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Albert Tours Blog-  A Licensed Tour Guide - Israel

La symbolique juive des nombres

Personnellement j'aime deux poètes : Baudelaire et Rimbaud. Le poème Correspondances de Baudelaire commence ainsi :


La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.


Et dans son poème Voyelles, Rimbaud a écrit :


A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes


Ces deux poètes ont saisi que le monde est fait d'éléments qui ont des correspondances cachées entre eux. Rimbaud notamment fait correspondre lettres et couleurs, pour illustrer les correspondances dans un couple.


Dans le Judaïsme, tout est correspondances et symboles. Rien n'est un hasard. Cet article vous emmène dans les correspondances entre lettres, nombres et symboles.



Comment écrivait-on les nombres avant l'usage des symboles indo-arabes, 1, 2, 3 etc.? L'Europe utilisait le système romain : I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X,... L,... C,... M... Les Hébreux ont introduit un système différent basé sur leur alphabet : chaque lettre correspond aussi à un nombre. Les 10 premières lettres sont les unités de 1 (avec la lettre aleph א) à 9, puis on continue l'alphabet avec les dizaines de 10 (avec la lettre yod י) à 90, puis les centaines 100 (qouf ק), 200 (resh ר), 300 (shin ש), 400 (tav ת). Les nombres plus élevés sont formés de combinaisons et abréviations de ces lettres.


Mais les nombres hébraïques ont aussi une symbolique intrinsèque dont la source est biblique, donc divine pour ceux qui croient en la Bible. Ces symboliques de nombres sont retrouvées dans nombre de détails qu'un guide touristique peut vous indiquer au détour d'une visite sur tel ou tel site, ou sur tel lieu de culte. Voyons ici de quoi il s'agit avec les 10 premiers nombres et certains autres.


Nombre 1, lettre aleph א

Le 1 représente évidemment l'unité de Dieu : Dieu est Un

Le Dieu dans Sa fonction de créateur (Genèse 1) se nomme Elohim (אלהים) qui commence avec la lettre aleph.

Les 10 commandements (en hébreu) commencent avec la lettre א qui proclame que Dieu est Un.

La forme de cette lettre est une lettre qui se dresse comme avec deux jambes et deux bras, et qui est formée de trois autres lettres : un vav en travers et deux yod inversés l'un l'autre. Or la valeur numérique pour un vav + deux yod est 6+10+10 = 26 qui est la valeur numérique du nom de Dieu écrit avec 4 lettres, à savoir le tétragramme. On voit que la forme de la lettre aleph cache intrinsèquement le nom de Dieu. Mais je ne vais pas entrer ici dans la symbolique de la forme des lettres qui nécessiterait un texte bien plus long. Des ouvrages y sont dédiés et ce sujet nous écarterait trop de nos nombres. Ici était le simple exemple d'un vaste sujet.


Nombre 2, lettre beth ב

Le 2 représente les deux tables de la Loi, révélée à Moïse au mont Sinaï

Le Torah elle-même commence avec la lettre beth ב dans le mot béréshit בראשית généralement traduit par "Au commencement"

La signification du nombre 2 est bien évidemment la dualité qui est la façon dont le monde existe : la nuit et le jour, le bien et le mal, le chaud et le froid, le pur et l'impur, etc. Tout est tout et son contraire. On retrouve cette dualité dans l'homme et la femme aussi en quelque sorte (Genèse 2:18 : Je lui ferai une aide contre lui, textuellement en hébreu). Alors le message est que le monde est fait d'opposés (les scientifiques ont même découvert qu'il est fait de matière et d'antimatière, c'est dire !). Comment peut-il donc tenir sans que ces opposés ne s'effondrent l'un contre l'autre ? Par le divin. Oui la dualité existe mais c'est l'Unité de Dieu qui en fait l'adhésif nécessaire grâce auquel les opposés se lient et le monde existe. C'est ainsi que la lettre beth est aussi utilisée pour le mot béracha ברכה qui veut dire bénédiction (divine). L'adhésif c'est Sa bénédiction qu'Il a donnée au monde pour qu'il existe. Et c'est la raison pour laquelle la Torah commence aussi par cette lettre. "Au commencement..." contient intrinsèquement la bénédiction divine pour que le monde se matérialise à partir de rien. Rien peut alors devenir Tout, c'est-à-dire son contraire.


