonter leurs traumatismes. Lors de la révolte des SK le 7 octobre 1944, ils feront sauter le crématoire IV de Birkenau. Langfus est finalement exécuté lors de la dernière sélection des SK, le 27 novembre 1944. Il avait cependant rédigé des notes de ce qui se passait à Birkenau et les avait enterrées dans le périmètre du crématoire. Entre 1945 et 1980, huit caches de documents sont découvertes dans l'enceinte des crématoires II et III de Birkenau. Les écrits (en yiddish) de Langfus sont considérés comme l'un des documents historiques les plus importants concernant les SK à Auschwitz. Il en est de même avec un autre membre du SK, arrivé presqu'en même temps que Langfus : il s'agit de Salmen Gradowski, 33 ans, qui a laissé des notes retrouvées après la guerre. Lui a été tué lors du soulèvement des SK le 7 octobre 1944.
9 décembre 1942 : Les 300 membres SK qui avaient travaillé à la tâche de déterrer les cadavres passés et les brûler sont gazés et incinérés au crématoire d'Auschwitz-I (ceci pour éviter que les autres SK affectés à Birkenau puissent connaitre le sort de leurs camarades). Mais Otto Moll, en charge du Bunker 2, les remplace le soir même par 300 nouveaux arrivés d'un convoi du ghetto de Mlawa (Pologne). Parmi eux se trouvent Shlomo Dragon, 20 ans, son frère Abraham Dragon, 23 ans, et Eliezer Eisenschmidt, 21 ans. Dès le premier jour, Shlomo tente de se suicider, suivi quelque temps plus tard par Eliezer qui avale 20 comprimés de Luminal, des somnifères. Mais les trois survivront aux camps et à la guerre, et leurs témoignages sont précieux.
10 décembre 1942 : Himmler ordonne la déportation de tous les gitans, Sintis et Roms vers les camps de concentration, dont Auschwitz. À Birkenau, ils sont internés dans le camp B-IIe, qui leur est affecté. Ce camp disposait de baraques expérimentales où des médecins détenus menaient des recherches sur l’origine des Roms, les causes des naissances gémellaires, du nanisme et du gigantisme, ainsi que sur l’origine d’une terrible maladie appelée "gangrène sèche du visage", fréquente chez les Roms. Les Roms sont maltraités à Birkenau et beaucoup meurent de faim et de maladie avant la liquidation finale en août 1944.

31 décembre 1942 : l'ordre d'Himmler d'exterminer tous les Juifs du GeneralGouvernement (GG) avant la fin de 1942 ne pu être complété comme souhaité, bien que les cinq sixièmes des Juifs polonais aient été exterminés. Environ 300.000 Juifs demeuraient encore dans le GG.
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Albert Benhamou
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