Nombre 3, lettre guimel ג

Ce nombre est celui des trois patriarches : Abraham, Isaac, et Jacob. C'est par eux qu'a lieu la première révélation divine des générations postdiluviennes (après Adam, cela va de soi). La symbolique de ce nombre est qu'il faut trois pour atteindre la complétude. Dieu se révèle à Abraham qui a engendré Isaac mais aussi Ismaël, puis à Isaac qui a certes engendré Jacob mais aussi le violent Esaü/Edom ; et il faut arriver à Jacob pour atteindre la situation où Dieu peut enfin se révéler complètement : c'est la descendance de Jacob qui portera donc le flambeau divin au travers des 12 Tribus et de leurs descendants. Ainsi il faut 3 pour atteindre la complétude. Et ce 3 se retrouve dans nombre de choses dans la Bible. Par exemple, la Bible hébraïque est divisée en 3 parties (Torah, Prophètes et Hagiographes) et a été donnée à 3 catégories de personnes (les prêtres Cohanim, les Lévites et le reste du peuple). Aussi, il faut 3 prières journalières sans quoi la journée est incomplète. Il faut 3 fêtes religieuses par an, sans quoi l'année n'est pas complète. Et 3 repas pendant le Chabbat. Et 3 juges dans une cour de justice, sans quoi il n'y a pas de justice. Et 3 fils de Noé, pour remplir le monde entier après le Déluge. En résumé, si vous voulez accomplir quelque chose de correct, vérifiez votre travail à 3 reprises. Et si vous voulez dire quelque chose, pensez-y 3 fois avant de le prononcer.


Nombre 4, lettre daleth ד

C'est le nombre des Matriarches : Sarah épouse d'Abraham, Rebecca épouse d'Isaac, Léa et Rachel les deux sœurs épouses de Jacob. Comme 4 représente les mères, c'est aussi le nombre des 4 types de fils qu'un père peut avoir (ils sont décrits dans l'Aggada de la Pâques juive) à savoir : un fils intelligent, un fils mauvais, un fils simplet, et un fils qui ne sait même pas poser de questions. Et comme les mères représentent la vie car elles engendrent l'humanité, le nombre 4 est aussi associé aux cycles annuels de la vie, qui sont les 4 types de nouvel an dans le cycle du calendrier juif, à savoir : le 1er Nissan (festivals annuels), le 1er Eloul (dîme pour le bétail), le 1er Tishri (cycle des années), 15 Shevat (dîme pour les fruits, début du printemps). Le nombre 4 c'est aussi le nombre des lettres du nom de Dieu, le tétragramme, car Lui seul ordonne ces cycles à 4 temps dans l'année juive. On retrouve le nombre 4 dans la Nature, avec les 4 points cardinaux, les 4 saisons, les 4 éléments fondamentaux (feu, eau, terre et air), etc. Donc on voit l'importance que le nombre 4 soit associé aux matriarches sans lesquelles le monde "naturel", tel que Dieu l'avait voulu, n'aurait pu être produit.


Nombre 5, lettre héh ה

C'est le nombre des livres de la Torah connus en français comme Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome. Cette lettre apparait deux fois dans le nom de Dieu (le tétragramme). Il y a deux fois 5 commandements par table, dans les deux tables de la Loi. Pareillement, il y a 5 doigts à chaque main (et chaque pied). Chacune des 4 franges du tzitzit (le châle de prières) contient 5 nœuds. Le nombre 5 représente donc le spirituel dans le monde qui autrement ne serait que matériel. Le nombre 5 représente la présence du divin (ou la 'main' divine) dans notre monde matériel. Et si l'on regarde de plus près, le mot cinq en hébreu se dit 'hamesh et s'écrit avec trois lettres : חמש. Ces trois lettres correspondent à des choix divins : la lettre ח est l'initiale du mot 'hai (חי) qui signifie la Vie, que Dieu a instauré sur terre. La lettre ש est l'initiale du mot chabbat (שבת) qui est le don de Dieu à l'humanité comme jour de repos. Et la lettre מ est l'initiale du mot mila (מילה) qui est la circoncision donc le pacte de Dieu avec l'humanité au travers son représentant sur terre, le peuple d'Israël selon la Bible.

Est-ce pourquoi plusieurs cultures moyen-orientales ont considéré le 'hamsa (qui signifie cinq en arabe et a la forme de la main avec 5 doigts) comme porte-bonheur ? Sans doute, pour que la main divine veille sur nous. Les Musulmans ont en effet copié ce symbole, et l'appellent la "main de Fatima".


Nombre 6, lettre vav ו

Autant 5 symbolise le spirituel, autant 6 symbolise le matériel. Il a fallu 6 jours pour créer le monde matériel. L'homme généralement travaille 6 jours de la semaine avant de se reposer. Dans la mystique juive (Cabbale) il y a aussi 6 périodes de 1000 ans avant d'arriver à la rédemption finale (qui est la période post-messianique), c'est-à-dire que ce sera la fin du monde matériel, avant que le monde spirituel ne lui succède.

Le nombre 6 est aussi le nombre de traités de la Mishna qui est le texte de base du Talmud. La Mishna a été rédigée pour donner une compréhension matérielle, c'est-à-dire au niveau humain, du monde créé par Dieu. Et elle indique comment l'homme doit agir dans Sa création par l'accomplissement des mitzvot, c'est-à-dire les commandements de Dieu énoncés dans la Torah. En quelque sorte, la Mishna est le manuel d'utilisation par l'homme du monde que Dieu a créé pour lui. On comprend donc la correspondance entre le monde matériel, la Mishna et le nombre 6.


Nombre 7, lettre zayin ז

Ce nombre est très spécial. Le 6 représente le matériel, et le 7 représente ce qui au-dessus du matériel et, en fait, sa 'mécanique'. Tout ce qui est dans le monde est réuni en une seule supervision : c'est ce qui est symbolisé par le 7. De quoi s'agit-il ? La création matérielle a été faite en 6 jours, et le 7ème jour est le Chabbat qui supervise les cycles hebdomadaires. En fait beaucoup de choses du monde sont régies par une combinaison du nombre 7. Il y a 7 jours de la semaine, 7 couleurs de l'arc-en-ciel, 7 lumières dans la ménorah (le chandelier du Temple), 7 planètes hormis la Terre (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune ; Pluton a depuis quelques années été exclus comme planète), 7 continents (Amériques du nord et du sud, Afrique, Europe, Asie, Australasie, Antarctique), 7 océans (Atlantiques nord et sud, Pacifiques nord et sud, Indien, Arctique et Austral), 7 mers du monde antique qui ne connaissait pas encore les vastes océans (l'Adriatique, mer d'Arabie, mer Noire, mer Caspienne, Méditerranée, mer Rouge, mer du golfe Persique), etc. L'homme a aussi emprunté le nombre 7 divin pour fixer les 7 merveilles du monde, les 7 vertus et les 7 péchés capitaux. Ce n'est pas un hasard. Le nombre de 7 pour les merveilles du monde a été fixé par les Grecs qui croyaient que ce nombre avait une certaine spiritualité (ils avaient sûrement emprunté cette connaissance aux Hébreux). Et pour les 7 vertus, c'est Saint Paul qui les avait fixées. Or Paul s'appelait Saül, était un Juif de Tarse connaisseur des écritures, et il s'était adressé aux Corinthiens (donc des Grecs) à qui le nombre 7 biblique parlait déjà comme spirituel.

Notons par ailleurs que les cycles du temps sont régis par les règles de la Nature : le jour est régi avec le rythme de l'arrivée de la nuit et du jour (ce cycle est arbitrairement divisé en 24 heures), le mois par le cycle lunaire (de 28 jours), l'année par le cycle des saisons (qui sont au nombre de 4). Mais seule la semaine (de 7 jours) n'a aucune origine naturelle ou astronomique : elle a été créée par Dieu pour le monde.

Le nombre 7, surnaturel, est aussi le nombre d'autres cycles en dehors de la Nature : c'est le cycle de la shmita (on cultive la terre pendant 6 ans et on la laisse se reposer et produire d'elle-même la 7ème année) et le cycle du Jubilé (qui est l'année après 7 cycles de shmita, donc la 50ème année puisque c'est 7x7 +1). Ces deux cycles divins ne sont applicables que dans la Terre d'Israël.

Le monde humain est aussi géré par des lois pour le distinguer du monde animal. Les lois humaines "naturelles" sont ce que l'on appelle les Lois Noahides (celles données par Dieu à Noé et ses fils après le Déluge) et elles sont au nombre de 7.

Le cycle de la vie humaine est aussi composé de trois étapes : la naissance, le mariage et la mort. Or on trouve le nombre 7 dans ces étapes. La naissance n'est effective qu'après l'écoulement d'une durée de 7 jours : pour un garçon c'est alors la circoncision le 8ème jour. Le mariage est un contrat (appelé kétouba) entre le marié et... Dieu (qui est Le garant des droits de l'épouse) : il est alors symbolisé par les 7 bénédictions du mariage. La mort n'est effective qu'après 7 jours de deuil (une période appelée la shiva, textuellement c'est le nombre 7)

On retrouve le nombre 7 dans de nombreux passages bibliques et ils symbolisent toujours l'acte divin ou la volonté divine. Par exemple, les Lévites ont tourné 7 fois (pendant 7 jours) autour des murailles de Jéricho pour qu'elles s'effondrent. Deux fêtes majeures (Pessa'h, la Pâque juive, et Souccot, la fête des Tabernacles) durent toutes deux 7 jours. Quant à la 3ème fête majeure du calendrier juif, c'est Shavouot, c'est-à-dire les Semaines, car il s'agit de compter 7 semaines depuis la sortie d'Égypte (donc 49 jours car 7x7). Ces fêtes ont leurs équivalences dans le calendrier chrétien, par exemple la Pentecôte pour Shavouot.


Nombre 8, lettre 'heth ח

Les trois nombres précédents représentent le spirituel, le matériel et le divin, et le nombre 8 représente l'alliance avec Dieu, mais aussi la raison cachée de cette alliance qui est garante de toute chose de la Création. Car voici que le nombre 8 se retrouve dans le nombre de jours à attendre avant la circoncision (marque de l'alliance avec Dieu), dans le nombre de jours de Hanoucca (présence cachée de Dieu), dans le nombre total des fêtes religieuses instituées par Dieu dans le cycle répété annuellement (2 pour Pessa'h, 1 pour Shavouot, 2 pour Rosh Hashana, 1 pour Kippour, et 2 pour Souccot), dans le nombre de fils nécessaires aux 4 coins du tzitzit. Il en découle que le nombre 8 représente l'alliance avec le divin car c'est par l'exécution des commandements énumérés ci-dessus que l'homme peut se transcender et s'approcher de Dieu. Rappelons aussi que David était le 8ème fils de Jesse et que de la descendance de David viendra le Messie.

Il faut noter que le nombre 8 se retrouve aussi dans la célébration de Shemini Atzeret, qui est le 8ème jour après les 7 jours de Souccot. En quoi est-ce important ? Parce que Souccot est la dernière fête religieuse du cycle annuel et donc Shemini Atzeret "ferme" ce cycle accompli. Une fois ce cycle accompli, le monde peut espérer que Dieu maintiendra Sa création pour le cycle suivant de la même façon qu'on fête la fin des récoltes et prions pour que la saison suivante soit fructueuse à nouveau. Donc le nombre 8 est la fin et le début de cycles. C'est pourquoi ce jour est aussi choisi pour la fête de Sim'ha Torah c'est-à-dire la fin et le début du cycle de lectures hebdomadaires de la Torah. On alors peut dire que ce nombre 8 est comme le 8ème jour de la Création : après les 6 jours de matériel, et le 7ème jour de Chabbat pour le spirituel, le 8ème jour annonce la fin et le début du cycle hebdomadaire de la semaine. C'est grâce à ce 8ème jour que l'humanité peut se rassurer et comprendre que Dieu n'a pas cessé la Création après 7 jours mais va la répéter, ou plutôt la recréer par Sa volonté, de semaine en semaine. C'est Son rôle et Sa promesse apportés à notre alliance avec Lui.


Nombre 9, lettre thet ט

Avec le nombre 9 nous revenons à l'importance de la femme dans la Création. Car 9 représente les 9 mois de grossesse, et donc le cycle mère/enfants répété qui crée la vie (il y a parallèle avec la Création divine du monde). Dans sa prière vers Dieu (I Samuel 2:1-10), la stérile Hannah fait appel par 9 fois au nom de l'Eternel (le tétragramme), et sa grossesse commence alors. Le nombre 9 rappelle évidemment aussi les 9 lumières de Hanoucca, c'est-à-dire les 8 correspondant aux 8 jours de cette fête + 1 lumière allumée chaque jour pour "veiller" aux autres lumières : cette 9ème lumière est la "garante" divine des 8 autres par laquelle, en fait, on allume les 8 autres successivement.


Nombre 10, lettre yod י

Le nombre 10 représente l'essence de Dieu. C'est avec cette lettre que Son nom (le tétragramme) commence. Le nombre 10 fait d'ailleurs écho au nombre 1, dans le sens où 1 est Dieu et 10 sont Ses actions. Au niveau de l'homme, une action nécessite souvent les deux mains et, allégoriquement, les actions divines nécessitent aussi Ses "deux mains" car la main vaut 5 (voir 'hamsa ci-dessus) et deux mains valent 10. On retrouve ainsi dans le judaïsme beaucoup de références ayant le nombre 10 comme symbole pour les actions divines : les 10 Commandements, les 10 plaies d'Égypte, les 10 Séfirot (c'est-à-dire les émanations divines expliquées dans la Cabale), l'exécution par pendaison des 10 fils d'Amman (époque d'Esther et de la fête de Pourim) qui a son parallèle avec les 10 chefs nazis pendus à Nuremberg en 1946. Aussi, au niveau de l'homme, quand une communauté veut prier ensemble, il faut au moins 10 hommes pour s'autoriser à ajouter le nom divin aux prières : ce compte de 10 hommes s'appelle le minyan.



Après les 10 premiers nombres liés à Dieu, à Sa création et à l’humanité, nous pouvons analyser d’autres nombres clés qui illustrent certains symboles du récit biblique.


Nombre 12, écrit yod-beth י"ב

Le chiffre 12 symbolise les 12 tribus d'Israël. Et d'après le texte biblique, le nombre se retrouve également dans les 12 portes du Mont du Temple (Premier Temple), 12 sources d'eau après l'incident de Marah (pendant les 40 années des Hébreux dans le désert). Le nombre représente également quelques concepts du monde des humains : les 12 signes du zodiaque, les 12 mois de l'année. En d’autres termes, avec le nombre 12, il existe une corrélation entre le fonctionnement du monde et le fonctionnement des Israélites.


Nombre 13, écrit yod-guimel י"ג

Le chiffre 13 symbolise l'alliance entre Dieu et Son peuple. Le nombre 13 se trouve comme valeur numérique du mot אחד signifiant Un, qui proclame l'unicité de Dieu. On le retrouve donc également dans les 13 attributs de Sa Miséricorde (Exode 34:6-7) qui sont lus lors des prières de Yom Kippour et c'est aussi l'âge auquel un garçon juif doit passer sa Bar Mitzvah (ce qui signifie sa propre entrée dans l'Alliance avec Dieu). Le Talmud associe également le chiffre 13 au « monde à venir », l'Olam HaBaa (Avoda Zara III,1).


Nombre 15, écrit thet-zayin ט"ז

Le nombre 15 se retrouve dans la Bible dans le nombre d'années supplémentaires que Dieu accorde à une personne après avoir prononcé Son décret de mort, ceci en raison d'un changement d'attitude de la personne vers le mieux. De la sorte, Dieu a accordé 15 années supplémentaires de vie au roi Ézéchias de Judée, au roi Sennachérib d’Assyrie et au roi Nabuchodonosor de Babylone. Le nombre 15 contient deux des quatre lettres du nom divin (le tétragramme), cela peut donc expliquer ce qui précède.


Nombre 26, écrit kaf-vav כ"ו

Le nombre 26 est la valeur numérique du nom divin à 4 lettres appelé Tétragramme (10+5+6+5). Ainsi, en général, l’apparition du nombre 26 dans la Bible se rapporte à un acte ou à la volonté de Dieu. Les répétitions de 26 sont également tout aussi symboliques. Voici quelques exemples : il y a 26 générations chronologiques depuis Adam jusqu'au Matan Torah (le don de la Torah), ce qui est un événement clé car il signifiait le retour de la Che'hinah (la "présence" de Dieu) à l'humanité (elle avait quitté le monde des humains après le péché originel). Lorsque nous doublons 26, cela donne 52 ans, ce qui était l'âge du patriarche Abraham au tournant du nouveau millénaire (Abraham est né en l'année biblique 1948, donc l'ajout de 52 ans donne l'année biblique 2000). Pourquoi est-ce important ? Parce que les deux premiers millénaires ont été des années où l'humanité a agi de son propre chef et s'est engagée dans des voies de perversion, tandis que les deux millénaires suivants sont ceux où Dieu a été présent dans la continuation de Son monde créé : Sa communication avec les patriarches et les prophètes, Ses actes sur des personnages historiques, etc. A titre d'exemple Nabuchodonosor, qui avait été appelé "serviteur de Dieu" dans le sens où ce roi accomplissait la volonté divine, régna 26 ans jusqu'à devenir fou (quand Dieu l'abandonna).


Nombre 40, écrit mèm מ

Le nombre 40 est la valeur de la lettre מ qui se trouve au centre de l'alphabet hébreu. En d’autres termes, il se situe comme point d’équilibre (milieu) de l’alphabet. Pour cette raison, la lettre et le nombre symbolisent une telle situation. Par exemple, le מ est situé entre la première et la dernière lettre de l'alphabet : ensemble elles forment le mot Vérité= אמת. Pour cette raison, les Sages ont décrété que 40 ans correspondent à l'âge de raison, c'est-à-dire l'âge à partir duquel une personne peut commencer à apprendre le Zohar (et donc la Kabbale). Il a également fallu 40 ans à Akiva (Sage du 2ème siècle) pour devenir un Tzadik. De plus, il faut 40 se’ah (une ancienne mesure de volume) pour qu’un mikvé (bain rituel) soit valide. Notons aussi que la lettre מ est représentative du mot מים qui signifie "eaux", qui est un des moyens de purification.

On retrouve le nombre 40 dans plusieurs récits de la Bible. Par exemple : 40 jours du Déluge pour purifier la terre; Isaac s'est marié à 40 ans; les 40 ans de Moïse dans Madian au Sinaï; 40 jours et 40 nuits pour que Moïse reçoive la Torah sur le Mont Sinaï; les 40 jours quand les espions se rendirent en Canaan; les 40 ans dans le désert pour que les Hébreux deviennent un peuple distinct; pendant 40 jours Goliath a harcelé les Israélites avant que David ne le tue; il a fallu 40 ans pour que les Israélites mettent enfin fin à l'oppression des Philistins; 40 ans de règne du roi David et aussi de Salomon; 40 jours et nuits pour le prophète Élie de se rendre au mont Horeb; 40 jours de Ninive avant sa destruction prophétisée par Jonas; 40 ans pour l'éclipse d'Amos; 40 ans du châtiment de Juda, et ainsi de suite.

En d’autres termes, on voit que 40 est le point d’équilibre, c'est-à-dire qu'il y a un avant et un après. Ce nombre symbolise la durée nécessaire pour atteindre la perfection ou l'achèvement complet avant de débuter une nouvelle époque ou ère. Selon la tradition juive, il faut également 40 jours à un fœtus pour être considéré un être humain.


Nombre 50, écrit noun נ

Le nombre 50 est la valeur de la lettre נ qui est la première lettre du mot נס, prononcé ness, qui signifie « miracle ». Ainsi, comme ce mot le suggère, il existe un certain degré de mystère autour de ce nombre. Dieu a demandé à Son peuple de compter 50 jours avant la fête de Chavouot qui marque le Don de la Torah. Il a alors demandé de compter 50 ans pour marquer le cycle du Jubilé. Il n’y a pas de compréhension claire de la signification de ces comptes divins jusqu’à 50.


Nombre 70, écrit ayin ע

Le nombre 70 est la valeur de la lettre ayin qui représente un œil (du mot hébreu עין qui signifie « œil »). Un œil est souvent le symbole de témoignage, c'est pourquoi ce nombre 70 se retrouve dans les récits bibliques liés au même concept. Voici des exemples. Dans la Bible, 70 est le nombre associé au nombre total de nations (goyim) de la Terre, alors que 70 est aussi le nombre d' "âmes" du clan de la famille de Jacob descendues en Égypte. Il existe donc un parallèle entre les nations du monde et le peuple juif, tous deux symbolisés par le nombre 70.

Le nombre 70 est aussi le nombre de 70 périodes jubilaires (50 ans chacune) qui marquent le retour de Jacob en Terre d'Israël et la création de l'État d'Israël : en effet Jacob établit sa famille en Terre d'Israël en l'année hébraïque 2208 (=1558 avant notre ère), après la naissance de son dernier fils Benjamin, et l'État d'Israël, qui a marqué l'établissement de l'indépendance juive sur la terre biblique d'Israël, a été créé en l'année commune 1948 (année hébraïque 5708). La différence est de : 5708 - 2208 = 3500 ans, qui correspondent à 70 périodes de Jubilé (70 * 50 = 3 500).

Mais 70, c'est aussi le nombre d'années de la vie de David, le nombre d'années de l'exil de Babylone, le nombre de Sages qui ont écrit la Septante (qui signifie 70 et est le nom de la traduction de la Bible en grec). Enfin, 70 est la valeur numérique des mots Gog et Magog (גוג ומגוג) qui font référence à la bataille ultime de toutes les nations au temps du Messie (qui, lui, sera un descendant du roi David).


Nombre 120, écrit qouf-kaf ק"כ

Le nombre 120 correspond au nombre limite d'années d'une vie humaine, telle que décrétée par Dieu après le Déluge. C'est aussi le nombre d'années de la vie de Moïse.

Ce nombre correspond également aux 120 membres du Sanhédrin (הכנסת הגדולה), garants de la loi divine sur terre, à l'époque du Temple.


Nombre 400, écrit tav ת

La lettre tav ת est la dernière lettre de l'alphabet hébreu et a pour valeur 400. En raison de cette position, elle fait souvent référence à un cycle ou à un renouveau après un cycle complet, notamment pour quelque chose de négatif qui se transforme en quelque chose de positif, ou vice versa. Voici quelques exemples tirés de la Bible : Abraham a payé 400 sicles d'argent pour acheter la grotte où il a enterré Sarah et où lui et les autres patriarches ont été enterrés : ici le nombre 400 symbolise donc la fin de la vie physique et l'entrée dans la vie spirituelle. Plus tard, dans le récit de Jacob, son frère jumeau Esaü jure sa mort et vient à sa rencontre avec 400 hommes d'armes, mais finalement les événements se retournent et la rencontre des deux frères se termine par une réconciliation. Le nombre de 400 est aussi le nombre d'années dont Dieu a parlé à Abraham au sujet de sa descendance qui souffrira 400 ans d'oppression dans un pays étranger, avant de pouvoir posséder un pays pour eux-mêmes.



On pourrait certes continuer avec la symbolique des nombres, mais cela dépasserait largement la taille de ce court texte. Il faudrait tout un ouvrage ! En tout cas j'espère que le sujet vous aura intéresser.


Albert Benhamou

Guide touristique francophone en Israël

Novembre 2023

Mise à jour: Mai 2024





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